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Chine

" La Chine demeure un pays en développement "
Zhao Jinjun

      Comment voir la Chine d'aujourd'hui et les relations sino-françaises à l'heure actuelle ?
Aujourd'hui, partout dans le monde, on parle de la Chine. Et les avis divergent, qu'ils soient positifs ou négatifs. D'après moi, il est nécessaire d'appréhender la Chine de manière objective et globale. Depuis la mise en œuvre de la réforme et de l'ouverture, il y a exactement trente ans, la Chine a connu un changement radical. Pour résumer, elle est passée d'un pays enfermé ou semi-enfermé à un pays d'ouverture et de coopération tous azimuts, de l'économie planifiée à l'économie de marché, où le cours de l'économie est déterminé par le rapport offre/demande. Le peuple chinois s'est débarrassé de la pauvreté et de la pénurie pour connaître une vie relativement aisée et un marché d'abondance.
La modernisation chinoise a donné de nombreux résultats. Pour preuve, la quantité de chantiers sur le territoire chinois. Pendant trente ans, l'économie chinoise s'est maintenue à un taux de croissance annuelle de plus de 9,6 % avec même un record de 11,4 % pour l'année dernière. En l'espace de trente ans, la Chine s'est hissée du 15e au 4e rang du monde en terme de PIB, avec une réserve de change de 1 530 milliards de dollars, soit 9 000 fois plus importante qu'il y a trente ans. Les Chinois voient leur revenu disponible par habitant se multiplier par vingt. Quelque 250 millions de Chinois sont sortis de la pauvreté.
Si je cite ces chiffres, c'est pour donner une idée du prodigieux progrès réalisé pendant ces trente dernières années en Chine, progrès que l'on peut même qualifier de miracle. Cependant, il faut voir aussi le revers de la médaille : la Chine est toujours confrontée à d'immenses défis et difficultés, demeure et demeurera pour une période relativement longue un pays en développement.
La raison en est simple : surpopulation, base économique faible et surtout un déséquilibre de développement entre les différentes régions appelé à durer. Avec seulement 9 % de terre arable, 6 % d'eau douce du monde, le pays a à nourrir 21 % de la population mondiale. Malgré l'importance du volume économique global de la Chine, le niveau reste très faible, s'agissant de moyenne nationale qui est cependant un critère essentiel pour mesurer la richesse d'un pays. L'année dernière, le revenu par habitant de la Chine n'était que de 2 400 dollars, ce qui l'a classée derrière la 100e place du monde. A peu près cent millions de Chinois vivent d'allocations gouvernementales. Et les handicapés sont au nombre de 70 millions, plus nombreux que la population française.
De plus, l'écart entre les régions littorales dans l'est du pays et le centre et l'ouest est important. Le tissu économique et le mode de croissance nécessitent un réajustement en raison d'une grande pression dans le domaine de l'énergie et de l'environnement. En parlant de la France, le général de Gaulle a dit : " Comment gouverner un pays qui a plus de quatre cents fromages ? " S'agissant de la Chine, vous pouvez tout à fait mesurer l'immensité des difficultés à gouverner un pays de 1,3 milliard d'habitants.
Malgré les difficultés qu'elle rencontrera dans sa longue marche vers la modernité, la Chine s'engage toujours fermement dans la voie du développement pacifique et applique sa politique de réforme et d'ouverture.
Il y a trois mois s'est tenu le XVIIe congrès du Parti communiste chinois qui a fixé l'objectif de quadrupler en 2020 le PIB par habitant par rapport à 2000, objectif qui demande un énorme travail. Nous œuvrons, conformément au concept scientifique de développement qui met l'homme au centre, à l'harmonie entre l'homme et la nature, la croissance économique et le progrès social, tout en accordant une attention accrue à la qualité et à l'efficacité de la croissance économique. Nous mettrons en œuvre un concept important qui consiste à construire une société harmonieuse sur le plan national et un monde harmonieux sur le plan international.
J'espère que tous les amis de la Chine témoignent de la compréhension et du soutien pour les efforts inlassables déployés par le gouvernement chinois. Etant donné sa population (un cinquième de la population mondiale), le développement pacifique de la Chine et le fait qu'elle s'est débarrassée de la pauvreté constituent une grande contribution au monde entier et au progrès de toute l'humanité. Et la prospérité chinoise contribuera aussi au développement du monde. L'année dernière, l'économie chinoise, représentant seulement 5 % de l'économie mondiale, a enregistré un taux de contribution de 17 % à la croissance mondiale. La Chine est le premier pays d'accueil pour les investissements étrangers parmi les pays en développement, le plus grand pays fournisseur de touristes vers l'étranger parmi les pays asiatiques, et représente un marché de poids sur notre planète. Les faits ont prouvé que la Chine ne peut se développer sans le développement du monde, et que le monde a aussi besoin de la Chine pour se développer. Le développement de la Chine, loin d'être une menace pour le monde, constitue une belle opportunité.
Venons-en aux relations sino-françaises. Ces dernières années, les relations entre nos deux pays ont été positives. Actuellement, les relations sino-françaises bénéficient de nombreux atouts pour un plus grand développement.
D'abord, la France a été le premier pays occidental à avoir reconnu la Chine nouvelle. Les deux pays ont su gérer leurs relations bilatérales dans une vision stratégique, et se sont témoigné compréhension et soutien sur les grands dossiers qui touchent aux intérêts de l'un ou de l'autre. La Chine est pour une France active dans l'Union européenne et dans le monde, et la France soutient la position chinoise sur la question de Taiwan. Telle est la base politique des relations sino-françaises. La visite d'Etat du président Sarkozy en Chine, en novembre dernier, a été un succès total permettant de réaliser les avantages réciproques.
De plus, les deux économies sont très complémentaires. La France est le deuxième partenaire technologique, troisième pays investisseur et quatrième partenaire commercial de la Chine dans l'Union européenne, tandis que la Chine est le premier partenaire commercial et deuxième pays investisseur de la France en Asie. Les deux pays n'ont cessé d'avancer dans leur coopération aéronautique, énergétique, ferroviaire et environnementale. Ceci est la base économique des relations sino-françaises.
Les deux peuples respectent et admirent l'histoire et la culture de l'un et l'autre. Ces dernières années, les deux pays ont organisé en premier des échanges croisés de visites de 800 jeunes. Ceci a créé respectivement en Chine et en France un engouement mutuel. Et constitue le socle social et culturel favorisant le développement des relations sino-françaises.
Comme une médaille a deux faces, malgré l'excellence de nos relations bilatérales, des choses laissent à désirer. En 2007, le volume du commerce entre les deux pays a totalisé 30 milliards de dollars (8,3 milliards de dollars en 2002). Il s'agit d'un grand bond en avant, mais cela ne représente que 1,5 % et 2,5 % respectivement du volume des échanges extérieurs des deux pays, ce qui classe la France au quatrième rang parmi les pays européens, derrière l'Allemagne, les Pays-Bas et le Royaume-Uni, et est incompatible avec le poids économique de nos deux pays.
A l'heure actuelle, la coopération économique et commerciale sino-française est surtout dominée par les grands projets et souffre d'une insuffisance de coopération entre les PME des deux pays qui représentent pourtant une composante majeure de l'économie nationale. Cela prouve dans le même temps l'immense potentialité de la coopération sino-française dans ce domaine. Les deux parties doivent surmonter les obstacles tels que la langue, la culture et la méconnaissance, encourager les PME des deux pays à multiplier leurs échanges, à mieux se connaître, à explorer de nouveaux secteurs de coopération, notamment dans les domaines de l'environnement, de l'agriculture, de haute et de nouvelle technologie et de services financiers.
Pour développer la coopération économique et commerciale sino-française, il est aussi nécessaire de s'appuyer sur les ressortissants chinois en France qui connaissent bien les deux pays et jouent un rôle important dans la promotion de la coopération bilatérale.
Aujourd'hui, de plus en plus d'amis français s'intéressent à la langue chinoise, dont beaucoup de jeunes, qui sont la force vive de l'amitié sino-française et en prendront plus tard le relais. J'ai la conviction qu'avec les efforts conjugués de part et d'autre l'amitié sino-française donnera des fruits encore plus abondants.

Zhao Jinjun