COLLOQUES & SEMINAIRES
SYNOPSIS et TEXTES
 
 
 
COLLOQUE du MOYEN ORIENT
 
Jacques Andréani

Les conflits du moyen orient constituent l'une des plus dangereuses sources de tension dans le monde. Des populations sont profondément atteintes dans leurs intérêts fondamentaux, leur dignité, leur existence même en tant que peuples. Pour l'Europe comme pour les Etats-Unis, cette situation est intolérable pour des raisons humaines. Elle est une source de menaces graves et un obstacle permanent à l'établissement d'un ordre mondial plus juste et plus sûr.
Avec une Amérique qui s'est orientée vers une approche plus ouverte, acceptant des réalités que les précédents gouvernants refusaient de reconnaître, avec une France résolue à rechercher des terrains d'entente avec les Etats-Unis là où c'est possible, avec une Europe qui va s'engager dans la constitution d'un corps de doctrine sur les principaux sujets qui engagent ses intérêts essentiels, le moment est venu de rechercher des convergences dans un domaine où nos intérêts essentiels sont proches. Dans le passé, des divergences ont séparé les approches américaines et européennes des problèmes du moyen orient, notamment sur la question palestinienne. Trop souvent, au lieu de s'expliquer sur le fond des choses, on a tenté de dissimuler ces désaccords sous des formules ambiguës, sources inévitables de malentendus. C'est pourquoi nous pensons utile de procéder à une analyse commune des problèmes posés par les conflits du moyen orient, en s'attachant particulièrement à la question palestinienne, sans négliger les autres facteurs de tension, tant les problèmes de cette région sont enchevêtrés.
Dans cet esprit, un colloque organisé conjointement par France-Amériques, la Revue Passages et le Forum Méditerranéen pour la Paix se tiendra le 21 juin 2010, dans les locaux de France-Amériques, 9-11 Avenuen Franklin-Roosevelt.


Colloque énergie du mardi 9 Février 2010
L'Energie et l'Europe
 
. Zoltan FEJES
 
Session II/ Quelles initiatives intra-européennes promouvoir ?
Ou comment refaire " communauté autour de l'énergie ".
 
L'Union européenne connait une situation paradoxale en matière énergétique. L'énergie a joué un rôle fondateur dans la construction de l'Europe, avec la Communauté européenne du charbon et de l'acier des 1951 puis avec Euratom en 1957. Pendant très longtemps toutefois elle n'a pas su doter d'une politique énergétique commune, la situation des Etats membre en matière de ressources et de dépendance énergétique étant extrêmement hétérogène.

La situation des pays de l'Europe centrale et de l'est  n'est-elle identique à celle de l'Europe occidentale. Quelles sont les causes et les différences. L'impacte de ses divergences sont considérable sur la vie quotidien, économique de ces pays, mais la politique des gouvernements est aussi très varie a la suite de ces différences.
La sécurité énergétique devient de plus en plus importante au niveau international. C'est un défi global a la quelle nous devons faire face ensemble.  La volatilité des prix, les risques liés aux transit international posent de plus en lus de question et suppose une coopération toujours plus important, tandis que les intérêts nationaux sont surgissent d'une manière éclatante.
Les années passées ont démontrées que l'approvisionnement énergétique - surtout dans certaines régions d'Europe est beaucoup moins fiable que l'on aurait pu pensée.
Tandis que l'augmentation de la demande en matière énergétique est incessante, l'approche des pays et des Etats Membre de l'Union est dictée par des intérêts nationaux de plus en plus évidents.
Deux grandes questions se posent: la diversification des ressources énergétiques et celle de l'acheminement de l'énergie.
Quelles est la situation des gazoducte?
Le projet Nabucco avance lentement, tandis que deux autre projet, non-européen nt vu le jour (Nort-stream et sud stream).
 Est-ce que les Etats membres de l'Union européen réussissent de se mettre d'accord pour créer une politique énergétique commune efficace ? Les contraintes et les possibilités.
 
 
. Michel DERDEVET, Maître de conférences à l’Institut d’Études Politiques de Paris.

L’Europe en panne d’énergie
Pour une politique énergétique commune

Dans un contexte de concurrence croissante entre grandes zones géographiques, l’Union européenne risque de devenir
de plus en plus dépendante d’autres États pour ses approvisionnements en énergie. Or, une politique concertée permet d’assurer ces approvisionnements, cruciaux pour le fonctionnement de nos sociétés développées.
L’énergie est aussi l’un des leviers principaux pour mettre en place concrètement un monde durable et écologique.
Déjà fer de lance de la révolution énergétique et environnementale, l’Union européenne doit poursuivre une politique d’influence mondiale en faveur de l’environnement et développer les énergies renouvelables.
Mais l’énergie est aussi au coeur de l’efficacité économique, car elle est un des éléments fondamentaux pour la production
de richesse. Comment concilier efficacité économique et service public ? L’Union européenne doit oeuvrer en faveur d’un authentique marché unique, tout en mettant en place un service public européen de l’énergie conséquent.
Poursuivre ces trois objectifs – sécurité énergétique, environnement et efficacité économique – peut entraîner de multiples
confusions et dilemmes.
Pour donner un souffle réel à une véritable politique de l’énergie, pour que l’Union puisse bénéficier pleinement des retombées d’une telle politique, il est nécessaire de mettre en place une Communauté européenne de l’énergie et de l’environnement.
 
Henri PREVOT
  
Enjeux géo-communautaires en Europe
Le cadre général et la négociation mondiale
Sur le moyen et long terme, la consommation d'énergie en Europe et dans le monde sera contrainte par la nécessité de réduire les émissions de gaz carbonique bien avant que ne soient épuisées les réserves accessibles à un coût que les consommateurs seraient prêts à payer. Pour aller contre la dynamique d'un marché concurrentiel, il faudra donc une régulation politique. Celle-ci prendra une forme qu'il est difficile de prévoir. Les Etats des pays consommateurs sauront-ils contraindre la consommation, par des impôts ou par une réglementation ? Les pays producteurs limiteront-ils leurs ventes, par exemple en n'accordant pas de permis de recherche ou de permis d'exploitation au-delà des limites d'émissions de CO2 tolérables?
Selon le mode de régulation la rente causée par cette contrainte politique apparaîtra dans les pays consommateurs ou dans les pays producteurs. Un pays autonome en énergie en bénéficiera de toute façon. Les sommes en jeu sont telles que la mode de régulation de l'énergie fera partie de négociations entre grandes puissances d'une portée beaucoup plus large que la seule question de l'effet de serre.
Comme la régulation par l'offre serait plus facile qu'une régulation par la demande et que de grandes puissances pourront y trouver un intérêt commun, l'Union européenne risque de se trouver confrontée à un manque d'énergie fossile non pas à cause de l'épuisement des ressources mais du fait d'une régulation de l'offre. Il s'agit d'une question de sécurité d'approvisionnement en énergie, qui relève de la sécurité publique.
La coopération au sein de l'Union européenne
S'agissant de sécurité publique, la coopération entre Etats-membres sera possible si elle tient compte de la responsabilité propre de chaque Etat et des différences de situation entre eux. Les accords de Schengen ont montré que c'est possible. Dans le traité de Lisbonne, ce mode de coopération est prévu sous le nom de " coopération structurée ". Ne faudrait-il pas étendre à l'énergie cette modalité qui, pour l'heure, est réservée aux affaires de défense ?
Les relations avec les pays en développement
Le protocole de Kyoto prévoit que les pays de l'OCDE peuvent aider financièrement les pays en développement par le mécanisme de développement propre, MDP : un Etat ou une entreprise qui finance un investissement qui permet d'éviter des émissions de CO2 dans un PVD acquiert des droits d'émettre du CO2. Si le prix mondial de l'énergie est haut, les pays de l'OCDE diminueront leurs émissions et auront moins besoin d'acquérir des droits d'émettre. Donc la valeur de ces droits diminuera. Il y a donc un lien direct entre le prix mondial de l'énergie et l'aide apportée par les pays de l'OCDE au pays en développement par le canal du MDP. Cela ne semble pas avoir été abordé au cours des négociations sur le climat.
De la même façon, si les Etats-membres de l'Union européenne créent un impôt sur les émissions, cela diminuera la valeur du CO2 sur le marché européen donc la valeur des droits d'émettre générés par le MDP. Mais cette diminution pourrait être compensée par une dotation du budget de l'Etat.
Cela montre à quel point sont liées la prévention du réchauffement climatique, la production d'énergie, les relations géostratégiques entre les grandes puissances mondiales, les relations entre pays développés, les pays producteurs d'énergie et les pays en développement. Quelles sont les possibilités de l'Union européenne, de la France, dans ce " grand jeu " ? La " fuite ", c'est-à-dire ne pas avoir besoin d'énergie fossile.

Michel DE FABIANI, Pdt chambre de Commerce Franco britannique, Pdt Cercle Economique Sully
Les stratégies des acteurs du monde de l'énergie
Le fait marquant de la première décennie du 21ème siècle et qui devrait marquer ce siècle est la résurgence des stratégies gouvernementales et le renforcement des sociétés nationales dans les pays producteurs.
Les BRIC prennent une position dominante dans le secteur de l'énergie et jouent à jeu égal avec les gouvernements US et Européens.
Même si le Brésil et l'Inde semblent agir de façon plus libérale et la Russie et la Chine de façon très centralisée,tous affirment leur propre position face aux gouvernements US et Européens qui eux-mêmes ont pris ou prennent des postures plus nationales que vraiment européennes.
Les autres pays producteurs forts aussi divers que  l'Algérie,l'Iran,le Venezuela ou la Bolivie suivent l'exemple norvégien qui depuis longtemps a sa propre stratégie.
En parallèle et en intégration avec les stratégies nationales,on assiste à une réapparition de leaders nationaux privés mais surtout publics qui jouent jeu égal  dans leurs domaines d'activités avec les majors américains et européens dont ils deviennent des concurrents très puissants
Ceci se vérifie dans le pétrole et le gaz et pourra s'étendre demain  aux autres sources d'énergie à l'instar de ce qui pourrait aussi se passer dans l'automobile,l'aéronautique,la pharmacie,la chimie,etc
A plus long terme ,c'est la remise en cause de la suprématie industrielle et commerciale de l'Europe et des US au bénéfice d'autres acteurs.
La question est de savoir si les fonctionnements des marchés resteront sur les bases libérales classiques qui ont culminé au 20ème siècle ou s'orienteront plus sur un mix marché/nations /ensembles régionaux se régulant au gré des rapports de force et des situations politiques.

. François-Michel GONNOT, Député de l'Oise, Président de l'ANDRA

L'Union Européenne au cœur de la révolution énergétique. Comment refaire " Communauté " autour de l'énergie ?
Enjeux géostratégiques sur le plan mondial
La production énergétique française est caractérisée par la contribution déterminante du nucléaire. Le parc de réacteurs est une réalité industrielle qui permet une large autonomie d'approvisionnement. En revanche, un des arguments fréquents contre la production électronucléaire est l'absence de solution pour la gestion des déchets radioactifs produits.
La plupart des pays disposant d'un parc électronucléaire disposent de capacités à entreposer ou à stocker les déchets d'exploitation, généralement de faible ou moyenne activité et à vie courte. En France, comme dans de nombreux pays occidentaux, des ouvrages de stockage ont été réalisés pour assurer la mise en sécurité de ces déchets durant environ 300 ans. Pour les déchets de haute activité, ceux issus des combustibles usés, des projets de stockage géologique sont à l'étude dans différents pays, pour les premières mises en service à partir de 2020. 
La coopération internationale s'organise à différents niveaux afin d'accompagner le développement des projets de stockage de déchets radioactifs :
" Au plan européen
o avec un groupe chargé d'améliorer les règles de sûreté et les modalités de gestion des déchets radioactifs ; à la demande du Conseil, une directive devrait voir le jour dans les prochains mois, notamment pour inviter les Etats Membres à réaliser des inventaires de déchets radioactifs et à proposer des plans de gestion des matières et déchets radioactifs ;
o avec une plateforme technologique, Implementing Geological Disposal, destinée à mieux coordonner les recherches et en partager les résultats ;
" au niveau des instances internationales
o avec l'Agence pour l'Energie Nucléaire de l'OCDE, qui anime des réflexions de fond et organise les échanges entre organismes impliqués dans la gestion des déchets radioactifs. Une conférence internationale sur la question de la réversibilité des stockages de déchets radioactifs sera organisée en France en décembre 2010 ;
o avec l'Agence Internationale de l'Energie Atomique, AIEA, qui élabore des documents de référence sur la sûreté et sur la gestion des déchets radioactifs. L'AIEA stimule également la mise en place de structures en charge de la gestion des déchets radioactifs dans les différents pays. Une conférence internationale est prévue en France sur ce thème à destination des pays signataires de la Convention Commune sur les déchets radioactifs et de ceux qui envisagent de la rejoindre.
Les nombreuses coopérations entre pays favorisent également le partage des connaissances et des acquis et permet à chacun de progresser en cohérence avec les meilleurs standards internationaux.

Olivier APPERT, Président de l'IFP
 
ENJEUX GEOSTRATEGIQUES AU PLAN MONDIAL
Menaces sur les approvisionnements pétroliers, tensions entre la Russie et l'Europe à propos du gaz, pannes électriques géantes, changement climatique..., depuis plusieurs années, les problèmes énergétiques font la Une de l'actualité.
Il y a peu, l'énergie paraissait abondante et bon marché, avec un baril de pétrole qui coûtait 10 dollars fin 1998. Son prix est actuellement proche de 80 dollars et les plus optimistes ne prévoient pas un retour en dessous de 40 dollars. L'énergie n'est pas encore rare, mais elle est plus difficile d'accès. Et le changement climatique pourrait encore bouleverser les prévisions.
Il est nécessaire de répondre de façon claire et documentée aux interrogations des usagers de l'énergie que nous sommes tous : comment sont produites les différentes énergies ? Quel et leur avenir ? Quels acteurs interviennent sur la scène énergétique ? Quelles sont les contraintes d'approvisionnement ? Quel impact la forte croissance de l'Inde et de la Chine a-t-elle sur ces ressources ?
 
 
. Synopsis de J.P. HAUET
 
" L'Europe au cœur de la révolution énergétique. Comment faire l'Union autour de l'énergie ? "
Au 1er décembre 2009, le traité de Lisbonne sur l'Union européenne sera  entré en vigueur. Le 18 du même mois, sous l'égide des Nations Unies, la Conférence de Copenhague  aura clôturé ses travaux et tenté de jeter les bases d'un nouvel ordre climatique mondial. Dans l'un et l'autre cas les attentes auront été fortes.
Quels que soient les jugements portés sur l'issue de ces deux grands chantiers, l'Europe de l'énergie devra se mettre au travail.  Le changement climatique n'attend pas et la reprise économique risque de révéler la vulnérabilité d'un système énergétique européen fondé davantage sur des principes que sur des réalisations. L'énergie est pour l'Europe une nécessité et une opportunité.  C'est dans un esprit de solidarité entre les états membres que la politique de l'Union dans le domaine de l'énergie doit assurer le fonctionnement du marché et la sécurité de l'approvisionnement, promouvoir l'efficacité énergétique et les économies d'énergie ainsi que le développement des énergies nouvelles et renouvelables, promouvoir enfin l'interconnexion des réseaux énergétiques.
Ces objectifs, réitérés à Lisbonne, sont ceux qui sous-tendent depuis des années la politique européenne de l'énergie et l'Europe se doit de les honorer. Mais le moment n'est-il pas venu de regarder au-delà et de considérer que l'énergie, si elle est une préoccupation majeure pour l'Europe, peut également, comme aux premiers jours de sa création, constituer le fondement de nouvelles solidarités et donner de la chair à une Union dont l'opinion vient parfois à douter.
Tel est le but du séminaire du 9 février 2010 organisé par Passages à l'Institut Hongrois de Paris.
Pour la clarté des débats, deux problématiques seront successivement abordées, tout en étant conscient de leur intrication.
Quelles stratégies l'Europe doit-elle développer sur le plan international ?
L'Europe a fortement misé sur le dipôle énergie/climat. Mais aux lendemains de Copenhague, l'Europe peut-elle continuer à faire seule la course en tête ? Le moment n'est-il pas venu de chercher, auprès de la Russie ou d'autres partenaires,  de nouvelles alliances associant climat, énergie, technologies ? Vis-à-vis du Brésil, de l'Indonésie ou de l'Afrique, l'Europe restera-t-elle indéfiniment sur le banc de touche de la déforestation évitée dont d'autres pays veulent faire un axe majeur couplé à une politique d'aide au développement ?
Aux côtés du climat, l'eau constitue également un bien essentiel, facteur de prospérité ou de conflits, dont l'Europe, dans le cadre d'une ouverture plus large vers les pays de la Méditerranée, de l'Afrique ou de Golfe, pourrait faire l'un des axes de sa politique.
L'Europe ne pourrait-elle davantage tirer parti de son potentiel technologique, qu'il s'agisse des énergies conventionnelles et nucléaires ou des techniques plus avancées du charbon propre, des énergies renouvelables et de l'efficacité énergétique ?
Le développement des technologies nouvelles entraîne un déplacement de la demande vers des matières premières aux noms étranges de lithium, indium, gallium, néodyme, lanthane, etc.  Déjà de nouveaux eldorados se dessinent. L'Europe laissera-t-elle verrouiller le marché mondial de ces métaux rares par la Chine dont les ressources domestiques sont immenses et qui s'invite par ailleurs, avec de gros moyens, en Afrique, en Australie et dans d'autres pays ?
Plus généralement, est-il toujours hors de portée d'imaginer que les pays européens puissent un jour s'entendre sur des stratégies concertées d'approvisionnement ?
Quelles initiatives intra-européennes promouvoir ?
La politique énergétique européenne doit être concrète, visible et compréhensible par les citoyens européens qui, trop souvent, n'y voient jusqu'ici qu'une succession de textes " techniques ", guidés par la seule idéologie concurrentielle. Elle ne peut se cantonner indéfiniment aux arcanes plus ou moins glauques du monde des marchés, surtout quand la libéralisation de ceux-ci coïncide avec une incontestable hausse des prix, avec laquelle elle est confondue. Sortir des patriotismes énergétiques nationaux suppose que l'Europe s'érige, comme elle le fit en 1951 (CECA) et en 1957 (Euratom), en bâtisseur et cesse d'être un simple contempteur des pratiques nationales. Les sujets ne manquent pas mais il faut, pour les faire aboutir, une solidarité qui fait aujourd'hui défaut et qui, malheureusement, risque de ne se révéler que face à la crise.  Le séminaire du 9 février 2010 s'efforcera d'identifier quelques pistes qui pourraient, avec un peu de volonté politique, aboutir à des initiatives concrètes.
Il faut bien sûr poursuivre les politiques d'interconnexion et de gestion coordonnées des grands réseaux énergétiques, vecteurs essentiels, car la mutualisation des infrastructures et leur régulation commune  sont la condition  d'une Europe énergétique unie et solidaire. Mais face à un pouvoir fédéral américain qui va investir 3.4 Mds $ dans les " smart grids " ne faut-il pas initier une action communautaire d'ampleur équivalente ? Ne faut-il pas en parallèle soutenir massivement le véhicule électrique et les industries associées, tant l'enjeu est important en termes de politique énergétique mais aussi d'emplois ? Ce qui a été fait pour Airbus à la fin du XXème siècle ne pourrait-il être renouvelé, rapidement, pour les réseaux ou les véhicules de demain, sous peine de voir, comme pour les écrans plats, l'Europe devenir un banal utilisateur de technologies et de normes venues d'ailleurs ? Pour être comprise par le citoyen européen,   L'Europe doit faire preuve en la matière d'imagination et d'ambition.
Il faut adopter une politique de parler vrai et cesser de faire croire à l'opinion que l'on peut se chauffer avec des " négawatts "  ou remplacer les MW quasiment garantis de l'énergie nucléaire par ceux, utiles  mais mal assurés, de la plupart des énergies renouvelables. Si des doutes subsistent sur certains aspects de l'énergie nucléaire, il faut unir les efforts européens pour parvenir plus vite à des solutions qui répondront aux besoins domestiques et à ceux  des pays en développement.  L'Europe a déjà dans le domaine nucléaire un cadre normatif très avancé. Il s'agit désormais de favoriser la compréhension pour tous les européens des enjeux liés à la promotion sans exclusive de toutes les énergies non carbonées.
Il faut enfin une politique de sécurité des approvisionnements, comme le traité de Lisbonne en fait obligation. La constitution d'un pool de stockages de gaz naturel est à coup sûr un élément qu'il faut faire aboutir mais d'autres idées peuvent surgir qu'il serait bon d'encourager.
Au plan politique, un cadre nouveau s'impose pour rassembler ces différentes initiatives où l'ambition commune sera rapidement perçue par tous, celle d'une nouvelle " Communauté européenne de l'énergie ", avancée politique majeure, capable de sublimer les égoïsmes énergétiques nationaux. A défaut, ne faudra-il accepter le principe d'un " Schengen de l'énergie " permettant aux pays les plus avancés de progresser ensemble ? En toute hypothèse, l'addition de 27 politiques énergétiques ne suffira plus, demain, à donner corps à une nécessaire action collective à l'échelle du continent.

. Paul CASEAU
Pour la grande majorité des citoyens européens, l'énergie est une question prioritaire, et même une question européenne prioritaire. Pourtant, l'histoire semble en avoir fait une question plutôt nationale, et l'actualité une question mondiale. L'intuition qui place l'énergie au niveau européen reste valable, néanmoins : mais pour dépasser les paradoxes, il faut aborder la question à partir de deux points de vue complémentaires :
- L'énergie est d'abord un bien nécessaire aux sociétés modernes. Cette nécessité est aussi bien globale (au niveau de l'économie) que personnelle (au niveau des individus).
- L'énergie est aussi un système, qui peut fonctionner de façon satisfaisante ou non.
Nous allons (rapidement) passer en revue ce que ces deux points de vue peuvent nous faire découvrir.
1-L'Energie comme " bien de tous "
L'importance de la place occupée par l'énergie fait que la société sera toujours très attentive, on peut même dire très exigeante, sur trois questions : la sécurité globale de l'accès à l'énergie, la sécurité individuelle, et la relation à l'environnement.
1.1- La sécurité d'approvisionnement
C'est le premier point mis en avant par les divers projets de " Communauté européenne de l'énergie ". La dimension stratégique de la sécurité est considérée comme une dimension communautaire. Alors que la pratique actuelle des Etats montre plutôt des comportements de " cavalier seul ".
1.2- La solidarité
C'est, au niveau des individus et des groupes, le pendant de ce qu'est la sécurité globale pour l'Europe. Cela peut concerner des nations ou des régions jusqu'ici isolées et mal alimentées. Cela concerne également le " droit à un minimum d'énergie ", l'évolution des prix, l'existence de tarifs qui permettent de plafonner la part de l'énergie dans les budgets.
1.3- Les contraintes environnementales
Ce troisième aspect est aujourd'hui au centre des débats, avec la réunion de Copenhague et le plan " Climat-Energie " européen (qui porte sur la période 2012 - 2020). Alors que les deux questions précédentes étaient l'occasion de rivalités entre niveaux d'intervention, la politique climat-énergie est, depuis l'origine, placée dans un cadre européen.
2-L'Energie comme " Système à trois étages "
De façon générale, les études prospectives consacrées à l'énergie abordent leur sujet en faisant le choix d'un point de vue dominant :
- Soit ce point de vue est celui de l'offre, ou des sources d'énergie. Qui dit " source " dit également " ressources ", et l'on voit bien que la question de la sécurité d'approvisionnement marque profondément cette approche.
- Soit ce point de vue est celui de la demande d'énergie, ou des " usages ". Il est devenu presque aussi fréquent que le premier.
Pour prendre en compte simultanément des deux points de vue, il faut noter que la rencontre entre la demande et l'offre se fait toujours au travers de réseaux et de marchés qui constituent, par eux-mêmes, un élément important du système. C'est ce que l'on peut appeler " l'étage des vecteurs d'énergie ". Cet étage représente, dans la construction à trois étages " usages, vecteurs, sources ", le niveau intermédiaire (le plus " européen " des trois) qui permet aux deux autres d'évoluer ensemble de façon coordonnée.
La figure ci-dessous est une représentation du schéma à trois étages actuel. 
                                                   
Figure 1
                                                                                                 
2.1- L'étage des Usages : une vision européenne possible
Lorsqu'on regarde la façon dont les différents pays de l'Europe des 15 utilisent l'énergie, on découvre une étonnante similitude : dans sa façon d'utiliser l'énergie, l'Europe des 15 est un ensemble très homogène (c'est évidemment le contraire au niveau des sources). Si on prend en compte l'Europe des 27, des disparités apparaissent, mais elles sont liés aux différences de PIB, et non pas à des choix d'utilisation différents. En définitive, au niveau des usages, l'Europe constitue une réalité.
Par ailleurs, les outils de régulation de ces usages (Directives, fiscalité, normes) sont largement décidés au niveau européen (qu'ils concernent les bâtiments ou les transports), même s'ils sont l'objet d'âpres négociations avec les différents pays. C'est donc un des " lieux " essentiels où peut se bâtir l'Europe de l'énergie.
2.2- L'étage européen par excellence : étage des vecteurs
Qu'il s'agisse des réseaux et des marchés du gaz, ou de ceux de l'électricité, la " puissance régulatrice " est passée au niveau européen. Mais il n'en est pas de même pour le financement et la conception de ces réseaux. Les questions posées sont, la plupart du temps, multinationales et donc européennes, mais les investisseurs ne sont pas situés au niveau européen. Il en résulte un déficit dans la capacité d'initiative.
2.3- L'étage des sources : le nœud des difficultés
On rejoint évidemment la question de la sécurité d'approvisionnement, mais aussi l'existence de traditions nationales qui font que les différentes " filières énergétiques " ne sont pas considérées comme " équivalentes " par les sociétés  européennes. Il est possible que l'évolution actuelle des acteurs industriels (présents simultanément dans plusieurs pays, et sur plusieurs vecteurs) les rend progressivement " neutres " par rapport à ces préférences. Mais la définition d'une politique européenne commune vis-à-vis des sources d'énergie semble, à court terme, hors de portée.
En conclusion...
Ces trois pages n'avaient pas pour but de prendre position, ni même de préparer un texte d'introduction à un colloque éventuel. Elles sont destinées à soutenir la réflexion, pour la préparation de ce colloque. Pour cela, elles proposent une grille de questions (six en tout), qui n'est pas sans faire penser à la méthode " attraits - atouts ". Les trois premières concernent le cahier des charges, ce que nos sociétés attendent de l'énergie. Les trois dernières concernent le système énergétique lui-même, et sa capacité à répondre au cahier des charges.

. Jean LAMY
« L’Europe au cœur de la révolution énergétique
Comment (re)faire communauté autour de l’énergie ? »
Le séminaire est organisé en deux sessions (matin/après-midi) correspondant à deux approches principales : 1) Enjeux énergétiques globaux et  place de l’Europe (politique extérieure) ; 2)  Enjeux énergétiques  intra-européens (politiques internes). L’objectif est d’identifier des recommandations de nature à renforcer et mieux structurer la politique énergétique européenne, tant au plan interne qu’externe, en tenant compte du nouveau paradigme énergie-climat qui se met en place au niveau européen comme au niveau mondial.
Questions pour structurer le débat lors de la session 1 («Enjeux énergétiques globaux et  place de l’Europe »). Les questions peuvent se répartir selon deux sous-parties :
1-1  La place de l’Europe dans la géopolitique mondiale de l’énergie. Un tour d’horizon géographisé de l’évolution du paysage énergétique mondial (production, consommation, vecteurs énergétiques, réserves, modes de consommation, nouvelles technologies de l’énergie, nouveaux acteurs…) doit permettre d’identifier, chiffres et cartes à l’appui, les principaux défis énergétiques que  l’UE doit relever aujourd’hui.
-         Quelles conséquences tirer du poids relatif de l’Europe dans la consommation énergétique mondiale ? Quelle corrélation avec sa part dans les émissions mondiales de gaz à effet de serre ? Quelles évolutions prévisibles des mix énergétiques ? Comment l’électricité sera produite demain ? Quelles tendances pour la place des EnR  dans le mix énergétique mondial ?
-         Quel équilibre offre-demande, aujourd’hui et demain, en Europe et dans le monde ? Où sont les réserves de capacité ? Où sont les marchés (et comment fonctionnent-ils?Quelles évolutions pour le transport de l’énergie ? Allons-nous connaître un épuisement des ressources ?
-         Quelle problématique résulte de l’analyse des premiers fournisseurs de l’UE d’énergies fossiles (gaz, pétrole notamment) ?
-         Quelle place pour les matières premières et les métaux stratégiques dans le futur paradigme énergie-climat ?
-         Qui seront les acteurs-clés de demain dans le paysage énergétique mondial ?
-         Quel est le paysage institutionnel au niveau mondial pour traiter des questions énergétiques ?
1-2  Quel contenu donner à la politique énergétique extérieure de l’UE dans ce contexte ?
-         Quels objectifs assigner à une politique énergétique européenne plus forte ? Quel périmètre fixer à la politique « énergétique » extérieure dans la partie maîtrise de la demande (transports, bâtiment, usages industriels de l’énergie…) ? Quelle place pour la coopération climat ?
-         Par régions, comment renforcer la coopération extérieure de l’UE dans le domaine énergie-climat ? Notamment, avec la Russie et les pays d’Asie centrale (quelle diversification ?), avec l’Arctique, avec les pays du Moyen-Orient (quelle politique UE-OPEP sur prix du pétrole ?), avec la Méditerranée (comment réussir le plan solaire méditerranéen ?), avec l’Afrique (quel partage entre la problématique Nord-Sud et les questions d’accès à l’énergie pour le développement), avec les Etats-Unis, la Chine, l’Inde…
-         Quels axes privilégier dans une politique énergétique extérieure plus consistante ? (mécanismes d’urgence en cas de crise, partage des risques, stockage, solidarité, peer reviews et recommandations, efficacité énergétique, Enr, éducation des citoyens, renforcement des capacités…)
-         Quel rôle pour la coopération technologique dans la politique énergétique extérieure de l’UE ? Des coopérations structurées Etats-entreprises dans le secteur de l’énergie ?
-         Comment faire pour que l’exemplarité européenne ne soit pas un facteur de vulnérabilité ?
-         Comment articuler la politique énergétique extérieure de l’UE avec la politique européenne d’aide au développement et la création d’un Service européen d’action extérieure (SEAE) ?
-         Quel rôle doit jouer l’Europe dans le débat en cours, dans divers fora,  sur l’amélioration de la gouvernance mondiale de l’énergie ?

 
 
SEMINAIRE ENERGIE
du 8 décembre 2009
" Raréfaction des ressources, réchauffement, mondialisation.
Comment réagir à ce triple défi ? "


Patrick HAAS, Président de BP France
Le thème de ce séminaire diplomatique Raréfaction des ressources, réchauffement, mondialisation. Comment tréagir à ce triple défi ?   s'intègre parfaitement dans l'actualité et je félicite encore une fois Emile Malet pour son sens de flair et d'à-propos….
Pour ma part, je vais vous apporter le point de vue d'un groupe international, plongé depuis ses origines,  il y a 100 ans dans ce " triangle infernal " du spectre de la raréfaction, de l'environnement et de la mondialisation.
A l'origine BP a pris son essor grâce à la découverte d'un vaste gisement de pétrole en " Perse ", territoire dont nous avions obtenu l'ensemble des droits d'exploration en 1908. Quelques décennies plus tard, nous avons perdu l'accès à ce territoire lors des vagues de nationalisations qui nous ont aussi fait sortir de pays tels que la Lybie et l'Irak notamment…..d'où la pertinence de la dimension " diplomatique " de ce séminaire….
Il y a 100 ans certains parlaient déjà de l'épuisement des réserves de pétrole alors que l'industrie n'en était qu'à ses premiers balbutiements !
Dans les années 1970 avec le Club de Rome, certains scientifiques parlaient avec certitude de l'imminence de l'épuisement définitif des réserves de pétrole et de gaz, puisqu'en 1970, les réserves prouvées étaient estimées à environ 30 ans.
Depuis 1970, la consommation mondiale de pétrole a augmenté de 42%  (passant de 55 MBJ à 78 MBJ) et pourtant au cours de ces quatre dernières décennies, les réserves pétrolières ont été plus que reconstituées puisqu'elles s'établissent actuellement à plus de 42 ans de consommation future,  à 170 milliards de tonnes contre 83 milliards en 1973.
Ces chiffres excluent  les pétroles type schistes bitumineux disponibles en très vastes quantités au Canada notamment.
Ces quelques statistiques sont là pour souligner que le problème énergétique n'est pas uniquement lié à  la seule dimension " géologique " mais plutôt à  la répartition géopolitique des réserves dans un nombre limité de pays souverains et de l'accès à ces réserves, mais aussi à la contrainte C02 qui devient aujourd'hui centrale sur nos tableaux de bord à tous. 
En règle générale, qui dit contrainte dit aussi opportunité.
Bien que les entreprises ne prennent pas directement part aux négociations  mondiales sur le changement climatique à Copenhague,  elles sont au premier chef concernées.
Pour les entreprises, toutes les entreprises,  il est en effet vital de comprendre les réalités économiques,  sociales et environnementales des énergies qu'elles utilisent - il en va de leur compétitivité et de leur capacité à prendre les bons virages et technologiques.
Les groupes énergétiques, comme celui que je représente, sont doublement concernés par la demande et l'offre d'énergies et donc au coeur du problème du changement climatique et du développement durable mais aussi au coeur des solutions à trouver et à mettre en oeuvre.
A nos yeux, le défi climat-énergie ne pourra se résoudre qu'avec la contribution la conjugaison des efforts de 3 grands types d'acteurs - entreprises, consommateurs et pouvoirs publics.
Cette action sera déployée aux niveaux international, local et individuel.
Les  négociations climatiques de Copenhague représentent la dimension globale du puzzle.
Les questions complexes liées à l'énergie et à l'environnement nécessitent des solutions  logiques, méthodiques et réalistes. Pas des solutions répondant à tel ou tel effet de mode du moment !
Les enjeux en matière d'énergie durable se divisent en trois problématiques distinctes :
Premièrement,  comment satisfaire la demande mondiale croissante en énergie face au développement économique et humain espéré ? En particulier, comment satisfaire le désir des populations des économies émergentes d'atteindre le niveau de vie que nous considérons normal dans les économies occidentales développées.
Deuxièmement, comment répondre à cette demande de façon durable sur le plan environnemental ?
Troisièmement, comment assurer la fiabilité de l'approvisionnement énergétique dans un monde présentant un déséquilibre entre les régions de production d'énergie et les régions de consommation, et où l'approvisionnement est de plus en plus concentré dans un nombre restreint de régions-clés ?
Les trois enjeux sont donc : l'accès pour tous, le développement durable et la sécurité d'approvisionnement. Notre avenir énergétique repose sur ces trois facteurs.
La recherche de solutions doit être fondée sur des hypothèses réalistes à l'égard de ce qu'il est possible et impossible de faire.
Ces réalités couvrent trois domaines :
o L'offre et la demande énergétiques ;
o Les possibilités offertes par les technologies ;
o Les règles fixées par les pouvoirs publics.
Première réalité : l'offre et la demande énergétiques
Le point de départ de toute analyse énergétique doit être l'ampleur de la demande. Nous prévoyons une demande croissante et solide durant les prochaines décennies, sous l'impulsion de l'extraordinaire transformation économique de la Chine, de l'Inde et d'autres pays en développement. Chaque année la planète accueille 200 millions nouveaux citoyens.
La demande en énergie devrait progresser d'environ 45 % d'ici à 2030, ce qui revient à ajouter l'équivalent de deux États-Unis supplémentaires à la consommation mondiale. Pour satisfaire cette croissance de la demande, les investissements nécessaires devront atteindre entre 25 000 et 30 000 milliards de dollars, soit 1000 milliards de dollars par an.
S'agissant d'approvisionnements pétroliers, la production mondiale actuellement d'environ 85 millions de barils par jour devra passer à environ 100 millions par jour d'ici à 2030.
Plus de la moitié de ce total, soit près de 50 millions de barils par jour, devra provenir de sources nouvelles en raison de l'épuisement des gisements existants et de la croissance de la demande. Ce qui revient à ajouter quatre Arabies Saoudites supplémentaires aux capacités mondiales de production.
Ces projections reposent sur l'hypothèse non seulement d'une poursuite, mais d'un resserrement des politiques actuelles encourageant la réduction des émissions. Malgré cela, jusqu'à 80 % des besoins en énergie devraient être alimentés par les combustibles fossiles en 2030. Ceci s'explique par l'envergure considérable du secteur énergétique mondial, par la  durée de vie et la lenteur intrinsèque de renouvellement des équipements comme les centrales électriques, et par les longs délais de mise en œuvre nécessaires pour développer à grande échelle certains actifs comme les installations nucléaires ou les énergies renouvelables.
Si vous examinez les projections de l'AIE, vous noterez que même les scénarios les plus radicaux en matière de réduction des émissions prévoient que les combustibles fossiles satisferont environ les deux tiers des besoins en énergie en 2030.
Les énergies renouvelables sont une composante essentielle de l'offre énergétique future. BP soutient cet objectif en investissant massivement dans l'éolien, le solaire et les biocarburants. Mais la dure réalité est qu'à l'heure actuelle, l'ensemble des énergies éolienne, solaire, marémotrice et géothermique ne représente qu'environ 1 % de la consommation totale. En ce qui concerne l'avenir, même en se basant sur les scénarios les plus radicaux de l'AIE, ces sources d'énergie ne satisferont que 5 % de la demande totale en 2030.
Tels sont donc les paramètres au sein desquels nous devons évoluer. Rien ne sert de prétendre que les combustibles fossiles puissent être tout simplement mis au rebut, ou que les énergies renouvelables vont tout à coup connaître l'effet boule de neige qu'a connu l'Internet il y a 10 ans. Aux limites en termes de capacités physiques s'ajoutent celles d'ordre technique et économique que nul ne peut ignorer.
Deuxième réalité : les outils et les technologies
Deuxième réalité qu'il nous faut confronter : les outils et les technologies dont nous disposons. Comme nous venons de voir, la solution ne peut résider dans la substitution intégrale des hydrocarbures par des énergies renouvelables. Mais elle ne réside pas non plus dans la seule énergie nucléaire, la seule capture de CO2, les seuls biocarburants ou encore les seuls véhicules électriques. Ces différentes technologies sont souvent présentées comme symbolisant " l'avenir ". Mais il n'existe aucune solution-miracle unique.
L'avenir de l'énergie ne sera pas assuré par une solution miracle, mais par une offre diversifiée.
Cette offre se composera d'une gamme d'énergies diverses adaptées aux besoins en carburant, électricité et chaleur. À l'heure actuelle, les projecteurs semblent passer d'une technologie nouvelle à l'autre, au risque de négliger certaines solutions de base pleines de bon sens.
Tout d'abord, quasiment toutes les analyses de réduction des émissions de gaz à effet de serre présentent l'efficacité énergétique (ou les économies d'énergie)  comme étant la plus grande source de réduction. Cette réponse n'est peut-être pas la plus séduisante médiatiquement, mais les solutions pragmatiques sont souvent les meilleures.
Une étude de l'Institut McKinsey Global suggère que l'énergie utilisée pourrait être réduite de plus d'un cinquième d'ici à 2020 et que 8 milliards de tonnes d'émissions de gaz à effet de serre pourraient être évitées par le biais d'investissements en efficacité énergétique qui seraient plus que rentables.
La propre analyse de BP corrobore cette thèse. Dans le domaine du transport, par exemple, l'accroissement de l'efficacité du moteur à explosion peut réduire de quelque 25 % les émissions de CO2. L'utilisation de véhicules entièrement hybrides peut en réduire 25 % supplémentaires. Il s'agit donc d'une orientation possible et nous sommes heureux de constater que les autorités notamment américaines s'engagent dans cette voie en prenant des mesures visant à améliorer le rendement énergétique des véhicules.
Dans la mesure où les émissions de gaz à effet de serre sont rejetées à différentes étapes du cycle de vie, il faut examiner chaque type de véhicule et de carburant de façon individuelle.
Les biocarburants émettent des gaz d'échappement, mais les émissions sont compensées en amont dans la mesure où leurs matières premières absorbent le CO2.
Les véhicules électriques ne rejettent pas de gaz d'échappement, mais ils rejettent des émissions en amont car ils dépendent des centrales électriques. Ces véhicules électriques sont prometteurs, mais ils ne parviendront pas à réduire de façon significative l'empreinte carbone du transport si la source d'énergie elle-même n'est pas " décarbonisée ".
Les biocarburants sont au cœur d'un débat qui, lui aussi, présente des risques d'égarement. Le caractère  " durable " des biocarburants suscite naturellement un certain nombre de préoccupations. Font-ils concurrence aux produits alimentaires ? Leur production est-elle néfaste aux écosystèmes ? La réponse est " tout dépend du biocarburant ".
Il en existe une large gamme : certains sont néfastes d'autres bénéfiques. Ces nouveaux biocarburants ont le potentiel d'apporter une excellente réponse aux problèmes d'accès, de développement durable et de sécurité d'approvisionnement. Ils bénéficient de hauts rendements énergétiques et n'entrent pas en concurrence avec les produits alimentaires. Ils constituent une alternative locale à l'importation de pétrole avec le potentiel, non seulement de réduire les émissions, mais d'être un facteur d'absorption nette de CO2.
Nous pensons que les biocarburants avancés prendront une importance significative au cours des prochaines années et qu'ils pourraient représenter près de 10 % du total des carburants de transport d'ici à 2030, et jusqu'à 20 % des essences aux États-Unis.
Le transport n'est qu'un aspect de la situation globale. Il se caractérise par des millions de petites unités mobiles dont la durée de vie est limitée à une décennie. L'électricité représente l'utilisation d'actifs statiques relativement importants dont la durée de vie peut atteindre 40 ou 50 ans.
Aux États-Unis, la centrale à charbon moyenne a été construite en 1964 ; le charbon reste de loin la source d'énergie la plus importante dans la production d'électricité aux États-Unis.
Pourtant, la dure réalité est que, parmi les sources d'énergie les plus utilisées, le charbon est celle qui affiche la plus forte intensité carbone. Aux États-Unis, le charbon produit 50 % de l'électricité, mais également 80 % des émissions de CO2 qui en résultent. Pour qu'une réelle transition vers un monde à faibles émissions de CO2 se produise, le charbon devra être soit assaini,  dé-carboné,  soit progressivement éliminé.
Quelles sont les alternatives au niveau de l'électricité ?
Les énergies renouvelables joueront un rôle important pour la fabrication d'électricité. L'énergie éolienne, par exemple, peut être rentable dans certaines régions. En Europe comme aux États-Unis, il s'agit de la source d'énergie qui affiche la plus forte croissance ces deux dernières années. Mais le déploiement à grande échelle des technologies, des infrastructures et de la réglementation encadrant ces énergies de substitution devrait prendre plusieurs décennies.
L'énergie nucléaire assure environ 5 % des besoins énergétiques mondiaux et il faudra au moins 10 ans pour que cette proportion commence à augmenter. Compte tenu des questions d'autorisation, de coût et de sécurité, on peut même se poser la question de savoir jusqu'à quel point ce taux augmentera réellement.
Les centrales à charbon pourraient être équipées de dispositifs de capture et de stockage de CO2. -ou CCS mais les difficultés liées à la technologie CCS sont telles que son utilisation commerciale ne pourra voir le jour avant au moins une décennie ou plus. Par ailleurs, une fois établie, cette technologie se traduira par une augmentation substantielle des coûts.
Il existe, bien entendu, une autre option : le gaz naturel. Il s'agit du combustible fossile le plus propre et d'une source d'énergie abondante.
Rapides à construire et relativement peu coûteuses, les centrales à cycle combiné alimentées au gaz naturel peuvent produire de l'électricité avec un rendement de 60 %.
Elles rejettent moins de la moitié des gaz à effet de serre émis par les centrales à charbon conventionnelles par unité d'électricité produite. Grâce à leur souplesse, les centrales à gaz, qui peuvent être rapidement mises en et hors service, offrent un complément intéressant aux énergies renouvelables comme les énergies éolienne ou solaire qui, par nature, manquent de régularité.
À l'échelle mondiale, les ressources de gaz sont estimées à environ 60 ans. Mais les nouvelles technologies - hydro-fracturation, forage horizontal - pourraient ajouter plusieurs décennies à ce chiffre. En 2008, le gaz est le seul combustible fossile dont la consommation a progressé simultanément dans les pays de l'OCDE et hors OCDE.
Si l'utilisation du gaz naturel montait en puissance, nous pourrions fermer et remplacer les centrales à charbon les plus anciennes et les plus polluantes.
Troisième dure réalité : les politiques
La dernière réalité concerne les politiques mises en œuvre.
La transition vers un monde à faibles émissions de CO2 n'aura pas lieu sans l'intervention marquée des pouvoirs publics.
L'intervention politique qui aurait, de loin, le plus gros impact en matière d'énergie serait la fixation d'un prix du CO2. Pour que le marché réponde de façon durable à la demande mondiale croissante en énergie, les pouvoirs publics doivent définir un cadre stable et durable, en commençant par la fixation d'un prix homogène du CO2. Un prix qui soit uniforme quelle que soit la source d'émission, qu'il s'agisse d'une colonne de cheminée ou d'un tuyau d'échappement.
La fixation d'un prix du CO2 renforcera l'attrait des économies d'énergie et la rentabilité des énergies de substitution. Elle permettra également d'orienter en connaissance de cause les investissements en combustibles fossiles et de stimuler les investissements dans les technologies nécessaires à la réduction des émissions de CO2 que ces combustibles rejettent.
On commence déjà à observer ce phénomène en Europe sous l'effet du mécanisme d'échange de droits d'émissions de l'UE, et nous pensons qu'il verra le jour également aux États-Unis.
Cela étant, nous évoluons dans un secteur mondialisé. En toute logique, il faudrait fixer un prix mondial. La question de savoir quels progrès ont été réalisés dans la mise en place de mécanismes permettant de fixer un prix du CO2 à l'échelle mondiale sera déterminante lors des discussions du sommet de Copenhague.
Une fois qu'un objectif clair aura été défini, il faudra faire face à une autre réalité : à lui seul, le prix du CO2 ne suffira pas à remplir cet objectif. Sur le plan politique, le prix du CO2 ne pourra jamais être suffisamment élevé pour modifier certains aspects du comportement des consommateurs. En réalité, pour atteindre le type d'objectif envisagé et faire une réelle différence, le prix du CO2 devra être soutenu, tant par des mesures économiques incitatives que par la réglementation.
En outre, de par son ampleur et sa complexité, cet enjeu spécifique dépasse les mécanismes habituels de l'économie de marché. Pour minimiser le changement climatique et assurer la fiabilité de l'approvisionnement énergétique, il faut que les pouvoirs publics définissent une feuille de route et fixent un cadre au sein duquel les marchés peuvent évoluer.
L'histoire montre que les changements importants dans les marchés énergétiques ne peuvent se faire sans un travail concerté entre politiques publiques et entreprise privée.
Les décisions concernant ces enjeux ne peuvent être reportées indéfiniment. Les mesures que nous prendrons maintenant et au cours des toutes prochaines années seront décisives. Il serait préférable de définir dès à présent les solutions les plus rentables et opérationnelles, comme la promotion de l'efficacité énergétique, l'utilisation du gaz dans la production d'électricité et des biocarburants dans le domaine du transport. Le coût de ces options, qui se justifie aujourd'hui d'un point de vue économique, ne sera pas démesuré pour la planète.
Le problème est complexe et la solution sera formée de multiples éléments : un accord international, des politiques nationales, des mécanismes de transferts technologiques et financiers, un prix du CO2, de nouvelles réglementations, une offre technologique diversifiée, un changement dans les comportements et une recherche permanente de nouvelles possibilités.
Tout cela nécessite une démarche coordonnée, intégrée et pluridisciplinaire, tant dans le déploiement des solutions disponibles aujourd'hui, comme le gaz naturel et l'efficacité énergétique, que dans le développement des solutions de demain.
Pour conclure, les entreprises attendent un signal clair et fort à Copenhague, à la hauteur des enjeux. Elles appellent au monde politique de conclure un accord fort qui contribue à la feuille de route des entreprises pour un développement durable.
Le changement climatique pose un défi mondial social, environnemental et économique qui requiert des transformations profondes sur notre façon de gouverner l'économie mondiale.
Nous devons atteindre des coupes profondes dans nos émissions de gaz à effet de serre.
Un accord ambitieux et contraignant doit procurer au monde économique la clarté et le cadre  nécessaires pour accélérer le virage vers les technologies à faible intensité carbone.
Les objectifs de réductions doivent être fixés de façon réaliste et scientifiquement fondées.
L'énergie présente l'un des plus gros défis du XXIe siècle. Mais nous le relèverons grâce à la qualité de nos décisions politiques, économiques et citoyennes.

"Raréfaction des ressources, réchauffement, mondialisation: la contribution de l'énergie nucléaire à des solutions pour la planète"

 

Jean-Guy DEVEZEAUX de LAVERGNE, Directeur de l'I-tésé

"Raréfaction des ressources, réchauffement, mondialisation: la contribution de l'énergie nucléaire à des solutions pour la planète"

L'exposé mettra l'accent sur les trois points suivants :

1°) les ressources actuelles d'uranium sont de plusieurs dizaines d'années avec les technologies actuelles, au-delà, la surgénération permet des milliers d'années de fonctionnement avec les réserves prouvées

 2°) le nucléaire est capable de contribuer dans des proportions importantes à la diminution des rejets mondiaux de CO2, le nucléaire doit être reconnu, lors du Sommet de Copenhague, comme un outil efficace contre le réchauffement climatique.

3°) le nucléaire français est un des plus performants au monde, la recherche qui est actuellement menée par le CEA avec ses partenaires principaux (EDF et AREVA) est menée pour contribuer à maintenir ce rôle de leader. 

. Fanny BASILE
 
Séminaires Passages de prospective énergétique 2009 - 2011 : Energies, environnement et mondialisation, quels scenarios à horizons 2020 et 2050 ?
Lettre de cadrage du séminaire du 8 décembre 2009
L'horizon 2020 est proche en matière d'énergie, caractérisée par de longs cycles de développement technologique. L'horizon 2050, plus ouvert, permet d'envisager des scénarios plus contrastés. C'est aussi le moment critique, du point de vue climatique comme de celui des ressources.
Si la raréfaction des ressources et la nécessité de prévenir le changement climatique conduisent à minima à amplifier les efforts en matière d'efficacité énergétique, ceux-ci ne seront cependant pas suffisants, à horizon 2050, compte tenu de la croissance forte des besoins, notamment dans les pays émergents et les " BRIC ". Il faudra à la fois développer des technologies moins émettrices de CO2 et des mécanismes économiques incitatifs susceptibles d'orienter la consommation (ménages dans l'habitat et le transport, et entreprises)
Au moment où ces questions vont être débattues dans le cadre de la Conférence de Copenhague, il est intéressant de s'interroger sur les principes qui vont guider les positions nationales et européennes et sur les leviers dont on dispose pour peser sur ces deux horizons 2020 et 2050. Quelles sont les responsabilités de l'Union européenne et des Etats-membres, riches et détenteurs de technologies, vis-à-vis des pays émergents et en développement ? Quelles sont les modalités de coopération Nord/Sud envisageables ? Par ailleurs ainsi que le pose Nicholas Stern, quel prix donnons-nous au futur, au long terme, dans nos choix présents : que pèse l'objectif de sortie de crise et de croissance économique actuelle dans les pays développés au regard des risques futurs et mondiaux ?
Le séminaire n'a pas essentiellement pour objet de discuter des stratégies française ou européenne à Copenhague, mais davantage d'éclairer les variables de choix, les leviers sur lesquels nous pouvons agir en tant qu'Européens pour relever le double défi de l'accès à l'énergie et de la préservation du climat.

. Fanny BASILE

Plutôt que de raréfaction physique des ressources, on devrait évoquer les raréfactions géopolitiques, de même que l'on devrait intégrer les technologies dans les ressources, à coté des matières premières. Il n'y a pas aux horizons temporels envisagés de risque physique sur les ressources, en revanche il y a des tensions sur les hydrocarbures liées aux nationalismes énergétiques, et des freins politiques à l'utilisation de certaines technologies telles le nucléaire dans certains Etats.
Le premier constat est donc qu'il faut faire un usage optimisé des technologies disponibles : technologies décarbonées telles le nucléaire et les énergies renouvelables pour produire de l'électricité notamment. Et pour bénéficier pleinement de ce levier des technologies disponibles, il faut accroître les investissements de R&D publique, orientés vers le long terme - nucléaire de 4ème génération, biocarburants de 2ème génération, CCS...Le nucléaire étant avec l'hydraulique le seul moyen de production massive d'électricité non carbonée, il faut le reconnaître dans les discussions de Copenhague parmi les technologies éligibles aux mécanismes incitatifs et transferts de technologie propres.

Il reste qu'à horizon 2050 les deux tiers de la consommation d'énergie proviendra encore de sources fossiles : charbon, gaz, pétrole. Le deuxième constat est donc qu'il faudra mettre en place des mesures économiques telles une fiscalité du CO2 fixant un prix du CO2 suffisamment élevé pour être incitatif à la réduction de la consommation ou au transfert des sources moins émettrices de gaz à effet de serre. Cela signifie aussi que les politiques doivent donner des signaux clairs et surtout instaurer un cadre réglementaire et fiscal stable permettant les investissements nécessaires de la part des différents acteurs, en particulier les entreprises.
Le troisième constat est que face à un enjeu mondial comme l'est le changement climatique, il faudrait un instrument de gouvernance mondiale telle une Agence mondiale de l'Environnement et de l'Energie dépendant des Nations-Unies pour mettre en oeuvre une régulation globalisée. A défaut, les Etats et les acteurs micro-économiques que sont les entreprises mais aussi les consommateurs ont un rôle essentiel à la fois dans la recherche d'une meilleure efficacité énergétique et d'une réduction de la demande, ainsi que dans l'orientation de leurs choix de consommation.

. Michel DERDEVET
 
Raréfaction des ressources, réchauffement et mondialisation.
Comment réagir à ce triple défi ?
Comment concilier l'augmentation de la demande en énergie avec une réduction significative des émissions de gaz à effet de serre (GES) dans un monde " globalisé " ?
Des millions de personnes ont besoin aujourd'hui d'augmenter leur consommation d'énergie pour alimenter leur développement économique. Mais il devient aussi impératif de réduire nos émissions de GES.
La solution à ces défis réside dans la mise en place d'un modèle de développement durable. Le développement énergétique mondial doit ainsi aller de pair avec la protection de l'environnement et la lutte contre la pauvreté.
A ces défis, trois réponses doivent être apportées pour la mise en place d'un modèle de développement durable :
Une réponse mondiale
La question du réchauffement climatique est un enjeu planétaire. Une solution globale doit donc être apportée. C'est tout l'enjeu de la conférence de Copenhague. De même, remodeler l'ordre économique et financier international et l'adapter aux réalités de ce nouveau siècle paraît nécessaire et seule une solution globale semble envisageable.
Une réponse européenne
La réponse européenne doit être vue comme un devoir de solidarité des pays du Nord envers les pays en développement qui seront les premiers à être touchés par les conséquences du réchauffement climatique et qui, sans l'aide des pays développés, ne seront pas prêts à sacrifier leur développement économique aux enjeux climatiques. L'aide au développement doit devenir une aide durable.
Une réponse technologique
La solution à ce triple défi  passe par l'innovation et le développement des greentech. On parvient ainsi à concilier développement économique, réduction de gaz à effet de serre et préparation à l' " après hydrocarbure ". C'est l'idée de la croissance verte.


. Séminaire 2 : diplomatiques et de prospective énergétique 2009-2011 : Energies, environnement et mondialisation : quels scenarios à horizons 2020 et 2050 ? : Séminaire 2 L'Europe des énergies. Dynamiques nationales, dynamiques communautaires.

 

. André MERLIN

Le but de l'intervention de Monsieur André MERLIN est de souligner le rôle stratégique des réseaux de distribution de transport d'électricité  dans le nouveau contexte de la politique européenne de l'énergie. Le développement du réseau électrique européen envisage  principalement deux directions :
- un réseau européen avec un fort renforcement des interconnexions entre UE les Etats membres et avec les régions voisines
- une mise en œuvre de réseaux plus intelligents principalement dans une région en relation avec la connexion d'une grande quantité de production d'énergie renouvelable et intermittente  décentralisée.
Le but de l'intervention de Monsieur André MERLIN est de souligner le rôle stratégique des réseaux de distribution de transport d'électricité  dans le nouveau contexte de la politique européenne de l'énergie. Le développement du réseau électrique européen envisage  principalement deux directions :
- un réseau européen avec un fort renforcement des interconnexions entre UE les Etats membres et avec les régions voisines
- une mise en œuvre de réseaux plus intelligents principalement dans une région en relation avec la connexion d'une grande quantité de production d'énergie renouvelable et intermittente  décentralisée.

 
SYNOPSIS et TEXTES DES SEMINAIRES
 
Séminaire diplomatique et de prospective énergétique du 16 mars 2010
Compte-rendu
" Après Copenhague, quelle Europe des énergies ? Dynamiques nationales, dynamiques communautaires. "

L'incapacité de l'Union Européenne à se faire entendre lors de la Conférence de Copenhague a pu alimenter l'idée que l'Europe n'est pas le bon échelon pour peser sur la scène énergétique mondiale, ou, pour reprendre le mot de Barack Obama, que " L'Europe n'est pas le problème, et l'Europe n'est pas la solution. "
L'Europe, porteuse d'une vision " Top-Down " volontariste sur les objectifs climatiques, demeure peu audible en matière de politique énergétique tant sont disparates ces politiques au niveau des Etats membres. De ce fait, on pourrait craindre que les contraintes qu'elle s'est imposées, tant sur le plan environnemental que du point de vue des règles de concurrence, risquent de pénaliser son industrie et d'être mal comprises par les opinions publiques.
Compte tenu de la géographie et de l'histoire des différents Etats membres, il est certainement illusoire de chercher à homogénéiser les mix énergétiques. En revanche on pourrait imaginer que la sécurité d'approvisionnement soit davantage traitée au niveau de l'Union, l'Europe étant structurellement déficitaire et dépendante en matière d'énergies fossiles. Quels seraient alors les bénéfices et risques pour l'Union et pour chaque Etat membre d'une approche communautaire de la sécurité d'approvisionnement, et quels en seraient les instruments, à court terme (horizon 2020) et à plus long terme (horizon 2050) ? Par ailleurs, d'un point de vue technique, que peut-on attendre de meilleures interconnexions, de réseaux plus " intelligents " ?
La question de l'intérêt d'une dynamique européenne se pose aussi dans le domaine de l'innovation et de la recherche. Pour crédibiliser son volontarisme en matière de prévention du risque climatique, l'Europe dispose d'atouts en termes de leadership technologique sur les sources d'énergie bas carbone (nucléaire et énergies renouvelables.) On évoque parfois l'hypothèse d'un " Schengen de l'énergie " ou de mécanismes de coopération renforcée pour bénéficier de synergies au niveau communautaire, dans la recherche et le développement (prototypes de nucléaire de 4ème génération, utilisation de l'hydrogène,…) Des instruments, comme le SET Plan,  les plateformes technologiques, existent déjà, quels en sont les apports et limites et que peut-on en attendre à horizons 2020 et 2050 ?
Enfin, au-delà des enjeux technico-économiques, l'Europe des énergies pose aussi la question de la diplomatie de l'Union et des Etats membres face aux grands pays producteurs d'hydrocarbures, ou à plus long terme détenteurs de ressources minérales (uranium.) La difficulté à converger sur l'intérêt des gazoducs Nabucco et Southstream ou encore sur une attitude vis-à-vis de la Russie en sont des illustrations.
A partir de ces questions, six intervenants, diplomates et experts, ont développé leur analyse à partir de leurs champs d'intervention : Christian Masset, Directeur de la Mondialisation et des Partenariats au MAEE, Christian de Boissieu, Professeur et Président du Conseil d'Analyse Economique auprès du Premier Ministre, André Merlin, Président du Conseil International des Grands Réseaux Electriques et Président d'honneur de RTE, Thomas Wriessing, Ministre-Conseiller, Chef du Service Economique de l'Ambassade d'Allemagne, Zoltan Fejes, Conseiller Affaires Européennes à l'Ambassade de Hongrie, et Barbara Nieciak, Conseiller à l'Ambassade de Pologne en France.
En ce qui concerne la politique énergétique européenne, elle s'est appuyée successivement sur trois piliers :
- la compétitivité (thème central dans les années 2000)
- la sécurité énergétique (surtout évoquée depuis 2008)
- la durabilité et la lutte contre le réchauffement climatique (thème culminant notamment lors de la Conférence de Copenhague.)
Aujourd'hui on note un retour à un certain équilibre entre ces composantes. La dimension climat, durabilité est présente dans le Paquet Energie-Climat par lequel l'UE est liée ; la sécurité énergétique est apparue comme un thème majeur lors de la Conférence de Copenhague, avec l'expression des souverainetés nationales. De son côté la Conférence de Paris sur l'accès au nucléaire tenue les 8 et 9 mars 2010 a permis de constater à quel point les pays veulent être maîtres de leur destinée énergétique, le nucléaire étant un outil pour cela. Enfin la question de la compétitivité se pose avec acuité dans le contexte de la crise économique et financière et d'un monde plus complexe qui amènent à parler davantage en termes de coûts/bénéfices ou d'efficacité du mix énergétique.
Aujourd'hui la politique européenne dans le domaine de l'énergie met un fort accent sur la technologie, les financements, la sécurité d'approvisionnement. Quelles priorités aujourd'hui dans le document-phare " Europe 2020 " qui fait suite au Traité de Lisbonne ? Il n'y aura pas de nouveau grand " paquet " énergétique, l'accent est mis davantage sur l'investissement dans les infrastructures, les réseaux intelligents et la R&D avec le SET Plan. Par ailleurs, une politique énergétique extérieure reste encore à construire. De ce point de vue la question des relations Nord/Sud d'une part, de la compétition technologique d'autre part, connaissent une acuité particulière, alors que semble refluer la peur du manque de ressources (théorie du peak-oil), peut-être du fait de la crise économique et financière.
En ce qui concerne l'orientation prise par l'UE dans sa politique énergétique, on peut avoir le sentiment que l'Union s'est trompée de priorités. Ainsi, au cœur des directives énergétiques, la focalisation de la Commission européenne sur la peur des monopoles a bouleversé le paysage. Or la question importante est sans doute moins celle de la concurrence entre opérateurs allemands et français, que celle de la compétitivité des entreprises européennes. L'obsession de la Commission sur les questions de bon fonctionnement du marché de l'énergie a sans doute ralenti des ambitions de coopérer au sein de l'Union.
Le Paquet Energie-Climat de 2008 a constitué un premier geste dans le sens d'engagements précis, avec notamment l'objectif des " 3x20 " qui constitue un slogan mobilisateur pour les opinions publiques.
Sur le mix énergétique, la question est surtout de savoir dans quel sens on va. Le rapport Facteur 4 est sorti quelques mois avant le rapport de N. Stern, la question n'est pas de savoir s'il faut un facteur 4, un facteur 3, mais la direction et les moyens d'y arriver. L'hétérogénéité des mix nationaux pose-t-elle problème ? Sur ce point il faut appliquer le principe de subsidiarité, et se soucier plutôt de la cohérence et de la compatibilité des mix nationaux plus que de leur convergence. Par rapport aux objectifs de limitation du changement climatique, Europe 2020 est une nouvelle manière de regarder l'Agenda de Lisbonne. Si l'Europe veut éviter d'être reléguée par un G2, en sortie de crise il faut faire une politique de l'offre, faire du Schumpeter, pas du Keynes. Il faut faire de la croissance. La technologie est très importante dans la prévention du changement climatique. L'Europe n'a pas le droit à un deuxième échec sur Europe 2020. Sur les financements, dans un contexte très contraint, devrait être possible d'utiliser beaucoup plus qu'on ne le fait la Banque Européenne d'Investissement.
Sur les aspects extra-européens, qu'on n'oublie pas le sujet Union pour la Méditerranée. L'UPM avancera sur des sujets concrets, comme l'énergie et l'environnement.
Par ailleurs l'Europe a été exemplaire en matière d'énergie ; quand on parle d'un marché mondial des permis d'émissions, le système européen n'est pas en retard du tout. Que l'Europe ne soit donc pas trop modeste et puisse faire en sorte que le système ETS soit la base du système mondial.
Enfin dans les débats sur la taxe CO2, il apparaît très difficile de dissocier le volet national du volet extra-européen.
A été évoquée ensuite l'importance des réseaux. Le rôle des réseaux électriques est stratégique dans le cadre de la politique énergétique. Aujourd'hui en Europe comme ailleurs la part des fossiles est prépondérante. Pour 2020 on devrait aller vers un rééquilibrage du mix électrique : un tiers nucléaire, un tiers renouvelables, un tiers fossiles. Ce qui constituerait une évolution très importante par rapport à aujourd'hui et par rapport aux autres régions, et qui aurait un impact important sur les réseaux électriques. Ainsi par exemple, l'éolien est intermittent, et il faut donc disposer d'autres moyens pour pallier ce manque de puissance. Il est nécessaire de renforcer l'intégration des réseaux pour pouvoir intégrer le développement des énergies renouvelables.
On parle aujourd'hui de réseaux à " Ultra-Haute Tension ", et on évoque la possibilité de développer les liaisons intra-continues, les réseaux sous-marins, terrestres. Il faut aussi développer l'interconnexion à la rive sud de la Méditerranée pour exploiter le potentiel des pays du sud en matière d'énergies renouvelables, développer les interconnexions Nord/Sud est l'un des sujets importants dans les mois qui viennent.
Les priorités : développer des grandes infrastructures, et développer l'intelligence dans les réseaux si on développe les énergies décentralisées. C'est un sujet de forte actualité, évoqué par Obama comme par la Chine, et un défi considérable pour l'Europe.
Ont été ensuite évoquées certaines politiques nationales et leur position par rapport à la dynamique européenne.
Ainsi, l'Allemagne a rappelé son choix d'abandonner le nucléaire progressivement. Elle importe 85% de son gaz (25% Norvège, 35% Russie, 25% Pays-Bas). L'Allemagne soutient les trois projets de gazoducs Nabucco, Nord Stream, South Stream. En 2020 sa dépendance énergétique se sera accrue, les renouvelables devant être largement développées. L'efficacité énergétique a été évoquée également comme un des piliers de la politique allemande, avec notamment la réhabilitation du parc immobilier, des diagnostics de performance énergétique, une modification du droit locatif.
La vision de l'Allemagne à 2050 est que les énergies renouvelables joueront un rôle essentiel, notamment l'éolien. Le photovoltaïque sera importé. La part des fossiles sera plus marginale mais exploitée avec un haut rendement. La capture et le stockage du CO2 sera inévitable si l'on veut une électricité faible en CO2.

Pour la Pologne, la sécurité d'approvisionnement est un sujet majeur. Le Traité de Lisbonne renforce la communauté énergétique européenne, et il doit y avoir un esprit de solidarité entre les Etats membres.
Sur le plan international, la règle des " 3x20 " est un défi important pour la Pologne. Celle-ci investit dans le nucléaire - projet de deux centrales nucléaires en 2020 -, dans le développement des énergies renouvelables et dans le CCS-stockage du CO2. Le charbon pourra ainsi continuer à contribuer à la sécurité d'approvisionnement de l'UE.

Pour la Hongrie, il reste aujourd'hui encore beaucoup de possibilités ouvertes à l'Union Européenne dans le domaine énergétique. L'objectif est une meilleure interconnexion des EM entre eux, mais la sécurité énergétique est aussi une question de politique qui doit permettre de parler du partenariat oriental et avec la Russie. L'Union Européenne doit parler d'une seule voix face à la Russie.
Il est extrêmement important d'avoir des interconnexions. La Hongrie a commencé à travailler sur de grands réservoirs de gaz. Il y a des études de faisabilité avec la Slovaquie. Il faut trouver des solutions régionales. Nous souscrivons à la construction du gazoduc Nabucco.
La question est aussi économique : la construction des réseaux coûte cher, qui va payer ?
Le débat a donné lieu à l'expression de nombreuses interrogations et suggestions, parmi lesquelles :
- Si l'Union Européenne a du mal à parler d'une seule voix sur le nucléaire, pourquoi ne pas promouvoir l'idée d'un objectif de développement des énergies renouvelables accompagné d'un libre choix pour les Etats membres d'arbitrer entre EnR et renouvelables pour la production d'électricité bas carbone ?
- Pourquoi ne pas développer des mécanismes de financement innovants, avec par exemple le concours de la BEI, pour des projets d'investissement difficiles à financer par des petits pays, comme par exemple le remplacement de la centrale d'Ignalina ?
- Comment concilier des mix énergétiques différents et une homogénéité des prix de l'énergie au sein de l'UE ? Le nucléaire est moins cher que les renouvelables ou le charbon + CCS, si on augmente les interconnexions comment assurer une péréquation équitable ?
- L'Union Européenne a développé des mécanismes innovants (ETS) et un programme ambitieux en matière d'objectif de limitation des émissions de CO2 et d'énergies bas carbone, elle doit pouvoir revendiquer cette exemplarité sur la scène internationale.
Le prochain séminaire de prospective énergétique, le mardi 15 juin, s'inscrira dans une certaine continuité puisqu'il traitera de " la Russie, puissance énergétique et diplomatique, quels partenariats possibles avec l'Europe ? " Avec la participation de SEM Alexandre Orlov, Ambassadeur de la Fédération de Russie en France (keynote speaker), Bruno Lescoeur, Directeur Général Adjoint en charge des activités gazières du groupe EDF, Hervé Mariton, Député, président des Amitiés France-Russie à l'Assemblée Nationale, Patrice Bernard, Conseiller Nucléaire auprès de l'Ambassade de France à Moscou, Michel Riwkin, Professeur à l'Université de New York, Alexandre Melnik, Professeur de Géopolitique à l'ICN, Arnaud Dubien, Directeur de Recherches Russie/CEI à l'IRIS.
Séminaire du 15 juin 2010
. Synopsis du Dr. Alexandre MELNIK
Professeur Associé - Responsable du Programme Magistratura ICN Business School

"La puissance énergétique de la Russie formate et appuie, actuellement, le concept diplomatique russe vis-à-vis de l'EU, laquelle - héritage du passé de la géopolitique du XX siècle et faute de stratégie enérgétique commune - se retrouve en dépendance croissante par rapport aux livraisons de gaz russe. Du coup, la Russie, tiraillée de l'intérieur par des tendances nationalistes et anti-occidentales, a tendance à utiliser cette dépendance européenne comme un outil de pression politique sur les pays - membres de l'UE, en les divisant par un réseau de nouveaux gazoducs (North Stream et South Stream) qui contournent les pays de la "nouvelle "Europe" (anciens satellites de l'ex-URSS), au bénéfice des la "vieille Europe" (Allemagne, France, Italie). Cette "guerre de gazoducs" est préjudiciable à la consolidation de l'UE, et ce, à un moment, où cette dernière cherche à se positionner sur l'échiquier géopolitique du XXI siècle comme un acteur clé de la mondialisation. A l'inverse, la Russie réalise également que l'actuelle orientation unilatérale de sa stratégie énergétique, axée sur l'EU, risque de présenter une fragilité à long terme. Par conséquent, la diversification de ses exportations énergétiques, en premier lieu, vers la Chine, est désormais à l'ordre du jour du Kremlin.
Dans ce contexte, les deux protagonistes - UE et Russie - doivent trouver, dans les meilleurs délais, un modus vivendi en matière énergétique, si possible, sur la base du modèle "win - win". Quelles sont les pistes qui s'esquissent en ce sens ? Comment cette diplomatie énergétique peut - elle promouvoir des partenariats politiques entre l'EU et la Russie ? Dans quels domaines ? Et in fine - vers quel paradigme de relations entre L'Union européenne et la Russie serait-il judicieux de s'acheminer ? Quelle stratégie de la Russie les décideurs européens doivent - ils adopter ?"
 
 
. Patrick HAAS
 
Pour ma part, je vais vous apporter le point de vue d'un groupe international, plongé depuis ses origines,  il y a 100 ans dans ce " triangle infernal " du spectre de la raréfaction, de l'environnement et de la mondialisation.
A l'origine BP a pris son essor grâce à la découverte d'un vaste gisement de pétrole en " Perse ", territoire dont nous avions obtenu l'ensemble des droits d'exploration en 1908. Quelques décennies plus tard, nous avons perdu l'accès à ce territoire lors des vagues de nationalisations qui nous ont aussi fait sortir de pays tels que la Lybie et l'Irak notamment…..d'où la pertinence de la dimension " diplomatique " de ce séminaire….
Il y a 100 ans certains parlaient déjà de l'épuisement des réserves de pétrole alors que l'industrie n'en était qu'à ses premiers balbutiements !
Dans les années 1970 avec le Club de Rome, certains scientifiques parlaient avec certitude de l'imminence de l'épuisement définitif des réserves de pétrole et de gaz, puisqu'en 1970, les réserves prouvées étaient estimées à environ 30 ans.
Depuis 1970, la consommation mondiale de pétrole a augmenté de 42%  (passant de 55 MBJ à 78 MBJ) et pourtant au cours de ces quatre dernières décennies, les réserves pétrolières ont été plus que reconstituées puisqu'elles s'établissent actuellement à plus de 42 ans de consommation future,  à 170 milliards de tonnes contre 83 milliards en 1973.
Ces chiffres excluent  les pétroles type schistes bitumineux disponibles en très vastes quantités au Canada notamment.
Ces quelques statistiques sont là pour souligner que le problème énergétique n'est pas uniquement lié à  la seule dimension " géologique " mais plutôt à  la répartition géopolitique des réserves dans un nombre limité de pays souverains et de l'accès à ces réserves, mais aussi à la contrainte C02 qui devient aujourd'hui centrale sur nos tableaux de bord à tous. 
En règle générale, qui dit contrainte dit aussi opportunité.
Bien que les entreprises ne prennent pas directement part aux négociations  mondiales sur le changement climatique à Copenhague,  elles sont au premier chef concernées.
Pour les entreprises, toutes les entreprises,  il est en effet vital de comprendre les réalités économiques,  sociales et environnementales des énergies qu'elles utilisent - il en va de leur compétitivité et de leur capacité à prendre les bons virages et technologiques.
Les groupes énergétiques, comme celui que je représente, sont doublement concernés par la demande et l'offre d'énergies et donc au coeur du problème du changement climatique et du développement durable mais aussi au coeur des solutions à trouver et à mettre en oeuvre.
A nos yeux, le défi climat-énergie ne pourra se résoudre qu'avec la contribution la conjugaison des efforts de 3 grands types d'acteurs - entreprises, consommateurs et pouvoirs publics.
Cette action sera déployée aux niveaux international, local et individuel.
Les  négociations climatiques de Copenhague représentent la dimension globale du puzzle.
Les questions complexes liées à l'énergie et à l'environnement nécessitent des solutions  logiques, méthodiques et réalistes. Pas des solutions répondant à tel ou tel effet de mode du moment !
Les enjeux en matière d'énergie durable se divisent en trois problématiques distinctes :
Premièrement,  comment satisfaire la demande mondiale croissante en énergie face au développement économique et humain espéré ? En particulier, comment satisfaire le désir des populations des économies émergentes d'atteindre le niveau de vie que nous considérons normal dans les économies occidentales développées.
Deuxièmement, comment répondre à cette demande de façon durable sur le plan environnemental ?
Troisièmement, comment assurer la fiabilité de l'approvisionnement énergétique dans un monde présentant un déséquilibre entre les régions de production d'énergie et les régions de consommation, et où l'approvisionnement est de plus en plus concentré dans un nombre restreint de régions-clés ?
Les trois enjeux sont donc : l'accès pour tous, le développement durable et la sécurité d'approvisionnement. Notre avenir énergétique repose sur ces trois facteurs.
La recherche de solutions doit être fondée sur des hypothèses réalistes à l'égard de ce qu'il est possible et impossible de faire.
Ces réalités couvrent trois domaines :
o L'offre et la demande énergétiques ;
o Les possibilités offertes par les technologies ;
o Les règles fixées par les pouvoirs publics.
Première réalité : l'offre et la demande énergétiques
Le point de départ de toute analyse énergétique doit être l'ampleur de la demande. Nous prévoyons une demande croissante et solide durant les prochaines décennies, sous l'impulsion de l'extraordinaire transformation économique de la Chine, de l'Inde et d'autres pays en développement. Chaque année la planète accueille 200 millions nouveaux citoyens.
La demande en énergie devrait progresser d'environ 45 % d'ici à 2030, ce qui revient à ajouter l'équivalent de deux États-Unis supplémentaires à la consommation mondiale. Pour satisfaire cette croissance de la demande, les investissements nécessaires devront atteindre entre 25 000 et 30 000 milliards de dollars, soit 1000 milliards de dollars par an.
S'agissant d'approvisionnements pétroliers, la production mondiale actuellement d'environ 85 millions de barils par jour devra passer à environ 100 millions par jour d'ici à 2030.
Plus de la moitié de ce total, soit près de 50 millions de barils par jour, devra provenir de sources nouvelles en raison de l'épuisement des gisements existants et de la croissance de la demande. Ce qui revient à ajouter quatre Arabies Saoudites supplémentaires aux capacités mondiales de production.
Ces projections reposent sur l'hypothèse non seulement d'une poursuite, mais d'un resserrement des politiques actuelles encourageant la réduction des émissions. Malgré cela, jusqu'à 80 % des besoins en énergie devraient être alimentés par les combustibles fossiles en 2030. Ceci s'explique par l'envergure considérable du secteur énergétique mondial, par la  durée de vie et la lenteur intrinsèque de renouvellement des équipements comme les centrales électriques, et par les longs délais de mise en œuvre nécessaires pour développer à grande échelle certains actifs comme les installations nucléaires ou les énergies renouvelables.
Si vous examinez les projections de l'AIE, vous noterez que même les scénarios les plus radicaux en matière de réduction des émissions prévoient que les combustibles fossiles satisferont environ les deux tiers des besoins en énergie en 2030.
Les énergies renouvelables sont une composante essentielle de l'offre énergétique future. BP soutient cet objectif en investissant massivement dans l'éolien, le solaire et les biocarburants. Mais la dure réalité est qu'à l'heure actuelle, l'ensemble des énergies éolienne, solaire, marémotrice et géothermique ne représente qu'environ 1 % de la consommation totale. En ce qui concerne l'avenir, même en se basant sur les scénarios les plus radicaux de l'AIE, ces sources d'énergie ne satisferont que 5 % de la demande totale en 2030.
Tels sont donc les paramètres au sein desquels nous devons évoluer. Rien ne sert de prétendre que les combustibles fossiles puissent être tout simplement mis au rebut, ou que les énergies renouvelables vont tout à coup connaître l'effet boule de neige qu'a connu l'Internet il y a 10 ans. Aux limites en termes de capacités physiques s'ajoutent celles d'ordre technique et économique que nul ne peut ignorer.
Deuxième réalité : les outils et les technologies
Deuxième réalité qu'il nous faut confronter : les outils et les technologies dont nous disposons. Comme nous venons de voir, la solution ne peut résider dans la substitution intégrale des hydrocarbures par des énergies renouvelables. Mais elle ne réside pas non plus dans la seule énergie nucléaire, la seule capture de CO2, les seuls biocarburants ou encore les seuls véhicules électriques. Ces différentes technologies sont souvent présentées comme symbolisant " l'avenir ". Mais il n'existe aucune solution-miracle unique.
L'avenir de l'énergie ne sera pas assuré par une solution miracle, mais par une offre diversifiée.
Cette offre se composera d'une gamme d'énergies diverses adaptées aux besoins en carburant, électricité et chaleur. À l'heure actuelle, les projecteurs semblent passer d'une technologie nouvelle à l'autre, au risque de négliger certaines solutions de base pleines de bon sens.
Tout d'abord, quasiment toutes les analyses de réduction des émissions de gaz à effet de serre présentent l'efficacité énergétique (ou les économies d'énergie)  comme étant la plus grande source de réduction. Cette réponse n'est peut-être pas la plus séduisante médiatiquement, mais les solutions pragmatiques sont souvent les meilleures.
Une étude de l'Institut McKinsey Global suggère que l'énergie utilisée pourrait être réduite de plus d'un cinquième d'ici à 2020 et que 8 milliards de tonnes d'émissions de gaz à effet de serre pourraient être évitées par le biais d'investissements en efficacité énergétique qui seraient plus que rentables.
La propre analyse de BP corrobore cette thèse. Dans le domaine du transport, par exemple, l'accroissement de l'efficacité du moteur à explosion peut réduire de quelque 25 % les émissions de CO2. L'utilisation de véhicules entièrement hybrides peut en réduire 25 % supplémentaires. Il s'agit donc d'une orientation possible et nous sommes heureux de constater que les autorités notamment américaines s'engagent dans cette voie en prenant des mesures visant à améliorer le rendement énergétique des véhicules.
Dans la mesure où les émissions de gaz à effet de serre sont rejetées à différentes étapes du cycle de vie, il faut examiner chaque type de véhicule et de carburant de façon individuelle.
Les biocarburants émettent des gaz d'échappement, mais les émissions sont compensées en amont dans la mesure où leurs matières premières absorbent le CO2.
Les véhicules électriques ne rejettent pas de gaz d'échappement, mais ils rejettent des émissions en amont car ils dépendent des centrales électriques. Ces véhicules électriques sont prometteurs, mais ils ne parviendront pas à réduire de façon significative l'empreinte carbone du transport si la source d'énergie elle-même n'est pas " décarbonisée ".
Les biocarburants sont au cœur d'un débat qui, lui aussi, présente des risques d'égarement. Le caractère  " durable " des biocarburants suscite naturellement un certain nombre de préoccupations. Font-ils concurrence aux produits alimentaires ? Leur production est-elle néfaste aux écosystèmes ? La réponse est " tout dépend du biocarburant ".
Il en existe une large gamme : certains sont néfastes d'autres bénéfiques. Ces nouveaux biocarburants ont le potentiel d'apporter une excellente réponse aux problèmes d'accès, de développement durable et de sécurité d'approvisionnement. Ils bénéficient de hauts rendements énergétiques et n'entrent pas en concurrence avec les produits alimentaires. Ils constituent une alternative locale à l'importation de pétrole avec le potentiel, non seulement de réduire les émissions, mais d'être un facteur d'absorption nette de CO2.
Nous pensons que les biocarburants avancés prendront une importance significative au cours des prochaines années et qu'ils pourraient représenter près de 10 % du total des carburants de transport d'ici à 2030, et jusqu'à 20 % des essences aux États-Unis.
Le transport n'est qu'un aspect de la situation globale. Il se caractérise par des millions de petites unités mobiles dont la durée de vie est limitée à une décennie. L'électricité représente l'utilisation d'actifs statiques relativement importants dont la durée de vie peut atteindre 40 ou 50 ans.
Aux États-Unis, la centrale à charbon moyenne a été construite en 1964 ; le charbon reste de loin la source d'énergie la plus importante dans la production d'électricité aux États-Unis.
Pourtant, la dure réalité est que, parmi les sources d'énergie les plus utilisées, le charbon est celle qui affiche la plus forte intensité carbone. Aux États-Unis, le charbon produit 50 % de l'électricité, mais également 80 % des émissions de CO2 qui en résultent. Pour qu'une réelle transition vers un monde à faibles émissions de CO2 se produise, le charbon devra être soit assaini,  dé-carboné,  soit progressivement éliminé.
Quelles sont les alternatives au niveau de l'électricité ?
Les énergies renouvelables joueront un rôle important pour la fabrication d'électricité. L'énergie éolienne, par exemple, peut être rentable dans certaines régions. En Europe comme aux États-Unis, il s'agit de la source d'énergie qui affiche la plus forte croissance ces deux dernières années. Mais le déploiement à grande échelle des technologies, des infrastructures et de la réglementation encadrant ces énergies de substitution devrait prendre plusieurs décennies.
L'énergie nucléaire assure environ 5 % des besoins énergétiques mondiaux et il faudra au moins 10 ans pour que cette proportion commence à augmenter. Compte tenu des questions d'autorisation, de coût et de sécurité, on peut même se poser la question de savoir jusqu'à quel point ce taux augmentera réellement.
Les centrales à charbon pourraient être équipées de dispositifs de capture et de stockage de CO2. -ou CCS mais les difficultés liées à la technologie CCS sont telles que son utilisation commerciale ne pourra voir le jour avant au moins une décennie ou plus. Par ailleurs, une fois établie, cette technologie se traduira par une augmentation substantielle des coûts.
Il existe, bien entendu, une autre option : le gaz naturel. Il s'agit du combustible fossile le plus propre et d'une source d'énergie abondante.
Rapides à construire et relativement peu coûteuses, les centrales à cycle combiné alimentées au gaz naturel peuvent produire de l'électricité avec un rendement de 60 %.
Elles rejettent moins de la moitié des gaz à effet de serre émis par les centrales à charbon conventionnelles par unité d'électricité produite. Grâce à leur souplesse, les centrales à gaz, qui peuvent être rapidement mises en et hors service, offrent un complément intéressant aux énergies renouvelables comme les énergies éolienne ou solaire qui, par nature, manquent de régularité.
À l'échelle mondiale, les ressources de gaz sont estimées à environ 60 ans. Mais les nouvelles technologies - hydro-fracturation, forage horizontal - pourraient ajouter plusieurs décennies à ce chiffre. En 2008, le gaz est le seul combustible fossile dont la consommation a progressé simultanément dans les pays de l'OCDE et hors OCDE.
Si l'utilisation du gaz naturel montait en puissance, nous pourrions fermer et remplacer les centrales à charbon les plus anciennes et les plus polluantes.
Troisième dure réalité : les politiques
La dernière réalité concerne les politiques mises en œuvre.
La transition vers un monde à faibles émissions de CO2 n'aura pas lieu sans l'intervention marquée des pouvoirs publics.
L'intervention politique qui aurait, de loin, le plus gros impact en matière d'énergie serait la fixation d'un prix du CO2. Pour que le marché réponde de façon durable à la demande mondiale croissante en énergie, les pouvoirs publics doivent définir un cadre stable et durable, en commençant par la fixation d'un prix homogène du CO2. Un prix qui soit uniforme quelle que soit la source d'émission, qu'il s'agisse d'une colonne de cheminée ou d'un tuyau d'échappement.
La fixation d'un prix du CO2 renforcera l'attrait des économies d'énergie et la rentabilité des énergies de substitution. Elle permettra également d'orienter en connaissance de cause les investissements en combustibles fossiles et de stimuler les investissements dans les technologies nécessaires à la réduction des émissions de CO2 que ces combustibles rejettent.
On commence déjà à observer ce phénomène en Europe sous l'effet du mécanisme d'échange de droits d'émissions de l'UE, et nous pensons qu'il verra le jour également aux États-Unis.
Cela étant, nous évoluons dans un secteur mondialisé. En toute logique, il faudrait fixer un prix mondial. La question de savoir quels progrès ont été réalisés dans la mise en place de mécanismes permettant de fixer un prix du CO2 à l'échelle mondiale sera déterminante lors des discussions du sommet de Copenhague.
Une fois qu'un objectif clair aura été défini, il faudra faire face à une autre réalité : à lui seul, le prix du CO2 ne suffira pas à remplir cet objectif. Sur le plan politique, le prix du CO2 ne pourra jamais être suffisamment élevé pour modifier certains aspects du comportement des consommateurs. En réalité, pour atteindre le type d'objectif envisagé et faire une réelle différence, le prix du CO2 devra être soutenu, tant par des mesures économiques incitatives que par la réglementation.
En outre, de par son ampleur et sa complexité, cet enjeu spécifique dépasse les mécanismes habituels de l'économie de marché. Pour minimiser le changement climatique et assurer la fiabilité de l'approvisionnement énergétique, il faut que les pouvoirs publics définissent une feuille de route et fixent un cadre au sein duquel les marchés peuvent évoluer.
L'histoire montre que les changements importants dans les marchés énergétiques ne peuvent se faire sans un travail concerté entre politiques publiques et entreprise privée.
Les décisions concernant ces enjeux ne peuvent être reportées indéfiniment. Les mesures que nous prendrons maintenant et au cours des toutes prochaines années seront décisives. Il serait préférable de définir dès à présent les solutions les plus rentables et opérationnelles, comme la promotion de l'efficacité énergétique, l'utilisation du gaz dans la production d'électricité et des biocarburants dans le domaine du transport. Le coût de ces options, qui se justifie aujourd'hui d'un point de vue économique, ne sera pas démesuré pour la planète.
Le problème est complexe et la solution sera formée de multiples éléments : un accord international, des politiques nationales, des mécanismes de transferts technologiques et financiers, un prix du CO2, de nouvelles réglementations, une offre technologique diversifiée, un changement dans les comportements et une recherche permanente de nouvelles possibilités.
Tout cela nécessite une démarche coordonnée, intégrée et pluridisciplinaire, tant dans le déploiement des solutions disponibles aujourd'hui, comme le gaz naturel et l'efficacité énergétique, que dans le développement des solutions de demain.
Pour conclure, les entreprises attendent un signal clair et fort à Copenhague, à la hauteur des enjeux. Elles appellent au monde politique de conclure un accord fort qui contribue à la feuille de route des entreprises pour un développement durable.
Le changement climatique pose un défi mondial social, environnemental et économique qui requiert des transformations profondes sur notre façon de gouverner l'économie mondiale.
Nous devons atteindre des coupes profondes dans nos émissions de gaz à effet de serre.
Un accord ambitieux et contraignant doit procurer au monde économique la clarté et le cadre  nécessaires pour accélérer le virage vers les technologies à faible intensité carbone.
Les objectifs de réductions doivent être fixés de façon réaliste et scientifiquement fondées.
L'énergie présente l'un des plus gros défis du XXIe siècle. Mais nous le relèverons grâce à la qualité de nos décisions politiques, économiques et citoyennes.