Les orientations d’un groupe
pétrolier pour favoriser le développement durable. Alors que la croissance
économique est plus que jamais nécessaire, l’accès à l’énergie pose des
questions difficiles. Les hydrocarbures sont en quantité limitée (encore plus
que le charbon, les métaux, comme l’eau, les sols…) et leur exploitation peut
entraîner des problèmes d’environnement et d’émission de gaz à effets de
serre.
La durée de vie des réserves prouvées du pétrole et du gaz
naturel, au rythme de consommation actuel, reste importante : de l’ordre de 40
ans pour le pétrole et de 60 ans pour le gaz. Mais l’offre de pétrole pourrait
être limitée à cause de la concentration de ces réserves dans quelques grands
pays producteurs qui privilégient une gestion patrimoniale visant à étaler les
revenus sur plusieurs générations et limitent leurs investissements. La
production de pétrole pourrait plafonner au voisinage de 100 millions de barils
par jour à un horizon 2025 comparativement aux 85 millions de baril par jour
actuels. Pour le gaz naturel, le
scénario pourrait être similaire, avec un
décalage de 10 à 15 ans. Le freinage de l’offre d’hydrocarbures devrait conduire
à limiter la demande et à tendre les prix. Ce mouvement déjà enclenché impose
une utilisation efficace de l’énergie. Au niveau des transports, cela veut dire
réduire les consommations des automobiles de manière générale. L’effort portera
d’abord sur les pays développés et l’Europe est bien placée pour être à la
pointe de ce mouvement, que ce soit grâce à des moteurs plus efficaces, à un
allégement des véhicules, à la mise en place d’hybridations…
Dans ce contexte d’énergie moins abondante, quelles doivent être
les orientations d’une grande compagnie pétrolière ?
La première orientation, c’est d’optimiser la production de
pétrole et de gaz naturel, qui restera encore pendant de longues années son «
core business ». D’abord, c’est accéder à de nouvelles ressources faisant appel
à de nouvelles technologies : aller chercher du pétrole par des profondeurs
marines toujours plus importantes, dans des zones plus difficiles… Ensuite, cela
veut dire aussi accroître le volume de pétrole et de gaz récupérés sur les
champs existants car en moyenne seulement 35% du pétrole et 80% du gaz naturel
en place sont extraits. Là encore, la recherche d’une meilleure connaissance des
sols, est un facteur important. Enfin optimiser la production, enfin cela veut
dire favoriser l’accès des marchés à l’énergie et encourager la croissance
économique des pays producteurs afin que la production des ressources minière
contribue au développement des pays hôtes, en renforçant par exemple le contenu
local.
Le second axe de l’action d’une compagnie pétrolière, c’est de
maîtriser les impacts sur l’environnement de l’activité de production en allant
même jusqu’à encourager une réduction de la consommation d’énergie. C’est un peu
paradoxal pour une société productrice d’énergie, mais nous considérons qu’il
faut promouvoir une utilisation efficace de l’énergie : Il faut d’abord limiter
les effets directs de la production et du traitement des hydrocarbures en
augmentant l’efficacité de nos usines et en réduisant leurs rejets. En Europe,
cette action s’inscrit dans la limitation des gaz à effet de serre et du marché
européen des droits d’émission de CO2, mais cette démarche a un caractère
global. Pour les compagnies pétrolières, cela veut dire aussi réduire le brûlage
de gaz lors de la phase de production, en réinjectant notamment du gaz, en
attendant de le valoriser. Total s’est engagé à supprimer le brûlage dans ses
nouveaux projets et sur les projets existants à réduire par 2 le volume de
brûlage entre 2007 et 2012. Enfin maîtriser les impacts, cela veut dire aussi
proposer des produits qui réduisent la consommation énergétique : on peut citer
les lubrifiants ou de nouveaux carburants qui favorisent le fonctionnement des
moteurs, des produits chimiques plus adaptés, de matières plastiques bio
dégradables…
Le troisième axe d’action d’une compagnie pétrolière c’est de
préparer des solutions pour le futur, en s’appuyant sur de nouveaux vecteurs
énergétiques. La satisfaction des besoins énergétiques ne sera pas assurée par
une seule source d’énergie. Il faudra utiliser l’ensemble du mix énergétique,
des renouvelables au nucléaire. Les énergies renouvelables ont un rôle important
à jouer, même si leur développement sera long compte tenu du faible poids actuel
et des progrès technologiques nécessaires pour assurer leur compétitivité.
L’énergie solaire et la biomasse sont peut être les énergies les plus
prometteuses. Le solaire photovoltaïque n’est encore qu’au début de la courbe
d’apprentissage (hausse du rendement et baisse des coûts) et sa croissance sera
forte après 2020-2025. La biomasse a un intérêt important, notamment pour
produire des carburants, mais le développement sera conditionné par la
disponibilité de biocarburants de seconde génération qui n’entrent pas en
concurrence avec les productions alimentaires. Trouver des successeurs aux
produits pétroliers dans les transport est un défi important. Au delà des
biocarburants, les deux meilleurs vecteurs sont l’hydrogène et l’électricité,
mais ils ne joueront qu’un rôle limité sur les prochaines décennies. L’hydrogène
est une énergie propre mais il présente des difficultés majeures de
manipulation, de stockage, de distribution et la technologie de la pile à
combustible est loin d’être compétitive. La voiture électrique supprime les
émissions urbaines. Cependant les performance des batteries restent la
principale difficulté : faible contenu énergétique, fiabilité et durée de vie
limitées et coût élevé pour les technologies les plus performantes. Dans les
deux cas, la production d’hydrogène ou d’électricité reste une question majeure.
La solution la plus performante à moyen terme est peut être celle des voitures
hybrides où le moteur à explosion est complété par une motorisation électrique.
Une amélioration des batteries permettrait une autonomie suffisante pour la
majorité des utilisations urbaines et le moteur à explosion assurerait les
parcours plus longs. Les évolutions seront très progressives, même si des
ruptures technologiques sont attendues : en 2030 près de 80% des besoins
devraient encore être satisfaits par les énergies fossiles. Il faut donc trouver
des solutions pour limiter les émissions de CO2 des utilisations concentrées de
l’énergie fossile. La production électrique, avec l’utilisation du charbon,
restera le premier secteur d’émission de CO2. Maîtriser le captage et le
stockage du CO2 est une nécessité, même si cela aura un impact sur les
rendements énergétiques. Ces travaux de recherche pour arriver à des solutions
efficaces sont longs et doivent être entamés rapidement. C’est pourquoi Total
s’engage dans la réalisation d’un pilote à Lacq qui permettra de tester à la
fois le captage (dans un processus d’oxycombustion) et le stockage de CO2 dans
un ancien champ de gaz naturel.