Les forêts du bassin du Congo : concilier patrimoine et développement
Par Madame Wangari MAATHAÏ, prix nobel de la paix


           Le patrimoine naturel du bassin du Congo est d'une inestimable valeur : 20% des forêts denses humides du monde, les ressources en eau les plus abondantes d’Afrique, une biodiversité végétale et animale exceptionnelle. Comme dans l'ensemble du monde tropical, les défrichements agricoles et l'exploitation du bois entraînent un recul et un appauvrissement de la forêt dont on commence à mesurer les implications planétaires : la déforestation, en libérant du carbone, n'est pas étrangère à l'effet de serre et au réchauffement climatique. Mais les enjeux relatifs à la préservation du capital-forêt concernent en premier lieu les populations qui vivent dans le milieu forestier d'où elles tirent l'essentiel de leurs ressources, tout en aspirant à un développement portant en germe l'altération de leur environnement.

Le grand défi du développement durable réside ainsi dans la conciliation d'intérêts divergents sinon contradictoires d'acteurs multiples imbriquant échelle mondiale et locale : préservation de la biodiversité et d’un patrimoine culturel fondé sur une riche ethnodiversité ; valorisation des ressources forestières pour répondre aux objectifs stratégiques de réduction de la pauvreté comme aux attentes du marché international. Cela ouvre un spectre très large de questions allant de l'avenir des Pygmées à la gestion des réserves et des parcs naturels ; de la substitution de l'agroforesterie aux pratiques extensives du brûlis jusqu'à la régulation de l’exploitation du bois et des ressources non ligneuses. Les faibles densités humaines du bassin du Congo conjuguées aux difficultés de pénétration ont constitué jusqu'alors la meilleure protection des écosystèmes.

Toutefois, la croissance démographique, l'importance de la consommation de gibier, la pression de la demande mondiale en bois tropicaux exposent les milieux forestiers aux risques d'une exploitation anarchique et à terme dévastatrice. La révision des codes forestiers nationaux, le renforcement des coopérations régionales, l'extension et la réhabilitation des aires protégées, la mise en oeuvre de concessions forestières sous aménagement durable, autant de mesures prises ces dernières années en faveur d’une gestion raisonnée des espaces forestiers, sans compter les projets de forêts communautaires ou de zonage participatif multi-usage. Les initiatives venues du haut (Etats, Banque mondiale, ONG internationales) ne porteront durablement leurs fruits que
si elles trouvent des relais locaux dans la société civile et si les pouvoirs publics se dotent des moyens de faire passer en acte les déclarations d'intention.

Le développement durable est l'affaire de tous : il ne peut faire l’économie ni d'une bonne gouvernance au niveau des Etats, ni de l'adhésion des populations aux politiques environnementales. Le Forum du Développement Durable plaidera en faveur de toute initiative allant dans ce sens.