Colloque énergie du mardi 9 Février 2010
L'Energie et
l'Europe
. Zoltan FEJES
Session II/ Quelles initiatives intra-européennes promouvoir
?
Ou comment refaire " communauté autour de l'énergie ".
L'Union européenne connait une situation paradoxale en matière
énergétique. L'énergie a joué un rôle fondateur dans la construction de
l'Europe, avec la Communauté européenne du charbon et de l'acier des 1951 puis
avec Euratom en 1957. Pendant très longtemps toutefois elle n'a pas su doter
d'une politique énergétique commune, la situation des Etats membre en matière de
ressources et de dépendance énergétique étant extrêmement hétérogène.
La situation des pays de l'Europe centrale et de l'est
n'est-elle identique à celle de l'Europe occidentale. Quelles sont les causes et
les différences. L'impacte de ses divergences sont considérable sur la vie
quotidien, économique de ces pays, mais la politique des gouvernements est aussi
très varie a la suite de ces différences.
La sécurité énergétique devient de plus en plus importante au
niveau international. C'est un défi global a la quelle nous devons faire face
ensemble. La volatilité des prix, les risques liés aux transit
international posent de plus en lus de question et suppose une coopération
toujours plus important, tandis que les intérêts nationaux sont surgissent d'une
manière éclatante.
Les années passées ont démontrées que l'approvisionnement
énergétique - surtout dans certaines régions d'Europe est beaucoup moins fiable
que l'on aurait pu pensée.
Tandis que l'augmentation de la demande en matière énergétique
est incessante, l'approche des pays et des Etats Membre de l'Union est dictée
par des intérêts nationaux de plus en plus évidents.
Deux grandes questions se posent: la diversification des
ressources énergétiques et celle de l'acheminement de l'énergie.
Quelles est
la situation des gazoducte?
Le projet Nabucco avance lentement, tandis que
deux autre projet, non-européen nt vu le jour (Nort-stream et sud stream).
Est-ce que les Etats membres de l'Union européen
réussissent de se mettre d'accord pour créer une politique énergétique commune
efficace ? Les contraintes et les possibilités.
.
Michel DERDEVET, Maître de conférences à l’Institut d’Études Politiques
de Paris.
L’Europe en panne
d’énergie
Pour une politique énergétique commune
Dans un contexte de concurrence croissante entre grandes zones
géographiques, l’Union européenne risque de devenir
de plus en plus dépendante d’autres États pour ses
approvisionnements en énergie. Or, une politique concertée permet d’assurer ces
approvisionnements, cruciaux pour le fonctionnement de nos sociétés
développées.
L’énergie est aussi l’un des leviers principaux pour mettre en
place concrètement un monde durable et écologique.
Déjà fer de lance de la révolution énergétique et
environnementale, l’Union européenne doit poursuivre une politique d’influence
mondiale en faveur de l’environnement et développer les énergies
renouvelables.
Mais l’énergie est aussi au coeur de l’efficacité économique,
car elle est un des éléments fondamentaux pour la production
de richesse.
Comment concilier efficacité économique et service public ? L’Union européenne
doit oeuvrer en faveur d’un authentique marché unique, tout en mettant en place
un service public européen de l’énergie conséquent.
Poursuivre ces trois objectifs – sécurité énergétique,
environnement et efficacité économique – peut entraîner de
multiples
confusions et dilemmes.
Pour donner un souffle réel à une véritable politique de
l’énergie, pour que l’Union puisse bénéficier pleinement des retombées d’une
telle politique, il est nécessaire de mettre en place une Communauté européenne
de l’énergie et de l’environnement.
Henri
PREVOT
Enjeux géo-communautaires en Europe
Le cadre général et la négociation
mondiale
Sur le moyen et long terme, la consommation d'énergie en
Europe et dans le monde sera contrainte par la nécessité de réduire les
émissions de gaz carbonique bien avant que ne soient épuisées les réserves
accessibles à un coût que les consommateurs seraient prêts à payer. Pour aller
contre la dynamique d'un marché concurrentiel, il faudra donc une régulation
politique. Celle-ci prendra une forme qu'il est difficile de prévoir. Les Etats
des pays consommateurs sauront-ils contraindre la consommation, par des impôts
ou par une réglementation ? Les pays producteurs limiteront-ils leurs ventes,
par exemple en n'accordant pas de permis de recherche ou de permis
d'exploitation au-delà des limites d'émissions de CO2 tolérables?
Selon le
mode de régulation la rente causée par cette contrainte politique apparaîtra
dans les pays consommateurs ou dans les pays producteurs. Un pays autonome en
énergie en bénéficiera de toute façon. Les sommes en jeu sont telles que la mode
de régulation de l'énergie fera partie de négociations entre grandes puissances
d'une portée beaucoup plus large que la seule question de l'effet de serre.
Comme la régulation par l'offre serait plus facile qu'une régulation par la
demande et que de grandes puissances pourront y trouver un intérêt commun,
l'Union européenne risque de se trouver confrontée à un manque d'énergie fossile
non pas à cause de l'épuisement des ressources mais du fait d'une régulation de
l'offre. Il s'agit d'une question de sécurité d'approvisionnement en énergie,
qui relève de la sécurité publique.
La coopération au sein de l'Union
européenne
S'agissant de sécurité publique, la coopération entre
Etats-membres sera possible si elle tient compte de la responsabilité propre de
chaque Etat et des différences de situation entre eux. Les accords de Schengen
ont montré que c'est possible. Dans le traité de Lisbonne, ce mode de
coopération est prévu sous le nom de " coopération structurée ". Ne faudrait-il
pas étendre à l'énergie cette modalité qui, pour l'heure, est réservée aux
affaires de défense ?
Les relations avec les pays en développement
Le
protocole de Kyoto prévoit que les pays de l'OCDE peuvent aider financièrement
les pays en développement par le mécanisme de développement propre, MDP : un
Etat ou une entreprise qui finance un investissement qui permet d'éviter des
émissions de CO2 dans un PVD acquiert des droits d'émettre du CO2. Si le prix
mondial de l'énergie est haut, les pays de l'OCDE diminueront leurs émissions et
auront moins besoin d'acquérir des droits d'émettre. Donc la valeur de ces
droits diminuera. Il y a donc un lien direct entre le prix mondial de l'énergie
et l'aide apportée par les pays de l'OCDE au pays en développement par le canal
du MDP. Cela ne semble pas avoir été abordé au cours des négociations sur le
climat.
De la même façon, si les Etats-membres de l'Union européenne créent
un impôt sur les émissions, cela diminuera la valeur du CO2 sur le marché
européen donc la valeur des droits d'émettre générés par le MDP. Mais cette
diminution pourrait être compensée par une dotation du budget de l'Etat.
Cela
montre à quel point sont liées la prévention du réchauffement climatique, la
production d'énergie, les relations géostratégiques entre les grandes puissances
mondiales, les relations entre pays développés, les pays producteurs d'énergie
et les pays en développement. Quelles sont les possibilités de l'Union
européenne, de la France, dans ce " grand jeu " ? La " fuite ", c'est-à-dire ne
pas avoir besoin d'énergie fossile.
Michel DE
FABIANI, Pdt chambre de Commerce Franco britannique, Pdt Cercle
Economique Sully
Les stratégies des acteurs du monde de
l'énergie
Le fait marquant de la première décennie du 21ème siècle et qui
devrait marquer ce siècle est la résurgence des stratégies gouvernementales et
le renforcement des sociétés nationales dans les pays producteurs.
Les BRIC
prennent une position dominante dans le secteur de l'énergie et jouent à jeu
égal avec les gouvernements US et Européens.
Même si le Brésil et l'Inde
semblent agir de façon plus libérale et la Russie et la Chine de façon très
centralisée,tous affirment leur propre position face aux gouvernements US et
Européens qui eux-mêmes ont pris ou prennent des postures plus nationales que
vraiment européennes.
Les autres pays producteurs forts aussi divers
que l'Algérie,l'Iran,le Venezuela ou la Bolivie suivent l'exemple
norvégien qui depuis longtemps a sa propre stratégie.
En parallèle et en
intégration avec les stratégies nationales,on assiste à une réapparition de
leaders nationaux privés mais surtout publics qui jouent jeu égal dans
leurs domaines d'activités avec les majors américains et européens dont ils
deviennent des concurrents très puissants
Ceci se vérifie dans le pétrole et
le gaz et pourra s'étendre demain aux autres sources d'énergie à l'instar
de ce qui pourrait aussi se passer dans l'automobile,l'aéronautique,la
pharmacie,la chimie,etc
A plus long terme ,c'est la remise en cause de la
suprématie industrielle et commerciale de l'Europe et des US au bénéfice
d'autres acteurs.
La question est de savoir si les fonctionnements des
marchés resteront sur les bases libérales classiques qui ont culminé au 20ème
siècle ou s'orienteront plus sur un mix marché/nations /ensembles régionaux se
régulant au gré des rapports de force et des situations politiques.
. François-Michel
GONNOT, Député de l'Oise, Président de l'ANDRA
L'Union Européenne au cœur
de la révolution énergétique. Comment refaire " Communauté " autour de l'énergie
?
Enjeux géostratégiques sur le plan mondial
La production énergétique française est caractérisée par la
contribution déterminante du nucléaire. Le parc de réacteurs est une réalité
industrielle qui permet une large autonomie d'approvisionnement. En revanche, un
des arguments fréquents contre la production électronucléaire est l'absence de
solution pour la gestion des déchets radioactifs produits.
La plupart des
pays disposant d'un parc électronucléaire disposent de capacités à entreposer ou
à stocker les déchets d'exploitation, généralement de faible ou moyenne activité
et à vie courte. En France, comme dans de nombreux pays occidentaux, des
ouvrages de stockage ont été réalisés pour assurer la mise en sécurité de ces
déchets durant environ 300 ans. Pour les déchets de haute activité, ceux issus
des combustibles usés, des projets de stockage géologique sont à l'étude dans
différents pays, pour les premières mises en service à partir de 2020.
La coopération internationale s'organise à différents niveaux afin
d'accompagner le développement des projets de stockage de déchets radioactifs
:
" Au plan européen
o avec un groupe chargé d'améliorer les règles de
sûreté et les modalités de gestion des déchets radioactifs ; à la demande du
Conseil, une directive devrait voir le jour dans les prochains mois, notamment
pour inviter les Etats Membres à réaliser des inventaires de déchets radioactifs
et à proposer des plans de gestion des matières et déchets radioactifs ;
o
avec une plateforme technologique, Implementing Geological Disposal, destinée à
mieux coordonner les recherches et en partager les résultats ;
" au niveau
des instances internationales
o avec l'Agence pour l'Energie Nucléaire de
l'OCDE, qui anime des réflexions de fond et organise les échanges entre
organismes impliqués dans la gestion des déchets radioactifs. Une conférence
internationale sur la question de la réversibilité des stockages de déchets
radioactifs sera organisée en France en décembre 2010 ;
o avec l'Agence
Internationale de l'Energie Atomique, AIEA, qui élabore des documents de
référence sur la sûreté et sur la gestion des déchets radioactifs. L'AIEA
stimule également la mise en place de structures en charge de la gestion des
déchets radioactifs dans les différents pays. Une conférence internationale est
prévue en France sur ce thème à destination des pays signataires de la
Convention Commune sur les déchets radioactifs et de ceux qui envisagent de la
rejoindre.
Les nombreuses coopérations entre pays favorisent également le
partage des connaissances et des acquis et permet à chacun de progresser en
cohérence avec les meilleurs standards internationaux.
Olivier APPERT, Président
de l'IFP
ENJEUX GEOSTRATEGIQUES AU PLAN
MONDIAL
Menaces sur les approvisionnements pétroliers, tensions entre la
Russie et l'Europe à propos du gaz, pannes électriques géantes, changement
climatique..., depuis plusieurs années, les problèmes énergétiques font la Une
de l'actualité.
Il y a peu, l'énergie paraissait abondante et bon marché,
avec un baril de pétrole qui coûtait 10 dollars fin 1998. Son prix est
actuellement proche de 80 dollars et les plus optimistes ne prévoient pas un
retour en dessous de 40 dollars. L'énergie n'est pas encore rare, mais elle est
plus difficile d'accès. Et le changement climatique pourrait encore bouleverser
les prévisions.
Il est nécessaire de répondre de façon claire et documentée
aux interrogations des usagers de l'énergie que nous sommes tous : comment sont
produites les différentes énergies ? Quel et leur avenir ? Quels acteurs
interviennent sur la scène énergétique ? Quelles sont les contraintes
d'approvisionnement ? Quel impact la forte croissance de l'Inde et de la Chine
a-t-elle sur ces ressources ?
. Synopsis de J.P.
HAUET
" L'Europe au cœur de la révolution énergétique. Comment
faire l'Union autour de l'énergie ? "
Au 1er décembre 2009, le traité de Lisbonne sur l'Union
européenne sera entré en vigueur. Le 18 du même mois, sous l'égide des
Nations Unies, la Conférence de Copenhague aura clôturé ses travaux et
tenté de jeter les bases d'un nouvel ordre climatique mondial. Dans l'un et
l'autre cas les attentes auront été fortes.
Quels que soient les jugements
portés sur l'issue de ces deux grands chantiers, l'Europe de l'énergie devra se
mettre au travail. Le changement climatique n'attend pas et la reprise
économique risque de révéler la vulnérabilité d'un système énergétique européen
fondé davantage sur des principes que sur des réalisations. L'énergie est pour
l'Europe une nécessité et une opportunité. C'est dans un esprit de
solidarité entre les états membres que la politique de l'Union dans le domaine
de l'énergie doit assurer le fonctionnement du marché et la sécurité de
l'approvisionnement, promouvoir l'efficacité énergétique et les économies
d'énergie ainsi que le développement des énergies nouvelles et renouvelables,
promouvoir enfin l'interconnexion des réseaux énergétiques.
Ces objectifs,
réitérés à Lisbonne, sont ceux qui sous-tendent depuis des années la politique
européenne de l'énergie et l'Europe se doit de les honorer. Mais le moment
n'est-il pas venu de regarder au-delà et de considérer que l'énergie, si elle
est une préoccupation majeure pour l'Europe, peut également, comme aux premiers
jours de sa création, constituer le fondement de nouvelles solidarités et donner
de la chair à une Union dont l'opinion vient parfois à douter.
Tel est le but
du séminaire du 9 février 2010 organisé par Passages à l'Institut Hongrois de
Paris.
Pour la clarté des débats, deux problématiques seront successivement
abordées, tout en étant conscient de leur intrication.
Quelles stratégies
l'Europe doit-elle développer sur le plan international ?
L'Europe a
fortement misé sur le dipôle énergie/climat. Mais aux lendemains de Copenhague,
l'Europe peut-elle continuer à faire seule la course en tête ? Le moment
n'est-il pas venu de chercher, auprès de la Russie ou d'autres
partenaires, de nouvelles alliances associant climat, énergie,
technologies ? Vis-à-vis du Brésil, de l'Indonésie ou de l'Afrique, l'Europe
restera-t-elle indéfiniment sur le banc de touche de la déforestation évitée
dont d'autres pays veulent faire un axe majeur couplé à une politique d'aide au
développement ?
Aux côtés du climat, l'eau constitue également un bien
essentiel, facteur de prospérité ou de conflits, dont l'Europe, dans le cadre
d'une ouverture plus large vers les pays de la Méditerranée, de l'Afrique ou de
Golfe, pourrait faire l'un des axes de sa politique.
L'Europe ne
pourrait-elle davantage tirer parti de son potentiel technologique, qu'il
s'agisse des énergies conventionnelles et nucléaires ou des techniques plus
avancées du charbon propre, des énergies renouvelables et de l'efficacité
énergétique ?
Le développement des technologies nouvelles entraîne un
déplacement de la demande vers des matières premières aux noms étranges de
lithium, indium, gallium, néodyme, lanthane, etc. Déjà de nouveaux
eldorados se dessinent. L'Europe laissera-t-elle verrouiller le marché mondial
de ces métaux rares par la Chine dont les ressources domestiques sont immenses
et qui s'invite par ailleurs, avec de gros moyens, en Afrique, en Australie et
dans d'autres pays ?
Plus généralement, est-il toujours hors de portée
d'imaginer que les pays européens puissent un jour s'entendre sur des stratégies
concertées d'approvisionnement ?
Quelles initiatives intra-européennes
promouvoir ?
La politique énergétique européenne doit être concrète, visible
et compréhensible par les citoyens européens qui, trop souvent, n'y voient
jusqu'ici qu'une succession de textes " techniques ", guidés par la seule
idéologie concurrentielle. Elle ne peut se cantonner indéfiniment aux arcanes
plus ou moins glauques du monde des marchés, surtout quand la libéralisation de
ceux-ci coïncide avec une incontestable hausse des prix, avec laquelle elle est
confondue. Sortir des patriotismes énergétiques nationaux suppose que l'Europe
s'érige, comme elle le fit en 1951 (CECA) et en 1957 (Euratom), en bâtisseur et
cesse d'être un simple contempteur des pratiques nationales. Les sujets ne
manquent pas mais il faut, pour les faire aboutir, une solidarité qui fait
aujourd'hui défaut et qui, malheureusement, risque de ne se révéler que face à
la crise. Le séminaire du 9 février 2010 s'efforcera d'identifier quelques
pistes qui pourraient, avec un peu de volonté politique, aboutir à des
initiatives concrètes.
Il faut bien sûr poursuivre les politiques
d'interconnexion et de gestion coordonnées des grands réseaux énergétiques,
vecteurs essentiels, car la mutualisation des infrastructures et leur régulation
commune sont la condition d'une Europe énergétique unie et
solidaire. Mais face à un pouvoir fédéral américain qui va investir 3.4 Mds $
dans les " smart grids " ne faut-il pas initier une action communautaire
d'ampleur équivalente ? Ne faut-il pas en parallèle soutenir massivement le
véhicule électrique et les industries associées, tant l'enjeu est important en
termes de politique énergétique mais aussi d'emplois ? Ce qui a été fait pour
Airbus à la fin du XXème siècle ne pourrait-il être renouvelé, rapidement, pour
les réseaux ou les véhicules de demain, sous peine de voir, comme pour les
écrans plats, l'Europe devenir un banal utilisateur de technologies et de normes
venues d'ailleurs ? Pour être comprise par le citoyen européen,
L'Europe doit faire preuve en la matière d'imagination et d'ambition.
Il
faut adopter une politique de parler vrai et cesser de faire croire à l'opinion
que l'on peut se chauffer avec des " négawatts " ou remplacer les MW
quasiment garantis de l'énergie nucléaire par ceux, utiles mais mal
assurés, de la plupart des énergies renouvelables. Si des doutes subsistent sur
certains aspects de l'énergie nucléaire, il faut unir les efforts européens pour
parvenir plus vite à des solutions qui répondront aux besoins domestiques et à
ceux des pays en développement. L'Europe a déjà dans le domaine
nucléaire un cadre normatif très avancé. Il s'agit désormais de favoriser la
compréhension pour tous les européens des enjeux liés à la promotion sans
exclusive de toutes les énergies non carbonées.
Il faut enfin une politique
de sécurité des approvisionnements, comme le traité de Lisbonne en fait
obligation. La constitution d'un pool de stockages de gaz naturel est à coup sûr
un élément qu'il faut faire aboutir mais d'autres idées peuvent surgir qu'il
serait bon d'encourager.
Au plan politique, un cadre nouveau s'impose pour
rassembler ces différentes initiatives où l'ambition commune sera rapidement
perçue par tous, celle d'une nouvelle " Communauté européenne de l'énergie ",
avancée politique majeure, capable de sublimer les égoïsmes énergétiques
nationaux. A défaut, ne faudra-il accepter le principe d'un " Schengen de
l'énergie " permettant aux pays les plus avancés de progresser ensemble ? En
toute hypothèse, l'addition de 27 politiques énergétiques ne suffira plus,
demain, à donner corps à une nécessaire action collective à l'échelle du
continent.
. Paul
CASEAU
Pour la grande majorité des citoyens européens, l'énergie est
une question prioritaire, et même une question européenne prioritaire. Pourtant,
l'histoire semble en avoir fait une question plutôt nationale, et l'actualité
une question mondiale. L'intuition qui place l'énergie au niveau européen reste
valable, néanmoins : mais pour dépasser les paradoxes, il faut aborder la
question à partir de deux points de vue complémentaires :
- L'énergie est
d'abord un bien nécessaire aux sociétés modernes. Cette nécessité est aussi bien
globale (au niveau de l'économie) que personnelle (au niveau des
individus).
- L'énergie est aussi un système, qui peut fonctionner de façon
satisfaisante ou non.
Nous allons (rapidement) passer en revue ce que ces
deux points de vue peuvent nous faire découvrir.
1-L'Energie comme " bien de
tous "
L'importance de la place occupée par l'énergie fait que la société
sera toujours très attentive, on peut même dire très exigeante, sur trois
questions : la sécurité globale de l'accès à l'énergie, la sécurité
individuelle, et la relation à l'environnement.
1.1- La sécurité
d'approvisionnement
C'est le premier point mis en avant par les divers
projets de " Communauté européenne de l'énergie ". La dimension stratégique de
la sécurité est considérée comme une dimension communautaire. Alors que la
pratique actuelle des Etats montre plutôt des comportements de " cavalier seul
".
1.2- La solidarité
C'est, au niveau des individus et des groupes, le
pendant de ce qu'est la sécurité globale pour l'Europe. Cela peut concerner des
nations ou des régions jusqu'ici isolées et mal alimentées. Cela concerne
également le " droit à un minimum d'énergie ", l'évolution des prix, l'existence
de tarifs qui permettent de plafonner la part de l'énergie dans les
budgets.
1.3- Les contraintes environnementales
Ce troisième aspect est
aujourd'hui au centre des débats, avec la réunion de Copenhague et le plan "
Climat-Energie " européen (qui porte sur la période 2012 - 2020). Alors que les
deux questions précédentes étaient l'occasion de rivalités entre niveaux
d'intervention, la politique climat-énergie est, depuis l'origine, placée dans
un cadre européen.
2-L'Energie comme " Système à trois étages "
De façon
générale, les études prospectives consacrées à l'énergie abordent leur sujet en
faisant le choix d'un point de vue dominant :
- Soit ce point de vue est
celui de l'offre, ou des sources d'énergie. Qui dit " source " dit également "
ressources ", et l'on voit bien que la question de la sécurité
d'approvisionnement marque profondément cette approche.
- Soit ce point de
vue est celui de la demande d'énergie, ou des " usages ". Il est devenu presque
aussi fréquent que le premier.
Pour prendre en compte simultanément des deux
points de vue, il faut noter que la rencontre entre la demande et l'offre se
fait toujours au travers de réseaux et de marchés qui constituent, par
eux-mêmes, un élément important du système. C'est ce que l'on peut appeler "
l'étage des vecteurs d'énergie ". Cet étage représente, dans la construction à
trois étages " usages, vecteurs, sources ", le niveau intermédiaire (le plus "
européen " des trois) qui permet aux deux autres d'évoluer ensemble de façon
coordonnée.
La figure ci-dessous est une représentation du schéma à trois
étages actuel.
Figure
1
2.1- L'étage des Usages : une vision européenne possible
Lorsqu'on
regarde la façon dont les différents pays de l'Europe des 15 utilisent
l'énergie, on découvre une étonnante similitude : dans sa façon d'utiliser
l'énergie, l'Europe des 15 est un ensemble très homogène (c'est évidemment le
contraire au niveau des sources). Si on prend en compte l'Europe des 27, des
disparités apparaissent, mais elles sont liés aux différences de PIB, et non pas
à des choix d'utilisation différents. En définitive, au niveau des usages,
l'Europe constitue une réalité.
Par ailleurs, les outils de régulation de ces
usages (Directives, fiscalité, normes) sont largement décidés au niveau européen
(qu'ils concernent les bâtiments ou les transports), même s'ils sont l'objet
d'âpres négociations avec les différents pays. C'est donc un des " lieux "
essentiels où peut se bâtir l'Europe de l'énergie.
2.2- L'étage européen par excellence : étage des
vecteurs
Qu'il s'agisse des réseaux et des marchés du gaz, ou de ceux de
l'électricité, la " puissance régulatrice " est passée au niveau européen. Mais
il n'en est pas de même pour le financement et la conception de ces réseaux. Les
questions posées sont, la plupart du temps, multinationales et donc européennes,
mais les investisseurs ne sont pas situés au niveau européen. Il en résulte un
déficit dans la capacité d'initiative.
2.3- L'étage des sources : le nœud des
difficultés
On rejoint évidemment la question de la sécurité
d'approvisionnement, mais aussi l'existence de traditions nationales qui font
que les différentes " filières énergétiques " ne sont pas considérées comme "
équivalentes " par les sociétés européennes. Il est possible que
l'évolution actuelle des acteurs industriels (présents simultanément dans
plusieurs pays, et sur plusieurs vecteurs) les rend progressivement " neutres "
par rapport à ces préférences. Mais la définition d'une politique européenne
commune vis-à-vis des sources d'énergie semble, à court terme, hors de
portée.
En conclusion...
Ces trois pages n'avaient pas pour but de prendre
position, ni même de préparer un texte d'introduction à un colloque éventuel.
Elles sont destinées à soutenir la réflexion, pour la préparation de ce
colloque. Pour cela, elles proposent une grille de questions (six en tout), qui
n'est pas sans faire penser à la méthode " attraits - atouts ". Les trois
premières concernent le cahier des charges, ce que nos sociétés attendent de
l'énergie. Les trois dernières concernent le système énergétique lui-même, et sa
capacité à répondre au cahier des charges.
. Jean
LAMY
« L’Europe au cœur de la révolution énergétique
Comment
(re)faire communauté autour de l’énergie ? »
Le séminaire est organisé en deux sessions (matin/après-midi)
correspondant à deux approches principales : 1) Enjeux énergétiques globaux
et place de l’Europe (politique extérieure) ; 2) Enjeux
énergétiques intra-européens (politiques internes). L’objectif est
d’identifier des recommandations de nature à renforcer et mieux structurer la
politique énergétique européenne, tant au plan interne qu’externe, en tenant
compte du nouveau paradigme énergie-climat qui se met en place au niveau
européen comme au niveau mondial.
Questions pour structurer le débat lors de
la session 1 («Enjeux énergétiques globaux et place de l’Europe »). Les
questions peuvent se répartir selon deux sous-parties :
1-1 La place de
l’Europe dans la géopolitique mondiale de l’énergie. Un tour d’horizon
géographisé de l’évolution du paysage énergétique mondial (production,
consommation, vecteurs énergétiques, réserves, modes de consommation, nouvelles
technologies de l’énergie, nouveaux acteurs…) doit permettre d’identifier,
chiffres et cartes à l’appui, les principaux défis énergétiques que l’UE
doit relever aujourd’hui.
-
Quelles conséquences tirer du poids relatif de l’Europe dans la consommation
énergétique mondiale ? Quelle corrélation avec sa part dans les émissions
mondiales de gaz à effet de serre ? Quelles évolutions prévisibles des mix
énergétiques ? Comment l’électricité sera produite demain ? Quelles tendances
pour la place des EnR dans le mix énergétique mondial
?
- Quel équilibre
offre-demande, aujourd’hui et demain, en Europe et dans le monde ? Où sont les
réserves de capacité ? Où sont les marchés (et comment fonctionnent-ils?Quelles
évolutions pour le transport de l’énergie ? Allons-nous connaître un épuisement
des ressources ?
- Quelle
problématique résulte de l’analyse des premiers fournisseurs de l’UE d’énergies
fossiles (gaz, pétrole notamment)
?
- Quelle place pour les
matières premières et les métaux stratégiques dans le futur paradigme
énergie-climat ?
- Qui seront les
acteurs-clés de demain dans le paysage énergétique mondial
?
- Quel est le paysage
institutionnel au niveau mondial pour traiter des questions énergétiques
?
1-2 Quel contenu donner à la politique énergétique extérieure de l’UE
dans ce contexte ?
- Quels
objectifs assigner à une politique énergétique européenne plus forte ? Quel
périmètre fixer à la politique « énergétique » extérieure dans la partie
maîtrise de la demande (transports, bâtiment, usages industriels de l’énergie…)
? Quelle place pour la coopération climat ?
- Par régions,
comment renforcer la coopération extérieure de l’UE dans le domaine
énergie-climat ? Notamment, avec la Russie et les pays d’Asie centrale (quelle
diversification ?), avec l’Arctique, avec les pays du Moyen-Orient (quelle
politique UE-OPEP sur prix du pétrole ?), avec la Méditerranée (comment réussir
le plan solaire méditerranéen ?), avec l’Afrique (quel partage entre la
problématique Nord-Sud et les questions d’accès à l’énergie pour le
développement), avec les Etats-Unis, la Chine, l’Inde…
- Quels axes
privilégier dans une politique énergétique extérieure plus consistante ?
(mécanismes d’urgence en cas de crise, partage des risques, stockage,
solidarité, peer reviews et recommandations, efficacité énergétique, Enr,
éducation des citoyens, renforcement des capacités…)
- Quel rôle pour
la coopération technologique dans la politique énergétique extérieure de l’UE ?
Des coopérations structurées Etats-entreprises dans le secteur de l’énergie
?
- Comment faire
pour que l’exemplarité européenne ne soit pas un facteur de vulnérabilité
?
- Comment
articuler la politique énergétique extérieure de l’UE avec la politique
européenne d’aide au développement et la création d’un Service européen d’action
extérieure (SEAE) ?
- Quel rôle doit
jouer l’Europe dans le débat en cours, dans divers fora, sur
l’amélioration de la gouvernance mondiale de l’énergie ?
SEMINAIRE ENERGIE
du 8 décembre 2009
" Raréfaction des
ressources, réchauffement, mondialisation.
Comment réagir à ce triple défi ?
"
Patrick HAAS, Président de BP France
Le thème de ce séminaire
diplomatique Raréfaction des ressources, réchauffement, mondialisation. Comment
tréagir à ce triple défi ? s'intègre parfaitement dans l'actualité
et je félicite encore une fois Emile Malet pour son sens de flair et
d'à-propos….
Pour ma part, je vais vous apporter le point de vue d'un groupe
international, plongé depuis ses origines, il y a 100 ans dans ce "
triangle infernal " du spectre de la raréfaction, de l'environnement et de la
mondialisation.
A l'origine BP a pris son essor grâce à la découverte d'un
vaste gisement de pétrole en " Perse ", territoire dont nous avions obtenu
l'ensemble des droits d'exploration en 1908. Quelques décennies plus tard, nous
avons perdu l'accès à ce territoire lors des vagues de nationalisations qui nous
ont aussi fait sortir de pays tels que la Lybie et l'Irak notamment…..d'où la
pertinence de la dimension " diplomatique " de ce séminaire….
Il y a 100 ans
certains parlaient déjà de l'épuisement des réserves de pétrole alors que
l'industrie n'en était qu'à ses premiers balbutiements !
Dans les années
1970 avec le Club de Rome, certains scientifiques parlaient avec certitude de
l'imminence de l'épuisement définitif des réserves de pétrole et de gaz,
puisqu'en 1970, les réserves prouvées étaient estimées à environ 30 ans.
Depuis 1970, la consommation mondiale de pétrole a augmenté de 42%
(passant de 55 MBJ à 78 MBJ) et pourtant au cours de ces quatre dernières
décennies, les réserves pétrolières ont été plus que reconstituées puisqu'elles
s'établissent actuellement à plus de 42 ans de consommation future, à 170
milliards de tonnes contre 83 milliards en 1973.
Ces chiffres excluent
les pétroles type schistes bitumineux disponibles en très vastes quantités au
Canada notamment.
Ces quelques statistiques sont là pour souligner que le
problème énergétique n'est pas uniquement lié à la seule dimension "
géologique " mais plutôt à la répartition géopolitique des réserves dans
un nombre limité de pays souverains et de l'accès à ces réserves, mais aussi à
la contrainte C02 qui devient aujourd'hui centrale sur nos tableaux de bord à
tous.
En règle générale, qui dit contrainte dit aussi opportunité.
Bien que les entreprises ne prennent pas directement part aux
négociations mondiales sur le changement climatique à Copenhague,
elles sont au premier chef concernées.
Pour les entreprises, toutes les
entreprises, il est en effet vital de comprendre les réalités
économiques, sociales et environnementales des énergies qu'elles utilisent
- il en va de leur compétitivité et de leur capacité à prendre les bons virages
et technologiques.
Les groupes énergétiques, comme celui que je
représente, sont doublement concernés par la demande et l'offre d'énergies et
donc au coeur du problème du changement climatique et du développement durable
mais aussi au coeur des solutions à trouver et à mettre en oeuvre.
A nos yeux, le défi climat-énergie ne pourra
se résoudre qu'avec la contribution la conjugaison des efforts de 3 grands types
d'acteurs - entreprises, consommateurs et pouvoirs publics.
Cette action sera
déployée aux niveaux international, local et individuel.
Les négociations climatiques de
Copenhague représentent la dimension globale du puzzle.
Les questions complexes liées à l'énergie et
à l'environnement nécessitent des solutions logiques, méthodiques et
réalistes. Pas des solutions répondant à tel ou tel effet de mode du moment
!
Les enjeux en matière d'énergie durable se
divisent en trois problématiques distinctes :
Premièrement, comment satisfaire la
demande mondiale croissante en énergie face au développement économique et
humain espéré ? En particulier, comment satisfaire le désir des populations des
économies émergentes d'atteindre le niveau de vie que nous considérons normal
dans les économies occidentales développées.
Deuxièmement, comment répondre à cette
demande de façon durable sur le plan environnemental ?
Troisièmement, comment assurer la fiabilité
de l'approvisionnement énergétique dans un monde présentant un déséquilibre
entre les régions de production d'énergie et les régions de consommation, et où
l'approvisionnement est de plus en plus concentré dans un nombre restreint de
régions-clés ?
Les trois enjeux sont donc : l'accès pour
tous, le développement durable et la sécurité d'approvisionnement. Notre avenir
énergétique repose sur ces trois facteurs.
La recherche de solutions doit être fondée
sur des hypothèses réalistes à l'égard de ce qu'il est possible et impossible de
faire.
Ces réalités couvrent trois domaines :
o
L'offre et la demande énergétiques ;
o Les possibilités offertes par les
technologies ;
o Les règles fixées par les pouvoirs publics.
Première réalité : l'offre et la demande
énergétiques
Le point de départ de toute analyse
énergétique doit être l'ampleur de la demande. Nous prévoyons une demande
croissante et solide durant les prochaines décennies, sous l'impulsion de
l'extraordinaire transformation économique de la Chine, de l'Inde et d'autres
pays en développement. Chaque année la planète accueille 200 millions nouveaux
citoyens.
La demande en énergie devrait progresser
d'environ 45 % d'ici à 2030, ce qui revient à ajouter l'équivalent de deux
États-Unis supplémentaires à la consommation mondiale. Pour satisfaire cette
croissance de la demande, les investissements nécessaires devront atteindre
entre 25 000 et 30 000 milliards de dollars, soit 1000 milliards de dollars par
an.
S'agissant d'approvisionnements pétroliers,
la production mondiale actuellement d'environ 85 millions de barils par jour
devra passer à environ 100 millions par jour d'ici à 2030.
Plus de la moitié de ce total, soit près de
50 millions de barils par jour, devra provenir de sources nouvelles en raison de
l'épuisement des gisements existants et de la croissance de la demande. Ce qui
revient à ajouter quatre Arabies Saoudites supplémentaires aux capacités
mondiales de production.
Ces projections reposent sur l'hypothèse non
seulement d'une poursuite, mais d'un resserrement des politiques actuelles
encourageant la réduction des émissions. Malgré cela, jusqu'à 80 % des besoins
en énergie devraient être alimentés par les combustibles fossiles en 2030. Ceci
s'explique par l'envergure considérable du secteur énergétique mondial, par
la durée de vie et la lenteur intrinsèque de renouvellement des
équipements comme les centrales électriques, et par les longs délais de mise en
œuvre nécessaires pour développer à grande échelle certains actifs comme les
installations nucléaires ou les énergies renouvelables.
Si vous examinez les projections de l'AIE,
vous noterez que même les scénarios les plus radicaux en matière de réduction
des émissions prévoient que les combustibles fossiles satisferont environ les
deux tiers des besoins en énergie en 2030.
Les énergies renouvelables sont une
composante essentielle de l'offre énergétique future. BP soutient cet objectif
en investissant massivement dans l'éolien, le solaire et les biocarburants. Mais
la dure réalité est qu'à l'heure actuelle, l'ensemble des énergies éolienne,
solaire, marémotrice et géothermique ne représente qu'environ 1 % de la
consommation totale. En ce qui concerne l'avenir, même en se basant sur les
scénarios les plus radicaux de l'AIE, ces sources d'énergie ne satisferont que 5
% de la demande totale en 2030.
Tels sont donc les paramètres au sein
desquels nous devons évoluer. Rien ne sert de prétendre que les combustibles
fossiles puissent être tout simplement mis au rebut, ou que les énergies
renouvelables vont tout à coup connaître l'effet boule de neige qu'a connu
l'Internet il y a 10 ans. Aux limites en termes de capacités physiques
s'ajoutent celles d'ordre technique et économique que nul ne peut
ignorer.
Deuxième réalité : les outils et les
technologies
Deuxième réalité qu'il nous faut confronter
: les outils et les technologies dont nous disposons. Comme nous venons de voir,
la solution ne peut résider dans la substitution intégrale des hydrocarbures par
des énergies renouvelables. Mais elle ne réside pas non plus dans la seule
énergie nucléaire, la seule capture de CO2, les seuls biocarburants ou encore
les seuls véhicules électriques. Ces différentes technologies sont souvent
présentées comme symbolisant " l'avenir ". Mais il n'existe aucune
solution-miracle unique.
L'avenir de l'énergie ne sera pas assuré par une
solution miracle, mais par une offre diversifiée.
Cette offre se composera d'une gamme
d'énergies diverses adaptées aux besoins en carburant, électricité et chaleur. À
l'heure actuelle, les projecteurs semblent passer d'une technologie nouvelle à
l'autre, au risque de négliger certaines solutions de base pleines de bon
sens.
Tout d'abord, quasiment toutes les analyses
de réduction des émissions de gaz à effet de serre présentent l'efficacité
énergétique (ou les économies d'énergie) comme étant la plus grande source
de réduction. Cette réponse n'est peut-être pas la plus séduisante
médiatiquement, mais les solutions pragmatiques sont souvent les
meilleures.
Une étude de l'Institut McKinsey Global
suggère que l'énergie utilisée pourrait être réduite de plus d'un cinquième
d'ici à 2020 et que 8 milliards de tonnes d'émissions de gaz à effet de serre
pourraient être évitées par le biais d'investissements en efficacité énergétique
qui seraient plus que rentables.
La propre analyse de BP corrobore cette
thèse. Dans le domaine du transport, par exemple, l'accroissement de
l'efficacité du moteur à explosion peut réduire de quelque 25 % les émissions de
CO2. L'utilisation de véhicules entièrement hybrides peut en réduire 25 %
supplémentaires. Il s'agit donc d'une orientation possible et nous sommes
heureux de constater que les autorités notamment américaines s'engagent dans
cette voie en prenant des mesures visant à améliorer le rendement énergétique
des véhicules.
Dans la mesure où les émissions de gaz à
effet de serre sont rejetées à différentes étapes du cycle de vie, il faut
examiner chaque type de véhicule et de carburant de façon individuelle.
Les
biocarburants émettent des gaz d'échappement, mais les émissions sont compensées
en amont dans la mesure où leurs matières premières absorbent le
CO2.
Les véhicules électriques ne rejettent pas
de gaz d'échappement, mais ils rejettent des émissions en amont car ils
dépendent des centrales électriques. Ces véhicules électriques sont prometteurs,
mais ils ne parviendront pas à réduire de façon significative l'empreinte
carbone du transport si la source d'énergie elle-même n'est pas " décarbonisée
".
Les biocarburants sont au cœur d'un débat
qui, lui aussi, présente des risques d'égarement. Le caractère " durable "
des biocarburants suscite naturellement un certain nombre de préoccupations.
Font-ils concurrence aux produits alimentaires ? Leur production est-elle
néfaste aux écosystèmes ? La réponse est " tout dépend du biocarburant
".
Il en existe une large gamme : certains sont
néfastes d'autres bénéfiques. Ces nouveaux biocarburants ont le potentiel
d'apporter une excellente réponse aux problèmes d'accès, de développement
durable et de sécurité d'approvisionnement. Ils bénéficient de hauts rendements
énergétiques et n'entrent pas en concurrence avec les produits alimentaires. Ils
constituent une alternative locale à l'importation de pétrole avec le potentiel,
non seulement de réduire les émissions, mais d'être un facteur d'absorption
nette de CO2.
Nous pensons que les biocarburants avancés
prendront une importance significative au cours des prochaines années et qu'ils
pourraient représenter près de 10 % du total des carburants de transport d'ici à
2030, et jusqu'à 20 % des essences aux États-Unis.
Le transport n'est qu'un
aspect de la situation globale. Il se caractérise par des millions de petites
unités mobiles dont la durée de vie est limitée à une décennie. L'électricité
représente l'utilisation d'actifs statiques relativement importants dont la
durée de vie peut atteindre 40 ou 50 ans.
Aux États-Unis, la centrale à charbon
moyenne a été construite en 1964 ; le charbon reste de loin la source d'énergie
la plus importante dans la production d'électricité aux États-Unis.
Pourtant, la dure réalité est que, parmi les
sources d'énergie les plus utilisées, le charbon est celle qui affiche la plus
forte intensité carbone. Aux États-Unis, le charbon produit 50 % de
l'électricité, mais également 80 % des émissions de CO2 qui en résultent. Pour
qu'une réelle transition vers un monde à faibles émissions de CO2 se produise,
le charbon devra être soit assaini, dé-carboné, soit progressivement
éliminé.
Quelles sont les alternatives au niveau de
l'électricité ?
Les énergies renouvelables joueront un rôle
important pour la fabrication d'électricité. L'énergie éolienne, par exemple,
peut être rentable dans certaines régions. En Europe comme aux États-Unis, il
s'agit de la source d'énergie qui affiche la plus forte croissance ces deux
dernières années. Mais le déploiement à grande échelle des technologies, des
infrastructures et de la réglementation encadrant ces énergies de substitution
devrait prendre plusieurs décennies.
L'énergie nucléaire assure environ 5 % des
besoins énergétiques mondiaux et il faudra au moins 10 ans pour que cette
proportion commence à augmenter. Compte tenu des questions d'autorisation, de
coût et de sécurité, on peut même se poser la question de savoir jusqu'à quel
point ce taux augmentera réellement.
Les centrales à charbon pourraient être
équipées de dispositifs de capture et de stockage de CO2. -ou CCS mais les
difficultés liées à la technologie CCS sont telles que son utilisation
commerciale ne pourra voir le jour avant au moins une décennie ou plus. Par
ailleurs, une fois établie, cette technologie se traduira par une augmentation
substantielle des coûts.
Il existe, bien entendu, une autre option :
le gaz naturel. Il s'agit du combustible fossile le plus propre et d'une source
d'énergie abondante.
Rapides à construire et relativement peu
coûteuses, les centrales à cycle combiné alimentées au gaz naturel peuvent
produire de l'électricité avec un rendement de 60 %.
Elles rejettent moins de la moitié des gaz à
effet de serre émis par les centrales à charbon conventionnelles par unité
d'électricité produite. Grâce à leur souplesse, les centrales à gaz, qui peuvent
être rapidement mises en et hors service, offrent un complément intéressant aux
énergies renouvelables comme les énergies éolienne ou solaire qui, par nature,
manquent de régularité.
À l'échelle mondiale, les ressources de gaz
sont estimées à environ 60 ans. Mais les nouvelles technologies -
hydro-fracturation, forage horizontal - pourraient ajouter plusieurs décennies à
ce chiffre. En 2008, le gaz est le seul combustible fossile dont la consommation
a progressé simultanément dans les pays de l'OCDE et hors OCDE.
Si l'utilisation du gaz naturel montait en
puissance, nous pourrions fermer et remplacer les centrales à charbon les plus
anciennes et les plus polluantes.
Troisième dure réalité : les
politiques
La dernière réalité concerne les politiques
mises en œuvre.
La transition vers un monde à faibles
émissions de CO2 n'aura pas lieu sans l'intervention marquée des pouvoirs
publics.
L'intervention politique qui aurait, de
loin, le plus gros impact en matière d'énergie serait la fixation d'un prix du
CO2. Pour que le marché réponde de façon durable à la demande mondiale
croissante en énergie, les pouvoirs publics doivent définir un cadre stable et
durable, en commençant par la fixation d'un prix homogène du CO2. Un prix qui
soit uniforme quelle que soit la source d'émission, qu'il s'agisse d'une colonne
de cheminée ou d'un tuyau d'échappement.
La fixation d'un prix du CO2 renforcera
l'attrait des économies d'énergie et la rentabilité des énergies de
substitution. Elle permettra également d'orienter en connaissance de cause les
investissements en combustibles fossiles et de stimuler les investissements dans
les technologies nécessaires à la réduction des émissions de CO2 que ces
combustibles rejettent.
On commence déjà à observer ce phénomène en
Europe sous l'effet du mécanisme d'échange de droits d'émissions de l'UE, et
nous pensons qu'il verra le jour également aux États-Unis.
Cela étant, nous évoluons dans un secteur
mondialisé. En toute logique, il faudrait fixer un prix mondial. La question de
savoir quels progrès ont été réalisés dans la mise en place de mécanismes
permettant de fixer un prix du CO2 à l'échelle mondiale sera déterminante lors
des discussions du sommet de Copenhague.
Une fois qu'un objectif clair aura été
défini, il faudra faire face à une autre réalité : à lui seul, le prix du CO2 ne
suffira pas à remplir cet objectif. Sur le plan politique, le prix du CO2 ne
pourra jamais être suffisamment élevé pour modifier certains aspects du
comportement des consommateurs. En réalité, pour atteindre le type d'objectif
envisagé et faire une réelle différence, le prix du CO2 devra être soutenu, tant
par des mesures économiques incitatives que par la réglementation.
En outre, de par son ampleur et sa
complexité, cet enjeu spécifique dépasse les mécanismes habituels de l'économie
de marché. Pour minimiser le changement climatique et assurer la fiabilité de
l'approvisionnement énergétique, il faut que les pouvoirs publics définissent
une feuille de route et fixent un cadre au sein duquel les marchés peuvent
évoluer.
L'histoire montre que les changements
importants dans les marchés énergétiques ne peuvent se faire sans un travail
concerté entre politiques publiques et entreprise privée.
Les décisions concernant ces enjeux ne
peuvent être reportées indéfiniment. Les mesures que nous prendrons maintenant
et au cours des toutes prochaines années seront décisives. Il serait préférable
de définir dès à présent les solutions les plus rentables et opérationnelles,
comme la promotion de l'efficacité énergétique, l'utilisation du gaz dans la
production d'électricité et des biocarburants dans le domaine du transport. Le
coût de ces options, qui se justifie aujourd'hui d'un point de vue économique,
ne sera pas démesuré pour la planète.
Le problème est complexe et la solution sera
formée de multiples éléments : un accord international, des politiques
nationales, des mécanismes de transferts technologiques et financiers, un prix
du CO2, de nouvelles réglementations, une offre technologique diversifiée, un
changement dans les comportements et une recherche permanente de nouvelles
possibilités.
Tout cela nécessite une démarche coordonnée,
intégrée et pluridisciplinaire, tant dans le déploiement des solutions
disponibles aujourd'hui, comme le gaz naturel et l'efficacité énergétique, que
dans le développement des solutions de demain.
Pour conclure, les entreprises attendent un
signal clair et fort à Copenhague, à la hauteur des enjeux. Elles appellent au
monde politique de conclure un accord fort qui contribue à la feuille de route
des entreprises pour un développement durable.
Le changement climatique pose un défi
mondial social, environnemental et économique qui requiert des transformations
profondes sur notre façon de gouverner l'économie mondiale.
Nous devons atteindre des coupes profondes
dans nos émissions de gaz à effet de serre.
Un accord ambitieux et contraignant doit
procurer au monde économique la clarté et le cadre nécessaires pour
accélérer le virage vers les technologies à faible intensité carbone.
Les objectifs de réductions doivent être
fixés de façon réaliste et scientifiquement fondées.
L'énergie présente l'un des plus gros défis
du XXIe siècle. Mais nous le relèverons grâce à la qualité de nos décisions
politiques, économiques et citoyennes.
"Raréfaction des ressources, réchauffement,
mondialisation: la contribution de l'énergie nucléaire à des solutions pour la
planète"
Jean-Guy DEVEZEAUX de
LAVERGNE, Directeur de
l'I-tésé
"Raréfaction des ressources, réchauffement,
mondialisation: la contribution de l'énergie nucléaire à des solutions pour la
planète"
L'exposé mettra l'accent sur les trois points suivants
:
1°) les ressources actuelles d'uranium sont de plusieurs
dizaines d'années avec les technologies actuelles, au-delà, la surgénération
permet des milliers d'années de fonctionnement avec les réserves
prouvées
2°) le nucléaire est
capable de contribuer dans des proportions importantes à la diminution des
rejets mondiaux de CO2, le nucléaire doit être reconnu, lors du Sommet de
Copenhague, comme un outil efficace contre le réchauffement climatique.
3°) le nucléaire français est un des plus performants au
monde, la recherche qui est actuellement menée par le CEA avec ses partenaires
principaux (EDF et AREVA) est menée pour contribuer à maintenir ce rôle de
leader.