Dans quelle condition l'énergie nucléaire peut-elle faire partie de
la croissance verte et dans quelle conditions ?
Dans un contexte de crise mondiale et
en particulier de la finance internationale, l'énergie nucléaire pourrait
apparaitre comme une solution quasiment hors d'atteinte. Qu'en est -il
exactement ? Dans l'ensemble des régions du monde, on observe un réel regain
d'intérêt pour le nucléaire. Des pays disposant déjà d'un parc de
centrales nucléaires engagent des plans importants de prolongation de durées de
vie ou engagent de nouvelles constructions. D'autres préparent le renouvellement
de leurs parcs existants. Des pays " nouveaux entrants " en Afrique du Nord, au
Moyen-Orient, en Asie du Sud-est, en Amérique Centrale ou du Sud, se préparent à
faire appel dans leur politique énergétique à l'énergie nucléaire à l'horizon
2020-2030. Les projections réalisées par l'industrie nucléaire estiment que 30%
à 50% de la croissance du parc mondial se réalisera dans des pays n'ayant pas ou
peu d'industrie nucléaire à ce jour.
Cela implique non seulement de
s'interroger sur la capacité de monter les projets correspondants mais aussi de
lever les interrogations relative à la sûreté nucléaire, à la résistance à la
prolifération des matières nucléaires et de sécurité vis-à-vis des actes de
malveillance.
1- les besoins de croissance
et notamment dans les pays en développement
- population, énergie et
accès à l'eau potable : d'ici 2050 la population mondiale va croitre de 70% pour
représenter environ 10milliards d'habitants. Or aujourd'hui plus de 2 milliards
n'ont pas accès à l'électricité.
- la contrainte climatique : le
nucléaire n'émet pas de gaz à effet de serre et permet de produire une
électricité économique répondant bien aux besoins de sécurité
d'approvisionnement en base.
C'est ce qui est traduit par les
scénarios prospectifs des principales Agences ou Organisations internationales.
Avec les incertitudes liées à ce type d'exercice, la puissance électrique
d'origine nucléaire attendue pour 2030 est, selon l'AIEA, de 450 à 680 GWe. Cela
impliquera la construction de plusieurs centaines de réacteurs nouveaux dans le
monde d'ici 2030 correspondant à une puissance de 200 à 450 GWe dont une
centaine dans des pays non encore équipés.
Au-delà se pose la question des
moyens possible pour " décarboner " le secteur des transports via le véhicule
électrique ou l'usage de l'hydrogène ainsi que l'usage de la chaleur dans
l'industrie.
2- Challenge :
- La sûreté
L'énergie nucléaire a constamment
progressé depuis ses origines voici plus de quarante ans, tant en efficacité
économique qu'en amélioration de la sûreté des réacteurs nucléaires, malgré
l'occurrence d'un accident majeur comme Tchernobyl. Le retour d'expérience du
type de réacteur le plus courant de part le monde (les réacteurs à eau légère)
correspond à l'équivalent de plusieurs milliers d'années-réacteurs, ce qui
permet de disposer d'une base d'analyse extrêmement large et donc de pouvoir
progresser continument.
Les progrès de la technologie
nucléaire vont perdurer, notamment pour la filière " classique " des réacteurs à
eau légère ou les futurs réacteurs de génération 4. Néanmoins, même si tous les
progrès de conception vont sans aucun doute aider à la conduite sûre des
centrales nucléaires et en garantir une meilleure fiabilité, la sûreté d'un
système complexe comme un réacteur nucléaire ne peut pas reposer simplement sur
la technologie : la sûreté en exploitation et aussi le maintien dans la durée du
niveau de sûreté est d'abord l'affaire de l'exploitant du réacteur et donc des
équipes de conduite, de maintenance ainsi que celles de l'ensemble des
entreprises qui interviennent dans le cadre de l'exploitation/maintenance du
réacteur.
C'est cette question qui sera
particulièrement sensible pour un pays souhaitant se doter de réacteurs
nucléaires : comment faire face au besoin de formation de l'ensemble des
intervenants industriels ? Comment inculquer une culture de sûreté et la faire
vivre activement ? En outre, le déploiement et l'exploitation de réacteurs
nucléaires ne peut pas se concevoir sans une Autorité de Sûreté forte,
compétente et indépendante dans ses décisions. Comment créer une telle autorité
de sûreté et comment lui donner une capacité d'expertise technique de haut
niveau ? Quelques soient les schémas envisagés et notamment en terme de
coopération internationale, les responsabilités de chaque Etat sur la sûreté
nucléaire ne sont pas délégables.
- Politique :
Les inquiétudes liées aux risques de
proliférations nucléaires : la construction " massive " de centrales nucléaires
va nécessiter des besoins en combustibles pour les approvisionner et aussi des
besoins sur la gestion des combustibles usés et des déchets radioactifs. . Les
préoccupations régulièrement exprimées sur le renforcement de la prévention de
la prolifération nucléaire doivent néanmoins permettre le développement de
l'énergie nucléaire sans disséminer les technologies sensibles du cycle du
combustible. Une voie réaliste et pragmatique devra être de distinguer les Etats
déjà dotés d'installations du cycle des Etats exploitants uniquement des
réacteurs et achetant les services liés au combustible : enrichissement de
l'uranium et fabrication du combustible nucléaire , gestion du combustible usé
après passage en réacteur nucléaire.
L'acceptation des technologies
nucléaires par le public ne doit plus être négligée et doit également être
pensée dans le contexte des besoins en énergie et des contrainte climatique :
les enjeux de chaque énergie doivent être explicités et bien évidemment les
questions autour de la sûreté, de la non prolifération et de la gestion des
déchets ne doivent pas être taboues.
- économique et
financier
La construction de centrales
nucléaires est fondamentalement intensive en matière de capital immobilisée et
aussi voit des délais important entre le début de la construction et la mise en
service (5 ans). Comment monter de tels projets dans une économie libérale ?
Quel " business model " développé dans ce contexte ? Comment prendre en
compte l'avantage de non émission de CO2 ? Comment traiter de façon
spécifique les pays émergents ?
De même la recherche et le développement sont
aussi des activités qui nécessitent une implication sur la durée. Comment créer
les conditions d'implication de l'industrie sur ces durées ?
3- Pour une approche globale,
partie intégrante d'un nucléaire durable ?
- La sûreté en tant qu'impératif
premier : une gouvernance internationale à renforcer de façon
pragmatique
Sous l'égide de l'AIEA et des
principaux pays nucléaires, la réflexion a débouché sur la préconisation d'une
démarche d'ensemble qui permettent de bâtir un système cohérent : constructeur,
exploitant nucléaire, autorité de sûreté indépendante et donc aussi de mettre
les Etats à même d'assurer leurs responsabilités premières. En outre, des
conventions internationales sur la sûreté, la sécurité et la gestion des
combustibles usés et des déchets radioactifs ont été mises en place et prévoit
des mécanismes de rapports réguliers et de jugement par les pairs.
Le processus de vente d'un réacteur
doit s'accompagner aussi d'une assistance à tous les niveaux : coopération entre
autorité de sûreté du pays d'accueil et autorité du vendeur et ayant déjà
autorisé ce type de réacteur ; coopération industrielle pour renforcer le tissu
industriel du pays d'accueil, création d'une capacité d'expertise locale avec
une coopération entre organismes de recherche, cette capacité locale est aussi
un vrai moyen pour faire vivre et développer la culture de sûreté.
La " culture de sûreté " : un mélange
subtil de technologie mais aussi de facteurs humains et comportementaux, tant au
niveau collectif qu'au niveau individuel. Ce dernier point sera le plus complexe
à faire mûrir et va nécessiter une coopération étroite sur le long terme, un
véritable parrainage dans le cadre international donné par les conventions
applicables.
- non prolifération et gestion
des ressources et des déchets :
La situation est pour la gestion du
combustible usée plus complexe: certains pays comme la France le traite pour en
recycler les matières valorisables ou en attente du déploiement des réacteurs de
génération 4, d'autres pays comme la Suède envisagent de le stocker directement
et beaucoup de pays l'entrepose en attente d'une décision quant à leur devenir.
Cet entreposage " non défini " doit prendre en compte dans sa conception et son
exploitation bien évidemment la sûreté et la sécurité de l'entreposage sur des
dizaines d'années : cela a un coût économique. Par ailleurs, des
considérations de géopolitique conduisent à penser qu'il n'est pas raisonnable
au plan de la résistance à la prolifération d'accumuler dans de nombreux pays de
tels entreposages (on estimer les quantités de combustible usé à plusieurs
dizaines de milliers de tonnes).
Aussi, cette question doit trouver
une réponse opérationnelle autour de quelques principes :
- l'entreposage d'attente
indéfini n'est pas une solution responsable de la gestion des déchets
radioactifs dans la perspective actuelle de déploiement de l'énergie nucléaire
;
- le traitement des combustibles usés avec le retour sous forme de
déchets vitrifiés (ne contenant plus de matière nucléaire) en entreposage dans
le pays d'origine être privilégié pour une gestion plus sure, plus
économique et plus résistante à la prolifération.
- Une offre de service
global pour le traitement et le recyclage du combustible usé doit être mise en
place avec un cadre international approprié et en particulier sous l'égide de
l'AIEA ;
- Ce service doit être mis en œuvre sur la base des meilleures
technologies aujourd'hui disponibles et fournie sur une base industrielle et
commerciale, ce qui nécessite en plus des installations de traitement/recyclage
existantes en France (et au japon, un développement de telle installation sur
une base régionale. Cela implique tant de travailler sur des partenariats
industriels permettant une mutualisation effective des installations que de
travailler sur des offres commerciales attractives.
C'est seulement en mettant
en œuvre opérationnellement ces principes qu'on répondra tant à l'attente des
pays se lançant dans un programme nucléaire, attente exprimée fortement
lors des réunions de GNEP, qu'au besoin international d'une sûreté, d'une
sécurité et d'une résistance à la prolifération accrues.
Le développement du nucléaire
requiert des compétences techniques et technologiques qui sont longues à
construire. Il y ne faut pas oublier non plus les questions de financement et de
mise en place des modèles économiques qui permettent d'amortir l'investissement
correspondant. En outre ce choix comporte aussi une dimension politique
pour que l'autorité de sûreté soit indépendante, pour encadre la gestion des
déchets radioactifs et des impacts environnementaux potentiels et aussi pour
s'assurer d'une acceptation publique suffisante pour que le programme soit
durablement accepté. C'est à ces conditions que le développement de l'énergie
nucléaire participe à la croissance verte.
. Synopsis de Olivier
APPERT
Président de l'IFP
Les défis énergétiques et environnementaux sont
considérables. La technologie contribuera à résoudre ces défis, même si la
technologie seule ne suffira pas.
Afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre de
50% d'ici 2050, il n'y a pas de panacée, de technologie miracle, qui seules
régleront tous les problèmes. Il sera nécessaire de mobiliser un ensemble de
technologies dans le domaine de la production et de la consommation d'énergie.
Au niveau européen, le SET Plan a arrêté un certain nombre de technologies clés.
Certaines de ces technologies, qui n'ont pas été prises en compte dans le
protocole de Kyoto, devraient faire l'objet de débats à Copenhague : c'est le
cas du nucléaire et du captage et stockage du CO2.
. Synopsis de Marcel
BOITEUX
Le souci d'éviter autant que possible les émissions de Co²
s'est aujourd'hui répandu en France dans tous les milieux. Les spécialistes de
chaque secteur se sont mis au travail ... d'où, secteur par secteur, une
avalanche de normes, de spécifications, de pénalités et bonifications toutes
plus justifiées les unes que les autres.
Faut-il rappeler que la seule solution efficace et rationnelle
pour un contrôle généralisé des émissions de gaz carbonique, c'est :
- soit de taxer les émissions de Co² à un niveau unique bien
déterminé quel que soit le secteur (et en esquissant si possible une
évolution de ce niveau pour les prochaines années)
- soit d'alimenter un marché annuel des droits d'émission dont
le volume mis aux enchères correspondra à l'objectif fixé pour l'année (avec
esquisse de l'évolution probable de ce volume).
Mais peut-on vraiment se contenter d'opérer par le biais des
prix, qu'il s'agisse des prix majorés par les taxes, ou des prix majorés du prix
d'achat des droits à émettre que les émetteurs devront incorporer à leurs coûts
? Ou faut-il quand même laisser subsister quelques normes impératives,
accompagnées du système de répression qui va avec ?
Et réussira-t-on à faire simple dès lorsqu'on peut faire
compliqué ? Au lieu d'opérer à la source, on ne parle que de taxer au niveau de
l'usage final, avec toutes les complications, les tolérances et les fraudes que
cela implique, usage par usage, usager par usager ...
. Synopsis d'Alain
KARSENTY
Les forêts tropicales dans le marché du carbone : chance
historique pour le climat ou nouvelle source de " hot air " ?
Alain Karsenty (CIRAD)
En 1997, à la veille de la conférence de Kyoto, on pouvait se
demander si les négociateurs allaient privilégier l'instrument de la taxe
carbone ou celui des marchés des permis d'émission pour diminuer les émissions
de gaz à effet de serre. On sait que la solution du marché fut retenue,
accompagnée de mécanismes de " flexibilité " comme le mécanisme de développement
propre (MDP) proposé par le Brésil. Ces mécanismes étaient censés permettre
d'atteindre les objectifs quantitatifs de réduction des émissions adoptés, mais
à un coût moindre. Ces choix s'appuyaient sur les thèses de l'économie de
l'environnement qui indiquent que l'on peut, pour réaliser un objectif
environnemental, choisir une régulation par les prix (la taxe) ou par les
quantités (les quotas). L'existence possible d'un " seuil de concentration " qui
ferait basculer le système climatique dans une dynamique dangereuse plaidait
d'ailleurs pour une approche par les permis d'émission de type " cap-and-trade
".
Près de 10 ans après l'entrée en vigueur des mécanismes de
flexibilité, il devient de plus en plus manifeste que ceux-ci ont surtout servi
à différer des investissements de réduction des émissions et les adaptations
nécessaires dans les modes de consommation et de transport dans les pays
industrialisés, et qu'ils n'ont eu qu'une influence très marginale sur les
objectifs ultimes de la convention climat. Le MDP a permis à une foule d'experts
et de bureaux d'études spécialisés de faire de bonnes affaires mais n'a pas
empêché l'ouverture de centaines de centrales au charbon, notamment en Chine,
contrairement aux espoirs de la fin des années 1990. L'économie politique d'un
mécanisme dont la fiabilité dépend d'expertises rigoureuses appuyées sur la
précision et transparence des informations mises à disposition par les
entreprises a été totalement sous-estimée. La conception même de l'instrument,
basé sur la constitution de scénarii " que se serait-il passé sans le
projet ? " couplé à un marché où les bureaux certificateurs sont en concurrence
auprès des entreprises candidates au MDP, ouvre la porte à des dérives de toute
sorte, dérives que l'organisme régulateur n'a pas les moyens de contrôler. Quant
à l'ambition de " développement ", en principe condition sine qua non d'un
projet MDP, elle a été vite abandonnée comme le prouve la composition du
portefeuille de projets ayant générés les plus fortes rentes.
Sans qu'un véritable bilan de ces dispositifs de marché n'ait
été tiré par la Convention Climat (critiqués, entre autres, par des
personnalités aussi renommées que le climatologue Hansen ou l'économiste du
changement climatique Nordhaus), il est très possible que ceux-ci soient
reconduits, voire que leur champ soit élargi aux forêts tropicales à travers le
mécanisme REDD (Réduction des Emissions issues de la Déforestation et de la
Dégradation). La variation des taux de déforestation d'une période à l'autre
dépend bien plus des variations des prix agricoles et des incidents climatiques
que de l'action publique, comme le montre la succession de retournements de
tendance au Brésil, en fonction de la conjoncture économique du moment. Les
crédits carbone délivrés auront ainsi toutes les chances d'être le produit de
circonstances plutôt que des choix d'action publique, ce qui génèrera encore
plus de " hot air " et affaiblira le signal-prix, fondement du système
d'incitation.
La remise sur l'agenda d'une taxe carbone permet d'envisager une
autre architecture tant pour le monde post-Kyoto que pour le mécanisme REDD, en
construisant ce dernier autour d'un fonds mondial alimenté par la fiscalité et
visant à financer les mesures structurelles nécessaires pour réduire la
déforestation. Et ces mesures concernent le soutien aux activités économique
valorisant durablement les différentes ressources forestières, mais aussi le
domaine agricole (" intensification écologique ") et celui du foncier (droits
opposables en faveur des paysans et des communautés face aux tentatives
d'accaparement par l'agrobusiness).
. Jacques
PERCEBOIS
Professeur à l'Université de
Montpellier
Directeur du CREDEN
Taxe carbone ou marché de droits.
S'il y a un consensus pour tenir compte du coût du carbone dans
les activités énergétiques il y a en revanche débat sur le fait de savoir s'il
vaut mieux instaurer un marché de droits ou permis d'émissions ou opter pour une
taxe, voire cumuler les deux systèmes. En pratique il existe un marché de droits
qui, en Europe ,couvre environ la moitié des émissions de CO2 et concerne les
gros industriels émetteurs de CO2. Ce système a fait ses preuves mais il est
souvent critiqué en raison de la forte volatilité du prix de la tonne de CO2 que
l'on peut y constater. Pour le secteur "diffus" (secteur domestique et
tertiaire,secteur des transports, petite industrie) une taxe carbone semble plus
appropriée mais plusieurs questions se posent alors: il faut éviter la "double
peine" et pénaliser deux fois une même activité (une fois au titre des quotas et
une fois au titre de la taxe) mais aussi éviter les "effets d'aubaine" (cas où
une activité échapperait aux deux systèmes). Il faut surtout éviter les
distorsions de concurrence si le taux de la taxe est très différent du cours du
CO2 pour deux activités en concurrence soumises l'une à la taxe et l'autre aux
quotas. Le système de la taxe est plus difficile à généraliser à l'ensemble de
l'Union Européenne alors que le marché des quotas peut facilement être organisé
à l'échelle de l'Union voire au-delà.
. Philippe HUGON
Professeur émérite Paris X
Nanterre
Crise financière et
enjeux écologiques.
Nous vivons et agissons dans le monde de l'instant des
marchés et des informations et parlons de long terme et de développement
durable. Les liens entre crise financière et écologie en sont
l'illustration.
1/ La crise financière et économique domine
l'actualité. Les causes financières profondes renvoient notamment à des taux de
rentabilité financière déconnectés des créations de valeur au niveau du secteur
productif, des fuites en avant d'une économie de crédit, de la faiblesse des
régulations financières et du caractère procyclique des normes de la finance
mondiale. Cette crise financière traduit également les limites d'un modèle
industriel des pays de l'OCDE . Elle a rétroagi sur l'économie mondiale
par des anticipations pessimistes, par une menace de déflation avec chute des
prix des biens et des actifs, un risque de rareté du crédit (credit crunch) et
des effets multiplicateurs jouant à la baisse avec des conséquences pour les
salariés en termes de précarité et de chômage. Le spectre de la crise de 1929
est dans tous les esprits même si les banques centrales ont réinjecté des
liquidités et si les États ont financé des plans de relance avec forte
augmentation de la dette publique. L'injection massive de liquidités dans les
banques n'a pas conduit toutefois à une augmentation conséquente des crédits à
l'économie (entreprises et ménages), mais a elle servi à alimenter la
spéculation de telle sorte que les bourses ont connu un nouvel essor de leurs
cours, que la situation financière des grandes banques s'est améliorée au point
de renouer avec les bénéfices et d'envisager de recommencer à verser des bonus à
leurs traders, de renouer avec le passé récent, comme si de rien n'était. Les
débats sur les perspectives de reprise en L, V, U, W conduisent à une
croyance en V. En réalité, comme le soulignent les analystes les plus
sérieux, les risques demeurent élevés. Les dettes des agents (ménages,
entreprises) se sont déplacées vers les Etats. Les déséquilibres demeurent
importants entre les pays à déficit d'épargne et ceux à excédents d'épargne ;
les risques du chacun pour soi et du protectionnisme (par les normes, la
monnaie) sont grands. Le débat oppose les partisans d'une régulation micro
prudentielle et ceux voulant mettre en œuvre une régulation macro prudentielle.
Les seules mesures financières ne pourront réussir si en même temps des accords
ne sont pas conclus quant à la parité des grandes monnaies.
2/ Ces débats et
focalisations sur la crise financière ont deux principales
limites
D'une part, comme en témoigne la quasi-totalité des
ouvrages publiés sur la crise, l'analyse demeure occidentalo-centrée et
focalisée sur l'épicentre de la crise. Or l'économie monde fonctionne avec ses
asymétries, ses centres et ses périphéries ses inégalités mais également ses
montées en puissance des émergents. Les canaux de transmission de la crise ont
été d'autant plus intenses que les économies sont interdépendantes et peu
réglementées. Toutes les économies ont été touchées par le canal financier, par
la baisse des investissements directs, par la chute du commerce international.
Mais l'émergence de nouvelles puissances notamment d'Asie et de pays pétroliers
a modifié la donne tant sur le plan financier (importance des réserves de
change) que réel (taux de croissance de l'ordre de 8 %). Les déplacements du
centre de gravité du capitalisme vers les émergents en font les gagnants de la
crise. Le recentrage de leurs économies sur des dynamiques endogènes et la
reconquête des marchés intérieurs sont permis par les énormes excédents
d'épargne. Si la thèse du découplage entre la croissance des pays industriels et
des pays émergents a été infirmée au début de la crise, elle semble plus
crédible aujourd'hui. Les pays en développement, quant à eux, subissent les
effets de la baisse des transferts financiers et dans un premier temps des
prix des matières premières tout en développant leurs relations avec les
émergents. Selon le FMI, la baisse des IDE est estimé à 20% en Afrique et la
banque mondiale estime pour 2009 le déficit des PVD entre 270 et 700 milliards$.
Mais la crise actuelle s'ajoute à d'autres crises structurelles alimentaires,
écologiques, sécuritaires ou sociales. Près d'1 milliard d'humains souffre de la
malnutrition et la planète atteindra 9 milliards d'habitants en 2050.
D'autre part la crise est systémique et multidimensionnelle et non
réductible à sa dimension financière et économique. Elle signifie selon toute
vraisemblance la fin d'un modèle : celui du consommateur insatiable et tout
puissant, celui de l'épargnant faisant confiance au système financier, celui du
producteur croyant que les ressources sont inépuisables, celui de la croyance en
un modèle mimétique généralisable, celui du modèle de développement énergivore
et non respectueux de l'écosystème. Le capitalisme mondial est porteur de
progrès matériel mais il sacrifie deux de ses principaux piliers : l'homme et la
nature. Or la croissance des émergents se fait sur la base d'un modèle mimétique
non supportable par la planète. Au-delà de la reprise économique, la
question fondamentale est celle de nouveaux modes de développement, moins
énergivores et réducteurs d'émission de gaz à effet de serre assurant un
découplage entre croissance, empreinte écologique et émission de GES tout
en répondant aux besoins notamment alimentaires du plus grand
nombre.
3/ Relier le court terme des marchés et le long terme de
l'environnement n'est pas chose aisée. Les pas de temps ne sont pas les mêmes
entre les sphères financières, économiques, sociales et
environnementales. La question est d'autant plus complexe qu'existent des
effets d'inertie importants dans les politiques environnementales. Les mesures
actuelles par exemple de limitation du es gaz à effet de serre n'auront des
effets qu'au-delà de 2030 alors que les horizons des décideurs économiques et
politiques sont court termistes et que les priorités dans un contexte de crise
apparaissent de rétablir le système financier et de relancer la croissance.
En même temps, la prise de conscience de l'impasse d'un modèle
énergivore, générateur d'inégalités, n'assurant pas le renouvellement des
ressources rares et créant des maux publics mondiaux est une opportunité pour
révolutionner les modes de production et de consommation et réduire les
inégalités et la fuite en avant d'un système qui selon toute vraisemblance va
droit dans le mur. Une relance industrielle verte est possible pour les pays
développés. Le green business peut créer de nombreux emplois et se
substituer à ce qu'ont été l'automobile durant les trente glorieuses ou les NTIC
ensuite.
Les voies du développement sont plurielles et ne
peuvent être mimétiques. Elles dépendent des potentialités propres aux sociétés.
Les pays les moins avancés peuvent court circuiter des phases d'infrastructures
lourdes et de technologies peu flexibles pour rentrer directement dans le monde
de l'électronique et des énergies renouvelables. En même temps, ils peuvent
valoriser leurs ressources stratégiques pour la planète qu'elles soient
énergétiques, minérales ou de biodiversité et de biomasse.
4/ Quels
enjeux dans le cadre des négociations sur le climat
La conférence de
Copenhague est au cœur de ces débats sur la crise financière et les enjeux
écologiques. Les pays en développement ne peuvent accepter de voir leur
croissance nécessaire bridée par des normes environnementales fortes et les pays
émergents ne sont pas prêts à des efforts si les pays développés émetteurs de
CO2 ne montrent pas l'exemple mais ces derniers ne sont pas prêts à de simples
compensations financières pouvant constituer de nouvelles rentes gaspillées pour
les PMA.
Des risques d'échec de Copenhague sont possibles compte tenu
des conflits d'intérêts, du contexte de la crise mondiale et de la
radicalisation des pays qui subissent les effets des changements climatiques
face à l'égoïsme des pays les plus responsables. Y aura t il position commune du
G77 ou jeu d'alliance à géométrie variable. Les enjeux concernent notamment le
partage du budget carbone et de l'empreinte écologique. Ils impliquent au
premier chef les pays développés et émergents mais concernent aussi, les
pratiques plurielles des acteurs notamment des pays le plus pauvres.
Des jeux coopératifs sont possibles dès lors que la lutte contre les
changements climatique est un jeu à somme positive. Mais les gagnants ne sont
pas prêts à compenser les perdants et chaque joueur cherche en
fonction de sa puissance à défendre ses intérêts. Les tensions portent sur
le partage du budget carbone, sur les pays qui doivent supporter le fardeau et
sur les transferts financiers et techniques vers les pays en
développement.
Les principaux débats portent sur l'échelle des
négociations bilatérales (donnant/donnant), par clubs (Etats-Unis, UE, G20) ou
multilatérales. Ils concernent également les mécanismes : marché des droits à
émettre ou taxes carbone ; celles-ci doivent elles se situer en amont
(taxes sur les énergies fossiles) ou en aval au niveau des consommateurs finals
(étiquette du coût carbone) ? Les pays européens veulent limiter le dumping
environnemental en limitant les délocalisations d'activités polluantes ou en
compensant les avantages des producteurs dans des pays peu contraignants en
matière d'émission par des taxes carbone. Les principaux secteurs
concernés par ces mesures seront: les transports, l'industrie,
l'agriculture et la sylviculture, les industries énergétiques, l'habitat .
Comment mettre en place des nouvelles technologies environnementales :
captage et stockage de CO2, énergies renouvelables, nucléaire ? Comment assurer
le découplage entre croissance et émissions de CO2 en cas d'accord de
Copenhague.
La question est également financière. Comment trouver des
financements innovants en phase avec les défis écologiques : par des taxes, par
des contributions volontaires, par la mise en œuvre de taxes Tobin. ? Face à "
l'abime vers lequel court le monde si des solutions radicales ne sont pas prises
" (Ban Ki Moon), les efforts financiers seront-ils acceptés ?. Rob Vos
(ONU) estime à 500 milliards $ par an (1% du PIB mondial) les investissements
nécessaires pour prévenir et compenser les dommages causés. La Banque mondiale
(2009) évalue à 400 milliards $ par an le financement des technologies
d'infrastructure énergétique alors que les fonds publics peuvent difficilement
croitre et que les fonds carbone peuvent au mieux rapporter 30 milliards $.
Comment trouver des financements qui permettent des transferts de technologies
adaptées et faire en sorte que les appuis des pays industriels et des pays
émergents ne donnent pas lieu à des simples redistributions de rentes ?. Les
appuis financiers supposent des projets concertés porteurs de développement
durable pour les différents partenaires.
La question
concerne également la nouvelle architecture internationale. Il y a
opportunité pour donner voix au chapitre des exclus. Il y a également
possibilité de mise en œuvre d'une organisation mondiale de l'environnement
prenant en compte la pluralité des acteurs (non réductibles aux seuls Etats
souverains) et intégrant la société civile (associations et organisations
représentatives rurales, urbaines, environnementales associations), les
entreprises transnationales et les experts. Cette organisation pourrait
fixer les règles du jeu, les objectifs, les agendas, les échéances tout en
laissant aux acteurs le choix des moyens compte tenu de leur contexte,
systèmes de valeur et configuration institutionnelle et politique.
. Jean du RUSQUEC
Conseiller auprès du Directeur Général de
Total
L'énergie et l'impératif climatique
L'énergie et le climat ont partie liée. Les émissions de CO2
associées à l'énergie représentent en effet 60 % des émissions de gaz à effet de
serre d'origine humaine. Mais la recherche d'un modèle énergétique plus
soutenable doit tenir compte de deux réalités, la demande et le
climat.
La demande énergétique mondiale va continuer à croître parce
qu'elle est la contrepartie du développement des pays émergents. La crise
économique actuelle ne changera pas cette tendance de fond. Pour répondre à
cette demande, le pétrole, le gaz et le charbon qui fournissent aujourd'hui 80 %
de l'énergie primaire vont conserver encore longtemps une part prépondérante en
raison de leurs avantages propres.
Il est pourtant indispensable de faire
évoluer le système énergétique et de développer à grande échelle des sources
complémentaires d'énergie efficaces et peu émissives. Pour inscrire cette
transition énergétique de longue durée sur une trajectoire soutenable au
plan climatique, un effort considérable d'adaptation doit être accompli de
manière cohérente par les principaux émetteurs. Tel est l'enjeu de la réunion de
Copenhague.
Cet effort devra reposer en priorité sur la recherche d'une plus
grande efficacité énergétique ; il passera aussi par le développement d'une
large gamme d'énergie renouvelables et du nucléaire. Les combustibles fossiles
étant appelés à avoir encore pour des décennies un rôle central, la mise au
point de techniques de captage-stockage du CO2 pour limiter les émissions liées
à leur usage est un axe majeur de travail.
. Lucien CHABASON
Président du Plan Bleu
Il est aujourd'hui reconnu que le réchauffement va affecter
de façon sensible beaucoup de régions terrestres déjà affectées par le
sous-développement ou la rareté des ressources naturelles ; tel est
particulièrement le cas de la région sud et est de la Méditerranée ou les
pays du Sahel et de la corne de l'Afrique.
Les capacités d'adaptation y sont
réduites à la fois du fait de la fragilité des écosystèmes et des ressources
limitées en infrastructures et moyens financiers.
C'est donc très logiquement
que la question des stratégies d'adaptation et de leur soutien par l'APD est
venue sur l'Agenda de la négociation post-Kyoto ( feuille de route de Bali) ce
succédant à une periode initiale où les questions d'adaptation étaient regardées
avec méfiance par les acteurs qui considèrent qu'il faut donner une priorité
totale aux engagements et mesure de mitigation.
Selon les sources, les
investissements nécessaires en matière de d'adaptation pourraient s'elever à 100
milliards d'euros par an. Ces estimations. varient
considérablement.
Une partie de ces fonds est supposée venir de l'APD, le
reste du secteur privé et des Etats bénéficiaires.
Etant donné que les pays
de l'OCDE se trouvent encore bien éloignés de l'objectif de 0,7% de leur PIB
alloué à l'APD, certains craignent que les engagements d'aide publique à
l'adaptation soient en partie imputés sur l'aide globale.
Tout ceci peut
expliquer la tension autour de cette partie de la négociation et les doutes qui
s'expriment sur ce que sera l'engagement effectif des pays riches.
. Synopsis de Marco KEINER and Paola
DEDA, United Nations Economic Commission for
Europe, Geneva,
Switzerland
Addressing the Challenge of Climate Change in the
Pan-European region ? Reducing the Energy Consumption and Greenhouse Gas
Emissions from Buildings
The challenge: Buildings as
emitters of greenhouse gas
In the United Nations
Economic Commission for Europe (UNECE) region, which covers the pan-European
region including North America, Europe, Caucasus and Central Asia, buildings are
responsible for over one third of the total final energy consumption. Much of
this energy is used by the residential sector (20–30 per cent of total final
consumption on average). Demographic, economic and cultural changes are further
increasing the pressure of housing on energy use and are accompanied by even
higher levels of related greenhouse gas emissions. For this reason, it is the
buildings sector – and particularly the residential sector – that could generate
some of the greatest energy savings in comparison with other energy
users.
While the state of
existing technology provides a high potential to a drastically reduced energy
use in housing, the sector actually maintains outdated, with inefficient
practices, and is one of the drivers of even higher levels of consumption. The
implications are not trivial. Much more energy is used than necessary; the
contribution of housing to carbon dioxide emissions is high and growing; many
residents do not have affordable or “clean” energy sufficient to support their
subsistence; the penetration of efficiency technology in housing is low and much
of the related business potential is untapped.
At the global scale,
environmental impacts of energy efficiency in housing stem from energy use as
the major contributor to climate change. As most of energy produced for the
moment comes from fossil-fuelled power plants, it is energy production that is
responsible for most of CO2 emissions into the atmosphere. Increasing CO2
emissions are believed to result in irreversible changes in the global climate
and the global environment, the consequences of which are hard to predict, but
which are believed to impose tremendous economic cost of mitigation and
adaptation, if not catastrophic effects on the human future (e.g. Stern
2007).
Due to their energy
consumption, buildings are accountable for a considerable portion of CO2
emissions. In the pan-European region, the main sources of energy in the
buildings sector are electricity, district heat (especially in EECCA) and
natural gas. This entails both direct CO2 emissions from the buildings sector
via “on-site” combustion of fossil fuel and indirect (upstream) emissions via
demand for electricity and district heat; upstream emissions are dominant. The
degree of electrification and the type of energy source used to generate heat
and electricity influence the volume of emissions from the buildings sector. For
example, the upstream CO2 emissions from buildings in France are low
because nuclear power is the main source of electricity in the country and
because of the high degree of electrification. This also applies to the
countries relying on hydropower as main sources of energy for houses, and to
Iceland, which uses geothermal energy
to heat housing.
There are no reliable
data with regard to the relative share of buildings in total CO2 emissions and
statistical data do not usually report indirect (upstream) emissions. However,
some estimates suggest that both direct and indirect contributions of buildings
in total CO2 emissions globally in 2005 were around 33 per cent as a sum of
“households” (21 per cent) and “services” (12 per cent) (IEA 2008a). There is
much variation at the country level, however. In the United States of
America, for example, buildings emissions
constituted 38 per cent of the country total in 2006; the share of the
residential sector was 20 per cent (DOE 2008). Moreover, land use changes
account for a high proportion of global carbon emissions; this is mostly due to
deforestation linked to urban expansion and the use of wood as a fuel. It should
also be considered in the impact and contribution of buildings to climate
change.
If trends continue to
follow a “business as usual” approach, direct and upstream CO2 emissions from
buildings globally are expected to rise 70 per cent and 140 per cent to 2030 and
2050, respectively (Stern 2007). Similarly, the International Panel on Climate
Change (IPCC) assumes the baseline growth of CO2 emissions from the buildings
sector from 8.6 Gt a year in 2004 to 11.1Gt in 2020 and 14.3 Gt in 2030
(including electricity emissions). However, the IPCC survey indicates that there
is a global potential to reduce by 29 per cent by 2020 and 30 per cent by 2030
the projected baseline emissions for the residential and commercial sectors by
using existing cost-effective energy efficiency technology (Levine et al. 2007).
This is the highest potential gain in comparison with other sectors.
In general, most
scenarios envisage that curbing the growth of energy consumption in the
buildings sector will not prevent the overall growth from today, but the rate of
this growth will be considerably slower, while a decarbonization of the energy
used in the buildings sector may reduce CO2 emissions below the present levels
(e.g. IEA 2008b). Also related to decreased CO2 emissions are opportunities to
sell carbon credits, especially for those countries that due to their industrial
decline in the 1990s and improved environmental standards have seen a certain
gap between CO2 emissions allowed and actual emissions. Increased energy
effectiveness may widen this positive gap. For example, it is argued that by
ignoring the consequences of its CO2 emissions, the Russian
Federation misses out on about $10 billion a
year in carbon credits, and risks compromising its international standing with
respect to its commitment to fighting climate change (World Bank Group 2008).
Alternatively, countries that are required to buy carbon credit due to exceeding
their quotas will be able to economize by increasing energy
efficiency.
In addition to
contributing to climate mitigation, better energy efficiency for homes in the
pan-European region also makes the sector more resistant to the extreme weather
events that are predicted to increase in frequency and magnitude. Energy
efficiency in homes may therefore also be considered to be a contribution to
climate change adaptation measures in the housing sector (Deda and Georgiadis
2009).
The opportunities of improving energy
efficiency in housing
It is widely
acknowledged that investing in energy efficient homes provides quicker and
cheaper results than alternatively increasing capacities for energy supply.
Moreover, improving energy efficiency in housing is a great opportunity to
promote economic development, environmental stewardship, human rights, quality
of life and social equality. Some of these benefits and opportunities
include:
• Environmental
benefits. Better energy efficiency reduces the pressure of energy use on
climate change. Furthermore, improving the energy efficiency of housing
constitutes a climate change adaptation measure by better shielding homes from
adverse weather conditions. There are also opportunities related to carbon trade
possibilities due to reduced carbon dioxide (CO2)
emissions.
• Energy
availability and energy security. Improving energy efficiency in housing
permits more energy for alternative uses or for growing “structural” energy
demands in the housing sector itself. It also alleviates the risks of political
instability which may arise due to energy shortages or energy price inflation
for households.
• Economic benefits.
Better efficiency offers savings with respect to operational costs for
tenants, and service providers benefit from the more efficient transportation of
energy services. The development of the sector also has positive influences for
research and innovation, business development, employment and investment. It
therefore offers an effective tool to stimulate economic growth and to boost
national economic competitiveness.
• Regeneration of
the built environment. Retrofitting homes and using proper technologies for
housing construction considerably improves indoor thermal, moisture and noise
isolation, and implies higher levels of comfort of living and longer cycles of
property repair. Comprehensive programmes can also improve the aesthetics of
buildings.
• Social and health
effects. Energy efficiency interventions in housing improve living
conditions and the state of public health, address the problems of energy
affordability and “energy poverty” and, as a consequence, mitigate social
exclusion and inequality.
It is clear that the
benefits from energy efficiency in housing represent a “multi-win” situation.
They simultaneously embrace local, regional, national, and global dimensions.
However, government policies must drive complex technological and institutional
change towards improved efficiency of energy use in order to avoid contradictory
microeconomic interests at the national and international levels. Although some
progress has been seen in the field recently, the situation existing in
virtually all UNECE member States leaves much room for improvement. Even those
countries that are considered to be advanced in terms of building standards are
very far from fully realizing the sector’s full potential. But it is the
transition countries that especially lag behind. A specific challenge for these
countries relates to overcoming what can be called the “energy inefficiency trap”, or a
situation in which countries having lower energy efficiency are unable to change
their respective status due to the lack of funds, experience, technology,
motivation and initiative.
In the meantime, the
state of existing technology demonstrates a very high potential for drastically
reduced energy consumption in the housing sector. The technology includes
passive houses, zero-energy homes or even plus-energy buildings which produce
renewable energy and deliver excesses to the common energy grid. Many
technological solutions are also cost-effective: it is estimated that 25-40 per
cent of only direct energy savings, depending on particular country, may be
achieved nationally in housing by applying cost-effective technologies. However,
investment in energy efficiency is done on a limited scale, far below what might
be considered as rational. This paradox is known as the “energy efficiency gap”. It appears
that the most serious challenges to energy-efficient housing are not simply
technological: they are connected with the need to establish proper and
functioning institutional structures that can set large-scale efficiency
measures in motion. Better energy efficiency is considered to be the result of
the application of technology and/or knowledge, which, in turn, is driven by the
conditions that are conceptualized in five “IN-” keywords: investment, information, innovations,
incentives and initiative. Government, landlords and building
industries represent the triangle of the major stakeholders, whose mutual
interrelations determine the status of the “5-INs” in delivering
better energy efficiency.
Using this approach, a
number of barriers and challenges
to energy-efficient homes can be identified. The most common barriers
to investing in energy efficiency in housing are a lack of incentive and the low
priority of energy issues versus alternative opportunities available to
households and economic agents. Energy prices are unstable or incomplete;
energy-efficient products are more expensive than alternatives. If there are low
priorities for efficiency and no mechanisms that allow the energy performance of
buildings to influence property values, the whole technological chain involved
in the design, production, and management of houses is malfunctioning. There is
also the problem of high “transaction costs” in investing in energy efficiency:
households are particularly sensitive to the time and effort necessary for
improving energy efficiency. Other barriers include a lack of (a) information
and awareness, (b) initiative and organizational barriers, (c) innovation, (d)
technological advancement, and (e) investment and finance (including limited
affordability and access to capital, and the uncertainties and risks associated
with energy efficiency projects). It is clear that the market alone cannot solve
these issues if it is not supported by purposeful government policies based on a
dialogue and partnership with all key stakeholders.
The way forward –
Improving policies and mechanisms
UNECE (2009) proposes
basic principles for successful policies:
• Context. There
are significant differences across the UNECE region with respect to the levels
of economic development, legislative and organizational structures, the history
and practice of the residential sector and climatic conditions. Policies should
be sensitive to this diversity, and necessarily be embedded in specific local
socio-economic, institutional and geographical contexts.
• Multidimensional
and integrative character. There is no single quickly and hassle-free
solution to resolve energy efficiency in housing. Policies must be
comprehensive, thoroughly developed and should integrate a number of
instruments. Cross-sectoral multidimensional and multidisciplinary approaches
are necessary.
• Social
responsibility and the safety net. It is vital to create inter-linkages
between energy efficiency policies and social policies. Policies should ensure
affordable access to energy, reduction of social inequality and improvement of
social well-being. Energy-efficient housing is not simply a narrow technocratic
issue but also a social and political challenge.
• Organizational
leadership and energy planning. A devoted and continuous process of
policymaking, planning, implementation and control is required. It is advisable
to charge a special organizational structure with the responsibility to
coordinate the efforts of different ministries, stakeholders and administrative
levels.
• Statistical
backing. Policymaking and management activities need to rely on sufficient
data that allows for assessing both the current situation and policy impacts. It
is therefore important that statistical capacities are raised. In addition, the
requisite information systems need to be set up at the regional and local levels
to support decision-making.
• Adoption of new
knowledge and best practices. Policies should both encourage and internalize
best practices and innovations emerging from research and development,
informational exchange, and demonstration or pilot projects. Necessary
structures should be in place at the national level to ensure appropriate
dissemination of the available information to as many stakeholders as
possible.
• Raising awareness
and public dialogue. Legally binding informational instruments such as
mandatory energy performance labeling of household appliances, energy
performance certification of buildings and other declarative and informing
systems of energy consumption are already widely used. They should be promoted
to make energy efficiency highly visible in the residential market. Other “soft”
instruments should be encouraged, and should include capacity-building and
educative measures, State-sponsored energy information centers, good practice
and informational exchanges, voluntary energy labeling, demonstration projects,
and the promotion of technology and sustainable lifestyles. The policies
themselves should be transparent and widely publicized. It is particularly in
those societies that have raised energy efficiency and environmental concerns to
the levels of everyday discourse that policy has received general public support
and loyalty.
• Energy performance
standards for buildings. Up-to-date and mandatory energy efficiency
performance standards in buildings are among the most effective instruments for
increasing energy efficiency and should therefore be actively used. Appropriate
national targets and measures should ensure a market penetration of passive,
zero-energy, and zero-carbon building solutions. It is also important to develop
legal mechanisms for improving the energy performance of existing buildings. All
such instruments should be balanced against the level of prosperity of a given
sub region, and may include differentiated requirements depending on the size of
the affected project or status of the developer. One crucial step is to enforce
the implementations of the mandatory building codes. Building codes should also
be supported by other instruments, including subsidies to lower-income
groups.
• Housing management
and maintenance. The system of housing management should operate within a
framework of capacities and incentives intended to deliver better energy
efficiency. Improving and professionalizing housing management is a key
institutional requirement and presents a particular challenge to the multifamily
housing stock of transition countries. There must be ways to enforce legal
provisions for establishing collective coordinating bodies, such as residents’
associations, on which obligations for maintenance and economic incentives can
be imposed. The social/public housing sector should be prioritized in government
energy-efficiency and retrofitting programmes.
• The development of
financial mechanisms. It is necessary to develop and maintain a sound
financial infrastructure for owners, tenants, the construction industry,
technology providers and other stakeholders to be able to raise capital for
retrofitting and efficiency technology, as well as for new technology to be able
to establish its market niche. This involves a transparent system of subsidies,
grants, loans, and investment programmes and self-sustained funding mechanisms
such as revolving funds. Improving cooperation between homeowners and financial
institutions, including through provisions for collaterals, guarantees and
insurance is also important. Furthermore, it is necessary to change the
conventional “giving” direction of fiscal incentives for landlords and tenants,
by strengthening “taking” approaches, which may include a tax on energy
inefficiency based on the building’s energy performance.
• Energy pricing and
utility services. One of the essential elements in the energy efficiency
incentive system is energy pricing. It is important to establish an adequate
pricing system and to eliminate fixed-cost payment systems. A number of measures
should, however, parallel or precede energy price reform. Criteria could be
developed related to the percentage of the household income spent on energy. For
those facing “energy poverty” should receive targeted subsidies should be
provided (which would ideally help improve the energy performance of homes
rather than provide cash assistance). Other measures might include block and
differentiated tariffs, which make utilities affordable for low-income families
and yet encourage conservation, and use of smart metering, which offers
households more control over the pricing of energy they use. Specific
requirements and incentives must also be imposed on energy suppliers providing
services to households; these should comprise both regulatory and financial
instruments.
• International
cooperation and knowledge exchange. Policies benefit greatly from
international experiences. In particular, the countries in transition in the
pan-European region should receive assistance with the transfer and exchange of
knowledge and experience regarding both good practices and lessons learned.
The national stakeholders and
decision-makers, supported by the international governmental organizations, need
to become more ambitious and strive for a new era of green building and
sustainable urban planning, where building will no longer mean pollution, energy
and land consumption but ‘neutrality’ of climate and other environmental impacts
instead.
References
Deda, P. and G.
Georgiadis (2009), Tackling climate change “at home”?Trends and challenges
inenhancing energy efficiency in building in the UNECE region. UNECE Annual
Report 2009: 42-51. Geneva: UNECE.
DOE (2008), 2008 Buildings Energy Data Book.
Washington, D.C.: United States Department of Energy.
Available at: http://buildingsdatabook.eere.energy.gov.
IEA (2008a), Worldwide Trends in Energy Use and
Efficiency?Key Insights from IEA Indicator Analysis. Paris: IEA.
IEA (2008b), Energy Technology Perspectives?Scenarios and
Strategies to 2050. Paris: IEA.
Levine, M. et al.
(2007), Residential and commercial buildings. In B. Metz et al. (eds.), Climate Change 2007?Mitigation. Contribution
of Working Group III to the Fourth Assessment Report of the Intergovernmental
Panel on Climate Change. Cambridge, United
Kingdom: Cambridge University Press.
Stern, N. H. (ed.)
(2007), The Economics of Climate
Change?The Stern Review. Cambridge,
United Kingdom: Cambridge University Press.
UNECE (2009), Green Homes?Towards energy-efficient housing in the United Nations Economic
Commission for Europe region. New
York and Geneva: United Nations.
World Bank Group
(2008), Energy Efficiency in
Russia?Untapped Reserves. Washington, D.C.: International Finance Corporation and
the World Bank.
. Synopsis de Patrick
HAAS
Les dures réalités de l'énergie.
Bonjour à tous et merci de votre invitation.
Bien que les entreprises ne prennent pas part directement aux
négociations
globales sur le changement climatique à Copenhague, elles
sont au premier chef concernées.
Pour les entreprises consommatrices d'énergie il est en effet
vital de comprendre les réalités économiques, sociales et
environnementales des énergies qu'elles utilisent - il en va de leur
compétitivité et de leur capacité à prendre les bons virages et choix
technologiques. Les groupes énergétiques, comme celle que je représente, sont
doublement concernés par la demande et l'offre d'énergies et donc au coeur du
problème du changement climatique et du développement durable mais aussi au
coeur des solutions à trouver et à mettre en oeuvre.
Le défi climat-énergie ne pourra se résoudre qu'avec la
contribution la conjugaison des efforts de 3 grands types d'acteurs -
entreprises, consommateurs et pouvoirs publics.
Cette action sera déployée au niveau international, local et
individuel.
Les questions complexes liées à l'énergie et à l'environnement
nécessitent des solutions logiques, méthodiques et réalistes.
Les enjeux en matière d'énergie se divisent en trois catégories
distinctes :
Premièrement, comment satisfaire la demande mondiale croissante
en énergie ? En particulier, comment satisfaire le désir des populations des
économies émergentes d'atteindre le niveau de vie que nous considérons normal
dans les économies occidentales développées.
Deuxièmement, comment répondre à cette demande de façon durable
sur le plan environnemental ?
Troisièmement, comment assurer la fiabilité de
l'approvisionnement énergétique dans un monde présentant un déséquilibre entre
les régions de production d'énergie et les régions de consommation, et où
l'approvisionnement est de plus en plus concentré dans un nombre restreint de
régions-clés ?
Les trois enjeux sont donc : l'accès pour tous, le développement
durable et la sécurité d'approvisionnement. Notre avenir énergétique repose sur
ces trois facteurs.
La recherche de solutions doit être fondée sur des hypothèses
réalistes.
Les solutions ne commencent à émerger que lorsqu'on est réaliste
à l'égard de ce qu'il est possible et impossible de faire.
Il en est de même en ce qui concerne les enjeux énergétiques. Il
faut accepter les dures réalités de la situation afin d'identifier les solutions
pertinentes. Et ces réalités couvrent trois domaines :
o L'offre et la
demande énergétiques ;
o Les possibilités offertes par les technologies
;
o Les règles fixées par les pouvoirs publics.
Première dure réalité : l'offre et la demande énergétiques
Le point de départ de toute analyse énergétique doit être
l'ampleur de la demande. Nous prévoyons une demande croissante et solide durant
les prochaines décennies, sous l'impulsion de l'extraordinaire transformation
économique de la Chine, de l'Inde et d'autres pays en développement. Chaque
année la planète accueille 200 millions de nouveaux citoyens.
La demande en énergie devrait progresser d'environ 45 % d'ici à
2030, ce qui revient à ajouter l'équivalent de deux États-Unis supplémentaires à
la consommation mondiale. Pour satisfaire cette croissance de la demande, les
investissements nécessaires devront atteindre entre 25 000 et 30 000 milliards
de dollars, soit 1000 milliards de dollars par an.
Rien qu'en termes d'approvisionnement pétrolier, la production
actuelle d'environ 85 millions de barils par jour devra passer à environ 100
millions par jour d'ici à 2030.
Plus de la moitié de ce total, soit près de 50 millions de
barils par jour, devra provenir de sources nouvelles en raison de l'épuisement
des gisements existants et de la croissance de la demande. Ce qui revient à
ajouter quatre Arabies Saoudites supplémentaires aux capacités mondiales de
production.
Certains peuvent se demander s'il est bien nécessaire que les
combustibles fossiles alimentent une proportion aussi importante de cette
croissance. Sur ce point, il est essentiel de faire face à la dure réalité de la
situation. Ces projections reposent sur l'hypothèse non seulement d'une
poursuite, mais d'un resserrement des politiques actuelles encourageant la
réduction des émissions. Malgré cela, jusqu'à 80 % des besoins en énergie
devraient être alimentés par les combustibles fossiles en 2030. Ceci s'explique
par l'envergure considérable du secteur énergétique mondial, par la durée
de vie et la lenteur intrinsèque de renouvellement des équipements comme les
centrales électriques, et par les longs délais de mise en œuvre nécessaires pour
développer à grande échelle certains actifs comme les installations nucléaires
ou les énergies renouvelables.
Si vous examinez les projections de l'AIE, vous noterez que même
les scénarios les plus radicaux en matière de réduction des émissions prévoient
que les combustibles fossiles satisferont environ les deux tiers des besoins en
énergie en 2030.
Les énergies renouvelables sont une composante essentielle de
l'offre énergétique future. BP soutient cet objectif en investissant massivement
dans l'éolien, le solaire et les biocarburants. Mais la dure réalité est qu'à
l'heure actuelle, l'ensemble des énergies éolienne, solaire, houlomotrice,
marémotrice et géothermique ne représente qu'environ 1 % de la consommation
totale. En ce qui concerne l'avenir, même en se basant sur les scénarios les
plus radicaux de l'AIE, ces sources d'énergie ne satisferont que 5 % de la
demande totale en 2030.
Tels sont donc les paramètres au sein desquels nous devons
évoluer. Rien ne sert de prétendre que les combustibles fossiles peuvent être
tout simplement mis au rebut, ou que les énergies renouvelables vont tout à coup
connaître l'effet boule de neige qu'a connu l'Internet il y a 10 ans. Aux
limites en termes de capacités physiques s'ajoutent celles d'ordre technique et
économique que nul ne peut ignorer.
Deuxième dure réalité : les outils et les technologies
Deuxième réalité qu'il nous faut confronter : les outils et les
technologies dont nous disposons. Comme nous venons de voir, la solution ne peut
résider dans la substitution intégrale des hydrocarbures par des énergies
renouvelables. Mais elle ne réside pas non plus dans la seule énergie nucléaire,
la seule capture de CO2, les seuls biocarburants ou encore les seuls véhicules
électriques. Ces différentes technologies sont souvent présentées comme
symbolisant " l'avenir ". Mais il n'existe aucune solution-miracle
unique.
L'avenir de l'énergie ne sera pas assuré par une solution miracle,
mais par une offre diversifiée.
Cette offre se composera d'une gamme d'énergies diverses
adaptées aux besoins en carburant, électricité et chaleur. À l'heure actuelle,
les projecteurs semblent passer d'une technologie nouvelle à l'autre, au risque
de négliger certaines solutions de base pleines de bon sens.
Tout d'abord, quasiment toutes les analyses de réduction des
émissions de gaz à effet de serre présentent l'efficacité énergétique (ou les
économies d'énergie) comme étant la plus grande source de réduction. Cette
réponse n'est peut-être pas la plus séduisante médiatiquement, mais les
solutions pragmatiques sont souvent les meilleures.
Une étude de l'Institut McKinsey Global suggère que l'énergie
utilisée pourrait être réduite de plus d'un cinquième d'ici à 2020 et que 8
milliards de tonnes d'émissions de gaz à effet de serre pourraient être évitées
par le biais d'investissements en efficacité énergétique qui seraient plus que
rentables.
La propre analyse de BP corrobore cette thèse. Dans le domaine
du transport, par exemple, l'accroissement de l'efficacité du moteur à explosion
peut réduire de quelque 25 % les émissions de CO2. L'utilisation de véhicules
entièrement hybrides peut en réduire 25 % supplémentaires. Il s'agit donc d'une
orientation possible et nous sommes heureux de constater que les autorités
notamment américaines s'engagent dans cette voie en prenant des mesures visant à
améliorer le rendement énergétique des véhicules.
Dans la mesure où les émissions de gaz à effet de serre sont
rejetées à différentes étapes du cycle de vie, il faut examiner chaque type de
véhicule et de carburant de façon individuelle.
Les biocarburants émettent des gaz d'échappement, mais les
émissions sont compensées en amont dans la mesure où leurs matières premières
absorbent le CO2.
Les véhicules électriques ne rejettent pas de gaz d'échappement,
mais ils rejettent des émissions en amont car ils dépendent des centrales
électriques. Ces véhicules électriques sont prometteurs, mais ils ne
parviendront pas à réduire de façon significative l'empreinte carbone du
transport si la source d'énergie elle-même n'est pas " décarbonisée ".
Les biocarburants sont au cœur d'un débat qui, lui aussi,
présente des risques d'égarement. Le caractère " durable "des
biocarburants suscite naturellement un certain nombre de préoccupations.
Font-ils concurrence aux produits alimentaires ? Leur production est-elle
néfaste aux écosystèmes ? La réponse est " tout dépend du biocarburant ".
Il en existe une large gamme : certains sont bénéfiques,
d'autres néfastes. BP investit dans des biocarburants qui fournissent de réels
avantages énergétiques et environnementaux sans menacer l'alimentation ou la
biodiversité. Il s'agit notamment d'éthanol brésilien fabriqué à partir de canne
à sucre, le biocarburant le plus efficace à l'heure actuelle ; de biobutanol,
une molécule plus avancée que l'éthanol ; et de carburants d'origine
lignocellulosique, comme l'éthanol produit à partir d'herbes dites "
énergétiques ".
Ce type d'éthanol a le potentiel d'apporter une excellente
réponse aux problèmes d'accès, de développement durable et de sécurité
d'approvisionnement. Il offre de hauts rendements énergétiques. Il n'entre pas
en concurrence avec les produits alimentaires. Il constitue une alternative
locale à l'importation de pétrole. Et il a le potentiel, non seulement de
réduire les émissions, mais d'être un facteur d'absorption nette de CO2. Un
carburant aussi stratégique ne devrait pas être assimilé à d'autres offrant des
avantages nettement inférieurs.
Nous pensons que les biocarburants prendront une importance
significative au cours des prochaines années et qu'ils pourraient représenter
près de 10 % du total des carburants de transport d'ici à 2030, et jusqu'à 20 %
du pool essence aux États-Unis.
Bien entendu, le transport n'est qu'un aspect
de la situation globale. Alors que le transport se caractérise par des millions
de petites unités mobiles dont la durée de vie est limitée à une ou deux
décennies, l'électricité implique l'utilisation d'actifs statiques relativement
volumineux dont la durée de vie peut atteindre 40 ou 50 ans.
Aux États-Unis, la centrale à charbon moyenne a été construite
en 1964 ; le charbon reste de loin la source d'énergie la plus importante dans
la production d'électricité aux États-Unis.
Pourtant, la dure réalité est que, parmi les sources d'énergie
les plus utilisées, le charbon est celle qui affiche la plus forte intensité
carbone. Aux États-Unis, le charbon produit 50 % de l'électricité, mais
également 80 % des émissions de CO2 qui en résultent. Pour qu'une réelle
transition vers un monde à faibles émissions de CO2 se produise, le charbon
devra être soit assaini, dé-carboné, soit progressivement
éliminé.
Quelles sont les alternatives ?
Les énergies renouvelables joueront un rôle important. L'énergie
éolienne, par exemple, peut être rentable dans certaines régions. En Europe
comme aux États-Unis, il s'agit de la source d'énergie qui affiche la plus forte
croissance ces deux dernières années. Mais le déploiement à grande échelle des
technologies, des infrastructures et de la réglementation encadrant ces énergies
de substitution devrait prendre plusieurs décennies.
L'énergie nucléaire assure environ 5 % des besoins énergétiques
mondiaux et il faudra au moins 10 ans pour que cette proportion commence à
augmenter. Compte tenu des questions d'autorisation, de coût et de sécurité, on
peut même se poser la question de savoir jusqu'à quel point ce taux augmentera
réellement.
Les centrales à charbon pourraient être équipées de dispositifs
de capture et de stockage de CO2. -ou CCS. Mais Il n'existe encore aucune
centrale électrique commercialement exploitée disposant d'un tel système " CCS "
au monde et le déploiement de cette technologie est principalement limité aux
projets énergétiques de l'amont pétrolier. BP exploite, en Algérie, l'un des
plus grands projets existants de capture et de stockage de CO2 au monde (1Mt/an
CO2) et nous développons une centrale CCS à gaz située à Abou Dhabi, ainsi
qu'un très grand projet de centrale à charbon en Californie.
Mais les difficultés liées à la technologie CCS sont telles que
son utilisation commerciale ne pourra voir le jour avant au moins une décennie
ou plus. Par ailleurs, une fois établie, cette technologie se traduira par une
augmentation substantielle des coûts.
Il existe, bien entendu, une autre option : le gaz naturel. Il
s'agit du combustible fossile le plus propre et d'une source d'énergie
abondante.
Rapides à construire et relativement peu coûteuses, les
centrales à cycle combiné alimentées au gaz naturel peuvent produire de
l'électricité avec un rendement de 60 %.
Elles rejettent moins de la moitié des gaz à effet de serre émis
par les centrales à charbon conventionnelles par unité d'électricité produite.
Grâce à leur souplesse, les centrales à gaz, qui peuvent être rapidement mises
en et hors service, offrent un complément idéal aux énergies renouvelables comme
les énergies éolienne ou solaire qui, par nature, manquent de régularité.
Mais y a-t-il suffisamment de gaz ? Oui, absolument. Suite à
l'introduction de nouvelles technologies, les gisements gaziers américains ont
connu une révolution silencieuse ces dernières années. Parmi ces technologies,
on relève notamment l'hydrofracturation, le forage horizontal et la complétion
multiple des gisements en vue d'extraire le gaz dans les formations géologiques
complexes. Aux États-Unis, la production de gaz a progressé de 7,5 % l'an passé,
une avancée majeure par rapport aux années précédentes. Selon nos estimations,
les ressources gazières des États-Unis se situent environ entre 50 ans et un
siècle aux taux de consommation actuels.
À l'échelle mondiale, les ressources de gaz sont estimées à
environ 60 ans. Mais les nouvelles technologies pourraient ajouter plusieurs
décennies à ce chiffre. En 2008, le gaz est le seul combustible fossile dont la
consommation a progressé simultanément dans les pays de l'OCDE et hors
OCDE.
Si l'utilisation du gaz naturel montait en puissance, nous
pourrions mettre hors service les centrales à charbon les plus anciennes et les
plus polluantes
Troisième dure réalité : les politiques
Ce qui me conduit à la dernière réalité que je souhaitais
évoquer, celle qui concerne les politiques mises en œuvre
Soyons clairs. La transition vers un monde à faibles émissions
de CO2 n'aura pas lieu sans l'intervention marquée des pouvoirs publics.
L'intervention politique qui aurait, de loin, le plus gros
impact en matière d'énergie serait la fixation d'un prix du CO2. Pour que le
marché réponde de façon durable à la demande mondiale croissante en énergie, les
pouvoirs publics doivent définir un cadre stable et durable, en commençant par
la fixation d'un prix homogène du CO2. Un prix qui soit uniforme quelle que soit
la source d'émission, qu'il s'agisse d'une colonne de cheminée ou d'un tuyau
d'échappement.
La fixation d'un prix du CO2 renforcera l'attrait des économies
d'énergie et la rentabilité des énergies de substitution. Elle permettra
également d'orienter en connaissance de cause les investissements en
combustibles fossiles et de stimuler les investissements dans les technologies
nécessaires à la réduction des émissions de CO2 que ces combustibles
rejettent.
On commence déjà à observer ce phénomène en Europe sous l'effet
du mécanisme d'échange de droits d'émissions de l'UE, et nous pensons qu'il
verra le jour également aux États-Unis.
Cela étant, nous évoluons dans un secteur mondialisé. En toute
logique, il faudrait fixer un prix mondial. La question de savoir quels progrès
ont été réalisés dans la mise en place de mécanismes permettant de fixer un prix
du CO2 à l'échelle mondiale sera déterminante lors des discussions du sommet de
Copenhague en décembre.
Une fois qu'un objectif clair aura été défini, il faudra faire
face à une autre réalité : à lui seul, le prix du CO2 ne suffira pas à remplir
cet objectif. Sur le plan politique, le prix du CO2 ne pourra jamais être
suffisamment élevé pour modifier certains aspects du comportement des
consommateurs. En réalité, pour atteindre le type d'objectif envisagé et faire
une réelle différence, le prix du CO2 devra être soutenu, tant par des mesures
économiques incitatives que par la réglementation.
Les expériences menées récemment aux États-Unis montrent que la
réglementation peut aider dans ce domaine. Les normes fixées en matière de
carburants ont permis d'améliorer le rendement énergétique des véhicules.
Grâce aux exigences fédérales dites " CAFE " et aux avancées
technologiques des constructeurs automobiles, le parc de véhicules en
circulation aux États-Unis est nettement moins polluant qu'auparavant.
Aujourd'hui, le gouvernement Obama va plus loin en exigeant l'application de
normes CAFE encore plus strictes.
Des politiques similaires peuvent être appliquées à l'efficacité
énergétique des bâtiments. Ici encore, l'association entre réglementation de
l'État et mesures incitatives est pertinente.
En outre, de par son ampleur et
sa complexité, cet enjeu spécifique dépasse les mécanismes habituels de
l'économie de marché. Pour minimiser le changement climatique et assurer la
fiabilité de l'approvisionnement énergétique, il faut que les pouvoirs publics
définissent une feuille de route et fixent un cadre au sein duquel les marchés
peuvent évoluer.
L'histoire montre que les changements importants dans les
marchés énergétiques ne peuvent se faire sans un travail concerté entre
politiques publiques et entreprise privée.
Les décisions concernant ces enjeux ne peuvent être reportées
indéfiniment. Les mesures que nous prendrons dans les 25 prochaines années
compteront réellement. Il serait préférable de définir dès à présent les
solutions les plus rentables et opérationnelles, comme la promotion de
l'efficacité énergétique, l'utilisation du gaz dans la production d'électricité
et des biocarburants dans le domaine du transport. Le coût de ces options, qui
se justifie aujourd'hui d'un point de vue économique, ne sera pas démesuré pour
la planète.
Le problème est complexe et la solution sera formée de multiples
éléments : un accord international, des politiques nationales, des mécanismes de
transferts technologiques et financiers, un prix du CO2, de nouvelles
réglementations, une offre technologique diversifiée, un changement dans les
comportements et une recherche permanente de nouvelles possibilités.
Tout cela nécessite une démarche coordonnée, intégrée et
pluridisciplinaire, tant dans le déploiement des solutions disponibles
aujourd'hui, comme le gaz naturel et l'efficacité énergétique, que dans le
développement des solutions de demain.
Pour conclure, les entreprises attendent un signal clair et fort
à Copenhague, à la hauteur des enjeux. Elles appellent au monde politique de
conclure un accord fort qui contribue à la feuille de route des entreprises pour
un développement durable.
Le changement climatique pose un défi mondial social,
environnemental et économique qui requiert des transformations profondes sur
notre façon de gouverner l'économie mondiale
Nous devons atteindre des coupes profondes dans nos émissions de
gaz à effet de serre.
Un accord ambitieux et contraignant doit procurer au monde
économique la clarté et le cadre nécessaire pour accélérer le virage vers
les technologies à faible intensité carbone.
Les objectifs de réductions doivent être fixés de façon réaliste
et scientifiquement fondées.
L'énergie présente l'un des plus gros défis du XXIe siècle. Mais
nous le relèverons grâce à la qualité de nos décisions politiques, économiques
et citoyennes.
. Synopsis d'Yves
KALUZNY
Dans quelle condition l'énergie nucléaire
peut-elle faire partie de la croissance verte ?
Dans un contexte de crise mondiale et en particulier de la
finance internationale, l'énergie nucléaire pourrait apparaitre comme une
solution quasiment hors d'atteinte. Qu'en est -il exactement ? Dans l'ensemble
des régions du monde, on observe un réel regain d'intérêt pour le nucléaire. Des
pays disposant déjà d'un parc de centrales nucléaires engagent des plans
importants de prolongation de durées de vie ou engagent de nouvelles
constructions. D'autres préparent le renouvellement de leurs parcs existants.
Des pays " nouveaux entrants " en Afrique du Nord, au Moyen-Orient, en Asie du
Sud-est, en Amérique Centrale ou du Sud, se préparent à faire appel dans leur
politique énergétique à l'énergie nucléaire à l'horizon 2020-2030. Les
projections réalisées par l'industrie nucléaire estiment que 30% à 50% de la
croissance du parc mondial se réalisera dans des pays n'ayant pas ou peu
d'industrie nucléaire à ce jour.
Cela implique non seulement de s'interroger sur la capacité de
monter les projets correspondants mais aussi de lever les interrogations
relative à la sûreté nucléaire, à la résistance à la prolifération des matières
nucléaires et de sécurité vis-à-vis des actes de malveillance.
1- les besoins de croissance et notamment dans les pays
en développement
- population, énergie et accès à l'eau potable : d'ici
2050 la population mondiale va croitre de 70% pour représenter environ
10milliards d'habitants. Or aujourd'hui plus de 2 milliards n'ont pas accès à
l'électricité.
- la contrainte climatique : le nucléaire n'émet pas de
gaz à effet de serre et permet de produire une électricité économique répondant
bien aux besoins de sécurité d'approvisionnement en base.
C'est ce qui est traduit par les scénarios prospectifs des
principales Agences ou Organisations internationales. Avec les incertitudes
liées à ce type d'exercice, la puissance électrique d'origine nucléaire attendue
pour 2030 est, selon l'AIEA, de 450 à 680 GWe. Cela impliquera la construction
de plusieurs centaines de réacteurs nouveaux dans le monde d'ici 2030
correspondant à une puissance de 200 à 450 GWe dont une centaine dans des pays
non encore équipés.
Au-delà se pose la question des moyens possible pour "
décarboner " le secteur des transports via le véhicule électrique ou l'usage de
l'hydrogène ainsi que l'usage de la chaleur dans l'industrie.
2- Challenge :
- La sûreté
L'énergie nucléaire a constamment progressé depuis ses origines
voici plus de quarante ans, tant en efficacité économique qu'en amélioration de
la sûreté des réacteurs nucléaires, malgré l'occurrence d'un accident majeur
comme Tchernobyl. Le retour d'expérience du type de réacteur le plus courant de
part le monde (les réacteurs à eau légère) correspond à l'équivalent de
plusieurs milliers d'années-réacteurs, ce qui permet de disposer d'une
base d'analyse extrêmement large et donc de pouvoir progresser continument.
Les progrès de la technologie nucléaire vont perdurer, notamment
pour la filière " classique " des réacteurs à eau légère ou les futurs réacteurs
de génération 4. Néanmoins, même si tous les progrès de conception vont sans
aucun doute aider à la conduite sûre des centrales nucléaires et en garantir une
meilleure fiabilité, la sûreté d'un système complexe comme un réacteur nucléaire
ne peut pas reposer simplement sur la technologie : la sûreté en exploitation et
aussi le maintien dans la durée du niveau de sûreté est d'abord l'affaire de
l'exploitant du réacteur et donc des équipes de conduite, de maintenance ainsi
que celles de l'ensemble des entreprises qui interviennent dans le cadre de
l'exploitation/maintenance du réacteur.
C'est cette question qui sera particulièrement sensible
pour un pays souhaitant se doter de réacteurs nucléaires : comment faire face au
besoin de formation de l'ensemble des intervenants industriels ? Comment
inculquer une culture de sûreté et la faire vivre activement ? En outre, le
déploiement et l'exploitation de réacteurs nucléaires ne peut pas se concevoir
sans une Autorité de Sûreté forte, compétente et indépendante dans ses
décisions. Comment créer une telle autorité de sûreté et comment lui donner une
capacité d'expertise technique de haut niveau ? Quelques soient les schémas
envisagés et notamment en terme de coopération internationale, les
responsabilités de chaque Etat sur la sûreté nucléaire ne sont pas
délégables.
- Politique :
Les inquiétudes liées aux risques de proliférations nucléaires :
la construction " massive " de centrales nucléaires va nécessiter des besoins en
combustibles pour les approvisionner et aussi des besoins sur la gestion des
combustibles usés et des déchets radioactifs. . Les préoccupations régulièrement
exprimées sur le renforcement de la prévention de la prolifération nucléaire
doivent néanmoins permettre le développement de l'énergie nucléaire sans
disséminer les technologies sensibles du cycle du combustible. Une voie réaliste
et pragmatique devra être de distinguer les Etats déjà dotés d'installations du
cycle des Etats exploitants uniquement des réacteurs et achetant les
services liés au combustible : enrichissement de l'uranium et fabrication du
combustible nucléaire , gestion du combustible usé après passage en réacteur
nucléaire.
L'acceptation des technologies nucléaires par le public ne doit
plus être négligée et doit également être pensée dans le contexte des besoins en
énergie et des contrainte climatique : les enjeux de chaque énergie doivent être
explicités et bien évidemment les questions autour de la sûreté, de la non
prolifération et de la gestion des déchets ne doivent pas être taboues.
- économique et financier
La construction de centrales nucléaires est fondamentalement
intensive en matière de capital immobilisée et aussi voit des délais important
entre le début de la construction et la mise en service (5 ans). Comment monter
de tels projets dans une économie libérale ? Quel " business model " développé
dans ce contexte ? Comment prendre en compte l'avantage de non émission de
CO2 ? Comment traiter de façon spécifique les pays émergents ?
De même la
recherche et le développement sont aussi des activités qui nécessitent une
implication sur la durée. Comment créer les conditions d'implication de
l'industrie sur ces durées ?
3- Pour une approche globale, partie intégrante d'un
nucléaire durable ?
- La sûreté en tant qu'impératif premier : une gouvernance
internationale à renforcer de façon pragmatique
Sous l'égide de l'AIEA et des principaux pays nucléaires, la
réflexion a débouché sur la préconisation d'une démarche d'ensemble qui
permettent de bâtir un système cohérent : constructeur, exploitant nucléaire,
autorité de sûreté indépendante et donc aussi de mettre les Etats à même
d'assurer leurs responsabilités premières. En outre, des conventions
internationales sur la sûreté, la sécurité et la gestion des combustibles usés
et des déchets radioactifs ont été mises en place et prévoit des mécanismes de
rapports réguliers et de jugement par les pairs.
Le processus de vente d'un réacteur doit s'accompagner aussi
d'une assistance à tous les niveaux : coopération entre autorité de sûreté du
pays d'accueil et autorité du vendeur et ayant déjà autorisé ce type de réacteur
; coopération industrielle pour renforcer le tissu industriel du pays d'accueil,
création d'une capacité d'expertise locale avec une coopération entre organismes
de recherche, cette capacité locale est aussi un vrai moyen pour faire vivre et
développer la culture de sûreté.
La " culture de sûreté " : un mélange subtil de technologie mais
aussi de facteurs humains et comportementaux, tant au niveau collectif qu'au
niveau individuel. Ce dernier point sera le plus complexe à faire mûrir et va
nécessiter une coopération étroite sur le long terme, un véritable parrainage
dans le cadre international donné par les conventions applicables.
- non prolifération et gestion des ressources et des
déchets :
La situation est pour la gestion du combustible usée plus
complexe: certains pays comme la France le traite pour en recycler les matières
valorisables ou en attente du déploiement des réacteurs de génération 4,
d'autres pays comme la Suède envisagent de le stocker directement et beaucoup de
pays l'entrepose en attente d'une décision quant à leur devenir. Cet entreposage
" non défini " doit prendre en compte dans sa conception et son exploitation
bien évidemment la sûreté et la sécurité de l'entreposage sur des dizaines
d'années : cela a un coût économique. Par ailleurs, des considérations de
géopolitique conduisent à penser qu'il n'est pas raisonnable au plan de la
résistance à la prolifération d'accumuler dans de nombreux pays de tels
entreposages (on estimer les quantités de combustible usé à plusieurs dizaines
de milliers de tonnes).
Aussi, cette question doit trouver une réponse opérationnelle
autour de quelques principes :
- l'entreposage d'attente indéfini n'est pas une solution
responsable de la gestion des déchets radioactifs dans la perspective actuelle
de déploiement de l'énergie nucléaire ;
- le traitement des combustibles
usés avec le retour sous forme de déchets vitrifiés (ne contenant plus de
matière nucléaire) en entreposage dans le pays d'origine être privilégié
pour une gestion plus sure, plus économique et plus résistante à la
prolifération.
- Une offre de service global pour le traitement et le
recyclage du combustible usé doit être mise en place avec un cadre international
approprié et en particulier sous l'égide de l'AIEA ;
- Ce service doit
être mis en œuvre sur la base des meilleures technologies aujourd'hui
disponibles et fournie sur une base industrielle et commerciale, ce qui
nécessite en plus des installations de traitement/recyclage existantes en France
(et au japon, un développement de telle installation sur une base régionale.
Cela implique tant de travailler sur des partenariats industriels permettant une
mutualisation effective des installations que de travailler sur des offres
commerciales attractives.
C'est seulement en mettant en œuvre opérationnellement
ces principes qu'on répondra tant à l'attente des pays se lançant dans un
programme nucléaire, attente exprimée fortement lors des réunions de GNEP,
qu'au besoin international d'une sûreté, d'une sécurité et d'une résistance à la
prolifération accrues.
Le développement du nucléaire requiert des compétences
techniques et technologiques qui sont longues à construire. Il y ne faut pas
oublier non plus les questions de financement et de mise en place des modèles
économiques qui permettent d'amortir l'investissement correspondant. En outre ce
choix comporte aussi une dimension politique pour que l'autorité de sûreté
soit indépendante, pour encadre la gestion des déchets radioactifs et des
impacts environnementaux potentiels et aussi pour s'assurer d'une acceptation
publique suffisante pour que le programme soit durablement accepté. C'est à ces
conditions que le développement de l'énergie nucléaire participe à la croissance
verte.
. Michel DE
FABIANI
Pdt chambre de Commerce Franco britannique
Pdt
Cercle Economique Sully
Les BRIC ont pris une position dominante dans certains
secteurs et jouent à jeu égal avec les gouvernements US et Européens.
Même si
le Brésil et l'Inde semblent agir de façon plus libérale et la Russie et la
Chine de façon très centralisée,tous affirment leur propre position face aux
gouvernements US et Europeéns qui eux-mêmes ont prennet des postures plus
nationales que vraiment européennes.
Les autres pays émergents forts aussi
divers que l'Algérie,l'Iran,la Turquie,
La Bolivie ,l'Afrique du sud
suivent l'exemple norvégien qui depuis longtemps a sa propre stratégie.
En parallèle et en intégration avec les stratégies nationales,on
assiste à une réapparition de leaders industriels nationaux privés mais surtout
publics qui jouent jeu égal dans leurs domaines d'activités avec les
majors américains et européens dont ils deviennent des concurrents très
puissants
Ceci se vérifie déjà dans le pétrole et le gaz,l'acier,les
minerais,les systèmes et pourra s'étendre demain à
l'automobile,l'aéronautique,la pharmacie,la chimie,etc
A plus long terme ,c'est la remise en cause de la suprématie
industrielle et commerciale de l'europe et des US au bénéfice d'autres
acteurs.
La question est de savoir si les fonctionnements des marchés
resteront sur les bases libérales classiques qui ont culminé au 20ème siècle ou
s'orienteront plus sur un mix marché/nations /ensembles régionaux se régulant au
gré des rapports de force et des situations politiques.
President Obama has made major changes in US policy toward
climate change compared to President Bush. While Bush decided to accept
scientific proof of dangerous climate change, he did nothing to change US
pollution practices. Obama has endorsed the science and has moved
vigorously to make appropriate changes. What has he done?
" The Environmental Protection Agency is authorized to
regulate CO2 emissions as pollutants in the absence of
legislation.
" The Congress is debating legislation that will limit
carbon emissions in a number of ways:
1. Cap and trade system with quotas.
2. Automobile
emissions must diminish to a minimum of 7 liters per 100 km by
2015.
3. Tax incentives for more efficient uses of energy in
construction, homes and factories.
4. Greater protection for forests,
reversing Bush policies.
" Economic stimulus funding will help retrofitting of homes
for energy efficiency, research on cleaner energy, capture and burial of
carbon.
" Incentives and subsidies for greater use of natural gas in
transportation instead of gasoline.
" Nuclear energy will be encouraged
and facilitated.
There are political limits on governmental action.
" The
agricultural community is resisting limits on their considerable emissions, and
will probably succeed in escaping quotas at the start.
" Carbon licenses
will be distributed free to the polluters in the cap and trade program, thereby
reducing incentives to reduce emissions.
" The coal mining interests,
including labor unions in the coal states, are resisting restrictions on
coal-fired power plants. Also, when carbon and acids are washed out of the
emissions in power plants, the pollution enters the water systems and is
dangerous to health.
Without legislation for the limitation of carbon emissions, the
Obama administration will find it difficult to make commitments in
Copenhagen. But, there will be a commitment to reduce emissions to 20%
below (2005 or 2000) by 2050. As of October 2009, additional potential
commitments are not clear for Copenhagen.
There will also be a problem for financing environmental
assistance to the developing world. There are tremendous deficits due to the
financial crisis, and wars in Afghanistan and Iraq. The Congress will want to
delay financing until the economy returns to full production and wealth
generation.
The conservative position in the US is leaning already
toward measures for adaptation to global warming as opposed to amelioration of
global warming.
Tout le monde s'accorde aujourd'hui à souligner que notre
planète subit d'une manière incontestable et irréductible les effets du
réchauffement climatique. Les changements climatiques, multiplicateurs de
menaces, induisent une exacerbation des tensions et des instabilités existantes
tout en favorisant l'apparition de nouvelles vulnérabilités. Dans ce contexte,
il est vital de prendre la mesure des risques multidimensionnels, c'est-à-dire
politiques, économiques, environnementaux, sociaux et sécuritaires inhérents à
une telle évolution. Dans ce cadre, s'interroger sur les enjeux géopolitiques et
stratégiques du réchauffement climatique dicte de définir les stratégies et les
dispositifs géopolitiques des multiples acteurs en mesure de peser sur les
événements et leurs répercussions.
A titre illustratif, libéré des glaces,
l'Arctique pourrait connaître de profonds bouleversements stratégiques. En
effet, paradoxalement, à la faveur du réchauffement climatique, l'Arctique
retrouve une centralité stratégique et attise les convoitises, risquant de
bouleverser les rapports de puissance à l'échelle du pôle mais également à une
échelle mondiale. Il est à craindre que cette nouvelle donne stratégique aggrave
les conséquences du réchauffement climatique en perturbant un écosystème fragile
et en portant atteinte au tableau (à l'équilibre) environnemental mondial. Elle
génère d'ores et déjà différents défis d'ordre économique, stratégique et
environnemental.
Dans ce cadre, compte tenu du temps qui m'est imparti et de
l'ampleur de la problématique, j'ai choisi d'exposer d'une manière succincte
l'impact du changement climatique sur la sécurité internationale avant de me
pencher d'une manière plus spécifique sur les enjeux géopolitiques de
l'Arctique.
D'ici 2030 la production agronomique des pays du pourtour
méditerranéen sera fortement contrainte par deux éléments : la dégradation des
terres arables et l'épuisement, en regard des enjeux, de la ressource en eau
douce. La productivité des sols dévolus à des fins agricoles dépend en grande
partie de leur irrigation. Les conséquences sont une salinisation grandissante
de ces terres, leur compaction, et même leur durcissement en profondeur,
limitant pour le moins leur utilisation. La ressource en eau douce y est liée,
elle est puisée dans les fleuves ou dans les vieux aquifères profonds et
par son utilisation se charge en sels, la rendant impropre à toute
réutilisation. Ce ne sont pas moins de plus de 80% de l'eau douce qui est
utilisée à des fins agronomiques. Enfin le labour profond et
l'érosion sont responsables de la dégradation des horizons supérieurs les
plus fertiles. Si à cela on projette un réchauffement climatique qui devrait
entraîner dans le pourtour méditerranéen d'ici à la fin du siècle une
augmentation de la température des terres et une redistribution du régime des
pluies, on conçoit que des mesures sont à prendre dès à présent afin de protéger
tout à la fois la ressource en eau et en sols arables. Des exemples de
comportements et d'actions par certains pays sont proposés pour essayer d'y
remédier.
Il est clair que le développement durable des pays
méditerranéens s'inscrit dans un contexte géostratégique difficile. Il peut
contribuer à modifier la donne géostratégique dans cette région troublée. Ainsi
des enjeux majeurs existent : enjeu pour la paix, enjeu du renforcement de la
coopération Sud-Sud, enjeu de la coopération Nord-Sud
1 / L'enjeu de la paix est fondamental dans une zone où
subsistent de fortes tensions voire des conflits ouverts. A cet égard la
question palestinienne reste bien un conflit dont la centralité est maintenant
reconnue par tous, y compris par la nouvelle administration américaine. Reste à
en convaincre Israël, plus préoccupé semble t'il par la " menace existentielle "
que représente l'Iran que par le conflit de " basse intensité " que représente
la question palestinienne. Les données d'un problème sont bien connues ; les
éléments d'une solution le sont également : ils pourraient être proches des "
paramètres " de Clinton précisés à Taba en janvier 2001 ou l'accord, relevant
d'une initiative privée, dit de Genève. Il manque de part et d'autre une volonté
politique de négocier sérieusement et d'aboutir, compte tenu de la position du
gouvernement Natanyaou d'un côté et de l'affaiblissement et des divisions des
Palestiniens de l'autre. La perspective d'un éventuel accord de paix paraît bien
lointaine. Or il y a urgence car la possibilité physique même d'un Etat
palestinien viable apparaît de plus en plus problématique.
Mais d'autres tensions existent, au Liban, carrefour et caisse
de résonance de tous les conflits du Moyen-Orient ou entre l'Algérie et le
Maroc dont les frontières demeurent fermées.
2 / Un autre enjeu est celui de la coopération entre les
pays du Sud de la Méditerranée. Si on constate un développement réel et récent
des relations politiques et économiques de la Turquie, avec les pays arabes, en
revanche les relations entre Israël et ses voisins demeurent crispées, même si
une " paix froide " a pu s'instaurer avec l'Egypte et la Jordanie.
Les pays arabes méditerranéens continuent à ravoir des
difficultés à coopérer entre eux, notamment dans le domaine politique : les
récents sommets de la Ligue arabe se sont révélés à cet égard décevant. . Il en
est de même des flux commerciaux : leur niveau reste marginal par rapport à
celui qui existe entre les rives sud et nord de la Méditerranée. Cependant des
signes encourageants existent, notamment à travers les financements arabes,
essentiellement en provenance du Golfe, qui contribuent à réaliser des projets
d'équipement dans les domaines immobiliers ou d'infrastructure, dans les pays du
Sud. Des flux migratoires entre pays du Sud tendent également à se
développer en fonction des opportunités de travail.
La Ligue arabe pourrait certainement à contribuer à créer un
environnement plus favorable au développement durable si ses membres
s'entendaient sur des projets communs.
3 / Quant à la coopération Sud-Sud, elle a également des
difficultés à se construire comme le montre les derniers développement dans la
mise en place de l'Union Pour la Méditerranée. Après le semi-échec ou le
semi-succès du processus de Barcelone, l'UPM, qui pourrait s'appuyer sur un
secrétariat permanent, devrait contribuer à la réalisation de projets concrets.
L'impasse actuelle sur la question palestinienne rend difficile la mise en place
des nouvelles institutions. Cependant au niveau des opérations concrètes
et des projets communs d'intérêt mutuel, une volonté commune de progresser
se développent et s'affirment, notamment au niveau des entreprises et de la
société civile. L'UPM peut certainement contribuer à créer un contexte favorable
à un développement durable respectueux de l'environnement.
Ainsi géostratégie et développement durable interagissent en
Méditerranée comme ailleurs.
L'avenir des pays riches réside à long terme dans le
développement et l'enrichissement des pays pauvres. La demande future des PMA
sera le moteur de la croissance. C'est là la chance de l'Afrique dont les
besoins sont ignorés et dont les réserves sont relativement inexploitées. Les
Africains sont pauvres mais leur continent est riche. Il a donc besoin de
l'avenir. Sous quelles conditions ?
Au nord comme ai sud, une
croissance est possible afin qu'elle permettre aux plus pauvres de réintégrer le
circuit économique en déclenchant une dynamique durable ou les considérations
d'ordre climatique prendraient une place de choix. Il ne s'agit pas que les PMA
imitent les pays industrialisés sous l'influence de la télévision ou d'Internet.
Les leviers de croissance du futur se trouvent cependant dans la consommation .
On s'aperçoit que les marchés occidentaux arrivent à saturation et il en sera de
même pour les métropoles situées dans les pays émergents. La satisfaction des
besoins dans les pays les plus pauvres d'Afrique exigera de repenser les modèles
économiques, les réseaux de distribution et les produits. la TATA NANO devra
peut être remplacé la MERCEDES 600 ... ! L'une des clés du succès devrait être
l'innovation technologique. Dans le domaine de la consommation, les deux tiers
du monde restent à conquérir : cela implique une nouvelle approche en ce qui
concerne l'entreprise : " celle-ci ne doit pas se demander à quel prix elle peut
vendre son produit, mais à quel prix les plus démunis peuvent l'acheter ...
(Jaideep PRABHU, Directeur du Centre India à l'Université de Cambridge(GB)).
Pour atteindre ces objectifs, les entreprises doivent mettre en place
les financements appropriés comme le microcrédit .
Un exemple de
financement approprié : l'électrification rurale des panneaux solaires au
Brésil. Il s'agit là d'une expérience qui est en voie d'être transposée en
Afrique et au Moyen Orient (même dans les pays qui disposent de réserves
pétrolières)
Pour satisfaire les besoins fondamentaux, la microfinance
peut jouer un rôle important : construction de puits dans les régions de plus en
plus arides, d'écoles de dispensaires, ...
Les outils proposés par
Muhammad YUNUS, prix Nobel, créateur de la GRAMEEN BANK au Bangladesh en 1976,
sont utilisés par 150 millions d'habitants dans le monde. ils sont
indispensables en Afrique.
Dans le même sens, les " entreprises sociales " (social
business) que M.Yunus privilégie en même temps sont basées sur le principe " ni
pertes, ni dividendes ", mais sur un résultat social pour la collectivité. C'est
dans cette direction que certaines entreprises multinationales s'orientent
partiellement : DANONE par exemple.
Depuis qu'il a été prouvé que les
pauvres remboursent mieux que la moyenne, des ponts se sont construits entre la
microfinance et la fiance traditionnelle. il en résulte des partenariats qui
seront " la clé du succès grâce au partage d'expérience, de savoir-faire et de
responsabilités " (Axel PIERRON et Perrine FIORINA, Microfinance : what role for
commercial banks, Celent, 2005).
L'objectif, c'est de susciter des initiatives modestes qui
puissent être financées par des microcrédits. A plus long terme, c'est de donner
naissance aux classes moyennes de demain, catégorie sociale exsangue en Afrique
subsaharienne. On est loin des propositions de la Banque Mondiale dont les clés
de la lutte contre la pauvre étaient en 2004, la glorification du libéralisme
total, moyen de lutte contre la pauvreté. Dans son rapport annuel, elle
considérait que " l'entreprise privée est au cœur du développement par la
recherche du profit " unique fondement de son action.
Pour vaincre le cercle vicieux du sous développement dont
sont victimes les pays les plus pauvres d'Afrique, les guerres et tensions
régionales sont un obstacle dirimant .
Dans les régions où la paix
subsiste il est essentiel qu'un état de droit minimal soit assuré pour
encourager l'investissement. C'est l'ensemble du paysage réglementaire qui est
en cause : sécurité des contrats, confiance des tribunaux, respect du droit de
propriété, délits, corruption qui représente en moyenne 25% du chiffre d'affaire
en Afrique. Il faut ajouter l'insuffisance des infrastructures.
Pour susciter des initiatives, un climat de confiance doit
s'instaurer.
Par ailleurs, les pays pauvres doivent avant tout compter
sur eux-mêmes. Récemment, les pays qui ont relativement réussi ont réalisé
beaucoup d'efforts. Si l'on exclut les économies de rentes (grâce au pétrole et
aux matières premières), on constate que l'aide et les marchés n'ont joué en
matière qu'un rôle mineur. Il est tentant de mettre les rares succès africains
sur le compte de la demande étrangère de leurs produits d'exportation. dans la
plupart des cas de développement réussi, ce ne sont pas les avantages extérieurs
dont ils bénéficient qui sont déterminants, c'est principalement leurs capacités
à les exploiter. A contrario ; il suffit de voir comment certains pays ont gagné
l'avantage que leur procure leurs richesses naturelles : le diamant n'a pas
apporté la paix et la propriété en Sierra Léone, le pétrole en Algérie ... Et
que penser de la venue en Afrique de 500 000 Chinois contre 250 000 Libanais et
moins de 100 000 Français. Il y aurait déjà 900 entreprises chinoises sur le sol
africain. La Chine construit des barrages au Congo, au Soudan, en Ethiopie et
aiderait l'Egypte à relancer son programme nucléaire civil. Elle équipe
l'Afrique de réseaux téléphoniques sans fil et de fibres optiques. Elle
construit le nouveau siège de la télévision nationale congolaise, le nouveau
ministère des Affaires Etrangères et de la ... Francophonie !!!, des usines
alimentaires à Lagos, 800 km de routes au Soudan ... Les Chinois ont déjà
investi plus de 15 milliards de $ dans la construction de puits de pétrole qui
fourniront jusqu'à 10% de leurs importations.
Les Chinois ont " inventé le travail " (cf. Alain
PEYREFITTE, La Chine s'est éveillée, Edition de poche, 1997). Ils déploient une
vision continentale à long terme. Ne sont-ils pas un exemple à suivre ?
...
Pour dynamiser une économie, cet effet d'entrainement
devrait être communicatif. Les administrations et le pouvoir politique qui
paralysent l'initiative devraient s'en inspirer...
Un exemple : Afin d'inciter les politiques à accepter une
économie régionale intégrée, des entreprises essaient de relancer l'Union du
Maghreb. Cette union des employeurs regroupe les organisations patronales
d'Algérie, de Lybie, du Maroc, de la Mauritanie et de la Tunisie. L'un des
objectifs est d'accélérer un projet d'accord maghrébin de libre-échange. on
comprendra que pour les signataires de ce projet, " il n'est pas normal que des
accords soient signés avec l'Union Européenne alors que pour exporter des
tomates marocaines en Algérie, on est obligé de passer par Marseille, ou que la
Tunisie doive passer par l'Egypte pour exporter des produits en Lybie [...] Si
le Maghreb politique tarde à venir, un autre Maghreb économique et financier
commence à se mettre en place "(Zaim BENZACI, Président di Conseil National des
PME algérienne). Tous ces entrepreneurs en veulent pour preuve la création dune
banque régionales maghrébine (BMICE). On fera remarquer au passage, que dans le
domaine bancaire, les banques islamiques ont ignoré la crise financière mondiale
et que la prohibition de la spéculation a évité les déboires liés aux
sub-primes. Grâce à un précepte du CORAN d'après lequel : " ceux qui bénéficient
d'intérêts seront bannis comme ceux que le démon a rendu fous ". On retrouve ici
la pensée de Saint Thomas d'Aquin. Une nuance à apporter : les préceptes de la
Charia ont la particularité d'être vagues et de se prêter à des interprétations
diverses. L'ingénierie financière a permis de décliner toute une palette de
services destinés à faire fructifier les économies des grands noms de la
finance.
" Face à l'impératif écologique et le climat, face à la
crise, aucune priorité décisive dans la lutte contre la pollution n'apparaît
dans la plupart des pays évoqués.
" Dans tous les domaines (économique,
financier, écologique, politique...) des initiatives décentralisées s'imposent à
tous les niveaux : village, regroupement de communes
" Les guerres et
les tensions endémiques s'opposent à l'existence d'un développement
harmonieux
" Les PMA doivent avant tout compter sur eux-mêmes. Les
Chinois ne leur montrent-ils pas un chemin à suivre ? La prudence s'imposant
cependant en ce qui concerne le risque écologique dans la mesure où la Chine
n'est pas un exemple à imiter
" L'avenir des pays riches réside à long
terme dans le développement et l'enrichissement des pays pauvres. C'est dans ces
pays que réside la demande potentielle
" Les administrateurs et le
pouvoir politique paralysent souvent l'initiative
" Une nouvelle
approche dans le domaine de la production (avec des entreprises à finalité
sociale, avec le microcrédit) peut aider à la satisfaction des besoins locaux.
Cependant, la croissance future des PMA exige l'avènement d'un modèle nouveau de
développement où l'épargne mondiale serait réorientée vers l'investissement
productif rentable à long terme dans les pays pauvres et peuplés.
Premier scénario : un ou quelques grands acteurs manifestent
ostensiblement un désaccord pour préserver une position de principe ou une marge
de négociation ultérieure (d'ici 2012). Il s'ensuivrait un blocage où
transparaîtraient des questions masquées comme la prudence des uns en raison de
la tiédeur des engagements des autres, la remise en cause, derrière l'apparence
des discours, de la solidarité financière avec les pays en développement ou les
oppositions d'intérêt entre pays du Nord et du Sud mais aussi entre pays d'Ouest
et pays d'Est (pour simplifier).
Ce scénario, le plus logique -car la négociation semble mal se
présenter-, est également le moins probable car la plupart des acteurs n'y ont
pas d'intérêt direct :
- La sortie des USA de leur enfermement
unilatéral est en grande partie liée à la capacité d'Obama de trouver un accord
qui ne soit pas à nouveau immédiatement contredit par un vote du Congrès (comme
cela s'est passé à Kyoto !) d'autant qu'aux USA, s'il n'est pas - apparemment
- électoralement lié au lobby du pétrole -désormais plus puissant en
Europe, notamment avec les ramifications de la Shell, et dans les pays sur
lesquels Obama entend s'appuyer -les pays du Golfe !- , il est lié aux
secteurs les plus " productivistes " de son industrie, lesquels exigent -comme
en Europe- un accord, mais un accord " troué " (plein d'exceptions)
;
- L'Europe s'est engagée dans une politique en trompe l'œil (la taxe
carbone extérieure est vue par la commission comme une menace virtuelle
inefficace et non pas tel un projet fiable, la commission envisage d'exempter du
marché des quotas près de 160 branches industrielles) de réduction volontariste
des émissions (les 3*20%, voire 30% pour la réduction des GES), essentiellement
dictée par les intérêts allemands où sous prétexte d'écologie, on promeut un
modèle non tenable (donc non soutenable ?), le modèle allemand pour l'essentiel,
présenté comme vertueux par les organisations écologiques internationales
(Greenpeace, WWF et malheureusement maintenant FNE à la suite des manœuvres
d'Arnaud Gossement et du lobby des avocats) alors qu'il contribue à renforcer
l'impact carbone de l'économie européenne (ainsi que la dette différée et les
délocalisations contrairement à une idée reçue) et envisage précisément de
délocaliser la production non rentable des Enr (Desertec) tout en la faisant
financer par l'aide aux pays les moins favorisés (sans évoquer la course de
lenteur de la Pologne qui exige à la fois moratoire et financement et sert de
paravent aux exigences plus correctement formulées de l'Allemagne. Tout cela
n'est que la conséquence de la diversité énergétique de l'Europe et de sa
difficulté à définir une vraie politique commune) ;
- La Chine, qui
tient les USA par la barbichette avec " ses " bons du trésor qu'elle ne peut pas
laisser se dévaloriser, sauf à accélérer la crise financière chinoise larvée :
elle a besoin d'un accord pour être définitivement consacrée comme l'un des
acteurs politiquement corrects (en clair " qui a le droit de pratiquer le double
jeu " sans se faire immédiatement remettre à l'ordre par la morale " occidentale
" du bien et du mal) ;
- L'Afrique qui, tout en prenant conscience
qu'elle devra de plus en plus compter sur elle-même, a malgré tout besoin de la
pérennisation d'un minimum d'aide.
Les autres puissances comme l'Inde ou
l'Australie, voire le Canada sont condamnées à des surenchères provisoires pour
jouer efficacement les seconds rôles.
Il y aura donc sauf très grosse surprise un accord, second
scénario, d'autant plus proclamé fortement que toute une série de dispositions à
négocier ultérieurement (d'ici 2012) en feront sans doute une passoire trouée.
Je suis prêt à prend le pari qu'il sera d'autant plus troué que les grandes ONG
l'approuveront et… réciproquement.
Pour que la discussion puisse s'engager, il est " formellement "
nécessaire que les pays développés clarifient leurs objectifs affichés de
réduction des émissions sur la première période de l'accord, c'est-à-dire d'ici
2020. En effet, l'organisation onusienne de ce type de conférence - sans doute
une des dernières de ce type - a fait des objectifs du GIEC (IPCC) l'étalon-or
du marchandage planétaire. Il en faut bien un et celui-ci se substitue à
l'étalon monétaire que les organisations monétaires et financières mondiales, en
dépit de la volonté affichée du nouveau G20, sont impuissantes à produire. Cet
aspect de la discussion ne peut être ignoré dans la dimension G2 (USA-Chine) du
sommet : faute d'accord de fond, l'Europe gagnera sur les apparences mais paiera
sur sa monnaie (c'est déjà le cas).
La référence est donc que les pays développés doivent s'engager
à réduire leurs émissions de 25 à 40% au-dessous du niveau de 1990 d'ici 2020
(pour se maintenir dans l'enveloppe des 2° ou plutôt se préserver du plafond
critique au-delà duquel nulle prévision quant aux impacts du dérèglement ne peut
être sérieusement tenue). L'Europe ferait 20% et 30% en cas d'engagement
multilatéral, sachant qu'en fait, en cas de désaccord, elle aura sans doute du
mal à tenir les 20% eux-mêmes, notamment parce que cette décision est
sous-tendue par un objectif intenable sur les Enr, sauf à… l'externaliser.
Plutôt que de s'engager vers des taxes aux frontières de
l'Europe, compensant le surplus d'effort européen et finançant l'effort européen
de soutien au développement propre des futurs marchés (l'Afrique par exemple),
la commission européenne préfère réfléchir à la façon de " trouer " efficacement
le futur accord (freiner la généralisation de la taxe carbone sur les émissions
diffuses et prévoir des exemptions - sur un marché des quotas qui, déjà,
fonctionnent très mal, pour les industries à intensité carbone concurrentielles
- généralement allemandes - rendant ainsi inutile tout ajustement
supplémentaire, ce qui, du coup, affaiblit le principal argument de négociation
dont disposait l'Europe pour aboutir à un accord plus conforme à ses vues). Les
récentes déclarations et les écrits de Karl Falkenberg, DG Environnement de
l'Europe, confirme clairement cette évolution.
Les intérêts qui se profilent derrière cette stratégie sont si
puissants qu'ils se déclareront prêts à se parer de la vertu de la solidarité
financière Nord-Sud. En effet, sans engagements sur ce versant, un tel type
d'accord serait impossible, car inacceptable par l'opinion mondiale (du moins
par ceux qui s'en prévalent). Les moyens nécessaires peuvent paraître
considérables : 100 milliards. Telles sont les sommes estimées utilement
mobilisables pour les pays en voie de développement aux fins de compenser les
réductions des émissions de CO2. En cas de décollage économique (alimenté
par quelle énergie ? L'apostrophe de Jean-Louis Borloo à Ouagadougou aux chefs
d'Etat africains, " Vous avez tout, vous n'avez rien, vous serez les premiers "
risque de ne pas suffire !) Mais, c'est en réalité peu par rapport aux enjeux
des pays du G20 ! Aussi bien, la discussion du partage de la facture de
l'acceptabilité universelle (" multiverselle ") de l'accord de Copenhague est
bien en cours :
Le Conseil européen (chefs d'Etat et de gouvernement) propose de
prendre en charge environ 10 à 15% de cette aide (15 milliards d'Euros par an).
Il devait se prononcer ces jours-ci (jeudi 29 et vendredi 30 octobre) sur cette
proposition avec la lourde tâche d'adopter le mandat pour Copenhague. Cette aide
serait échangée contre une réduction globale de 15 à 30% des émissions des pays
les moins développés par rapport à leurs émissions futures.
Lundi 2 novembre, les sherpas de la négociation finaliseront les
aspects techniques : difficile ! Le dossier des financements est en rade
(échec des Ministres de l'Economie, il y aune semaine), la France refuse
d'abattre ses cartes avant de savoir quels engagements prendront les Etats
émergents, la Pologne joue la montre, etc…
Il est clair toutefois
que l'impératif écologique éthique jouera à fond pour forcer un accord, "
soustrait aux joutes diplomatiques ", même si ce sont en fait les diplomates qui
reprennent progressivement le dessus (évolution que nous avons peut-être
insuffisamment anticipée). Les gagnants seront-ils ceux qui attendent - tout en
s'y préparant- que toutes les cartes soient sur le tapis (Inde, Chine,
USA, la France dans l'ordre) ou ceux qui ont adopté une stratégie " lourde
" et construite depuis longtemps -mais peu mobile - (l'Europe dans son ensemble)
? Tout ne sera pas forcément joué à Copenhague. Mais, c'est clairement plus les
équilibres géostratégiques du monde qui se jouent que le climat et la sortie du
carbone, questions pourtant essentielles pour finaliser toute vraie sortie
la crise.
Ma conviction est que ces questions, en revanche, vont enfin
commencées à être discutées après Copenhague qui, grâce à un accord formel, va
leur ouvrir la voie : financements innovants, réforme des monnaies,
stabilisation des cours, universalisation des systèmes financiers,
régionalisation des responsabilités (subsidiarité globale), meilleure prise en
compte de la biodiversité et meilleure compréhension des enjeux
climatiques.