|
8ème Forum
Mondial du Développement Durable
Marcoussis
du 24 au 26 juin 2010
En partenariat avec la
Direction générale de la mondialisation, du développement et des
partenariats - Ministère des Affaires étrangères et européennes
TERRITOIRES ET
COOPERATION DÉCENTRALISÉE
Collectivités - Souverainetés - Enjeux
géostratégiques
Cahier des Synopsis et textes
d'orientation
24 juin Les nouveaux
enjeux du développement
Faire face au défi alimentaire et aux enjeux fonciers
dans le monde - comment nourrir 6,5 et bientôt 9 milliards d'habitants ?
(S1)
Texte d'orientation
Liée à l'histoire de l'humanité, la maîtrise de l'alimentation
constitue un enjeu majeur pour toutes les sociétés humaines. " Du pain et des
jeux ! " de l'Empire Romain à l'objectif du Millénaire " éliminer l'extrême
pauvreté et la faim… ", la cible pour l'année 2015 s'affirme : " réduire de
moitié, entre 1990 et 2015, la proportion de la population souffrant de la faim
". Depuis plusieurs siècles, l'évolution importante des techniques (traction
animale, puis motorisée, sélection et croisement des semences, utilisation
d'intrants et de pesticides) a permis une forte augmentation de la productivité
agricole. La modification de l'organisation sociale de l'agriculture (accès à la
terre, organisation du système de prix et de salaires, mesures de protection)
offre la capacité technique de pouvoir nourrir les 6,5 milliards d'habitants.
Cependant, 1,1 milliard d'habitants dont 800 millions de paysans pauvres
subissent sans cesse la menace de la faim. L'objectif du Millénaire pour le
développement est loin d'être atteint. Il a même régressé depuis deux ans dans
certaines régions du monde. A cette pauvreté endémique s'ajoute une menace
écologique grandissante, liée aux techniques de haut rendement. Une crise
géopolitique majeure pourrait alors surgir comme en témoignent les terribles
émeutes de la faim de 2008.
Enjeu social
La mondialisation libérale des échanges dans le cadre du GATT
puis de l'OMC (abaissement des droits de douane), et les traités bilatéraux
négociés par l'Union européenne organisent la mise en concurrence entre les
produits cultivés et l'ensemble des paysanneries de la planète. Les différences
de productivité varient de 1 à 500 entre les territoires, du fait de la
fertilité des sols et des conditions climatiques mais aussi des techniques
utilisées. Désormais, sur les marchés de Bamako les poulets brésiliens se
vendent moins chers que l'élevage local. Pour 2,5 milliards de femmes et
d'hommes, soit 40% de la population mondiale, l'agriculture demeure la
principale source d'activités et de revenus. Les paysans ne bénéficiant pas de
mesures de protection pour écouler leur production et de garanties sur leurs
prix, restent condamnés à la misère, à la faim, et à l'exode rural. Ils
rejoignent alors les immenses réserves de main-d'œuvre sous-payée pour
l'industrie ou le tertiaire et s'entassent à la périphérie des mégalopoles
mondiales dans d'ignobles bidonvilles surpeuplés.
Menace écologique
L'agriculture interroge la question de la fertilité des sols.
Les techniques capitalistes combinant l'utilisation massive d'engrais et de
pesticides, et désormais les modifications génétiques, conduisent à l'apparition
de graves dangers écologiques : pollution des nappes phréatiques, menaces pour
la biodiversité, risques de santé publique, baisse de la fertilité des
territoires. Par le truchement des révolutions agricoles nationales et des
accords d'exploitation confiés au secteur de l'agro-business, ces techniques
s'imposent de plus en plus dans les pays en développement. A l'autre bout de la
chaîne, certaines technicités ancestrales, comme le brûlis, se révèlent
également désastreuses pour les sols. De facto, le réchauffement climatique
contraint à repenser les usages traditionnels.
Crise géopolitique
Sans changement notable des règles appliquées, cette
situation s'aggravera. Si la productivité agricole a augmenté pour
répondre aux besoins nutritionnels de 1 à 6,5 milliards d'habitants en deux
siècles, le passage à 9 milliards d'individus prévu à l'horizon de 2050 se
trouvera complexifié par la raréfaction de certaines ressources : eau, sols,
énergie. La pollution, l'érosion, la baisse de fertilité et les usages
concurrentiels des sols réduisent les surfaces cultivables. Les émeutes de 2008
ont rappelé à l'ensemble des nations la nécessité d'assurer l'autosuffisance de
leurs populations, au prix d'un nouveau marchandage des terres.
Face à ces défis, plusieurs questions émergent
Quelles techniques agricoles permettent-elles l'augmentation de
la productivité et la régénération des sols ? Quelles complémentarités
rechercher entre les techniques modernes et les savoir-faire adaptés aux
écosystèmes locaux ? Les pays peuvent-ils se passer de leur paysannerie et
absorber un exode rural aussi important que ceux du Nord ? Si non, quelles
politiques s'imposeront pour garantir un accès à la terre, et des prix ou
salaires rémunérateurs pour 3 milliards de paysans ? Quel système de
régulation internationale et régionale pour éviter que la course à
l'autosuffisance alimentaire ne mène la planète vers de nouveaux conflits ? Quel
peut être un nouveau droit international pour la souveraineté alimentaire,
l'autosuffisance nationale ou régionale, permettant de réduire les termes du
libre-échange ? Eminemment locale, l'agriculture souffre de sa
mondialisation, celle des modes de production et de consommation. Comment la
coopération décentralisée peut-elle permettre de nouvelles donnes ?
Synopsis
* Marc Dufumier, professeur à AgroParisTech
Membre du comité de veille écologique de la Fondation
Hulot
L'accaparement des terres agricoles, une menace pour la sécurité
alimentaire
La hausse vertigineuse des produits alimentaires observée en
2007/2008 n'a pas été pour rien dans la ruée sur les terres arables dont
plusieurs gouvernements et de grands trusts multinationaux ont été récemment les
auteurs. À défaut de pouvoir s'approvisionner aisément sur les marchés des
produits agricoles, ces derniers préfèrent s'assurer un accès direct au foncier
agricole en territoire étranger. Certes, ce phénomène d'accaparement de terres
n'est pas nouveau, comme en témoignent les plantations d'hévéas acquises par
Michelin au Nigeria et au Brésil, les palmeraies détenues par Unilever au
Cameroun ou encore les bananeraies contrôlées par l'United Brands en Amérique
centrale. La nouveauté concerne les transactions actuelles d'immenses
superficies destinées à des cultures alimentaires ou des agro-carburants :
terres à blé en Ukraine et au Kazakhstan, rizières du Soudan et du Mali,
terrains destinés à la production de maïs ou de palmiers à huile à Madagascar…
Cette course à la terre est révélatrice de l'inquiétude affectant les
gouvernements des pays surpeuplés (Chine, Inde, Corée du Sud) ou déficitaires en
céréales (Moyen-Orient) en ce qui concerne la sécurité de leurs
approvisionnements en produits vivriers et énergétiques. Elle illustre également
le mépris affiché par les gouvernements des pays d'accueil à l'égard de leurs
propres paysanneries, considérées comme incapables de progresser et de
satisfaire les besoins nationaux. Cette cession de terrains agricoles à des
investisseurs étrangers se réalise au détriment des populations paysannes
sédentaires, enracinés sur ces territoires, sans que des mesures compensatrices
à leur éviction ne soient envisagées... Il semble illusoire de croire que
les nouveaux détenteurs du foncier agricole vont créer de nombreux emplois et
embaucher les paysans dépossédés de leurs terres. L'expérience des exploitations
latifundiaires d'Afrique australe et d'Amérique latine souligne la priorité
faite aux machines. Ces exploitants choisissent des systèmes de culture ou
d'élevage peu intensifs en travail humain : plantations arboricoles, monoculture
de soja, ranchs d'élevage pastoral extensif. Ainsi en est-il encore au Brésil,
en Amérique centrale et en Afrique du Sud, où les campagnes restent dominées par
des structures agraires inégalitaires. De nombreux propriétaires fonciers
absentéistes (avocats, médecins, industriels, spéculateurs) investissent
faiblement et créent guère d'emplois pour les paysans sans terre. Ces régions
ont connu une urbanisation des plus rapides. L'afflux des pauvres originaires
des campagnes vers les villes n'a pas entrainé de création d'emplois dans les
bidonvilles qui subissent aujourd'hui une insécurité croissante.
L'effet désastreux de la grande propriété
De façon à augmenter au plus vite leur taux de profit, les
grands propriétaires fonciers n'ont pas intérêt à diversifier leur production
agricole. Ils s'efforcent de spécialiser au mieux leurs systèmes de culture ou
d'élevage, de façon à amortir rapidement les investissements réalisés dans
l'achat d'équipements ou l'aménagement d'infrastructures. A l'opposé des grandes
exploitations capitalistes riches de nombreux salariés, dans l'agriculture
paysanne artisanale le chef de famille met directement ses terres en valeur et
gère son assolement et ses ateliers d'élevage. Le paysan cherche à gérer au
mieux l'emploi de sa propre force de travail en échelonnant souvent ses travaux
tout au long de l'année, en essayant d'éviter les périodes de trop grandes
pointes de travail et celles de relatif sous-emploi. Il s'agit là d'une
agriculture enracinée dans un " pays ", les hommes manifestant une connaissance
de leur terroir et le respect de l'environnement. Cette tradition s'observe dans
la plupart des pays d'Asie orientale et du Sud-est où les paysans détiennent
leurs terres agricoles en toute sécurité. Dans ces pays, la " révolution verte "
a commencé avec l'emploi de nouvelles variétés de riz à haut potentiel génétique
de rendement et des pratiques agricoles intensives. L'essor des revenus
agricoles a conduit à l'élargissement d'un marché intérieur homogène. Les
paysans furent capables de vendre leurs surplus de riz et d'acheter des produits
manufacturés, favorisant ainsi le processus d'industrialisation.
Les conséquences de la concurrence
Les performances de l'agriculture paysanne ne doivent pas faire
oublier les problèmes pouvant résulter de son développement en économie de
marché et en concurrence, avec des conséquences dramatiques dans les pays du
Sud. Equipé d'une bêche traditionnelle et d'un araire tiré par des bœufs, un
petit producteur de blé de la cordillère des Andes ne peut guère travailler plus
d'un demi-hectare par actif et par an, avec un rendement d'une tonne de grains à
l'hectare. Son concurrent du Middle West américain disposant d'un tracteur et de
multiples engins mécanisés exploite en solitaire jusqu'à cent hectares, espérant
obtenir des rendements de plus de cinq tonnes à l'hectare. Pour vendre son blé
au même prix que son concurrent sur le marché de Lima, le paysan péruvien est
contraint d'accepter une rémunération de son travail 200 fois inférieure à celui
du farmer américain. Ainsi, les paysanneries sous-équipées du Sud ne parviennent
plus à satisfaire les besoins alimentaires de leurs pays. Plutôt que d'offrir
leurs terres à de grandes compagnies étrangères et d'expulser les paysans vers
les mégapoles, les gouvernements devraient protéger leurs agricultures vivrières
par des droits de douanes conséquents et d'aider les paysans à s'équiper pour la
mise en œuvre d'une agriculture davantage productive, mais aussi respectueuse de
l'environnement.
* Sujiro Seam, Sous-directeur de la sécurité alimentaire et du
développement économique, Ministère des Affaires
étrangères et européennes, Direction générale de la
mondialisation, du développement et des partenariats, Direction des biens public
mondiaux
Pour faire face au défi de nourrir neuf milliards d'habitants en
2050, la France s'est engagée dans la mise en œuvre d'un partenariat mondial
pour l'agriculture, la sécurité alimentaire et la nutrition. De
quoi s'agit-il ? L'idée a été lancée par le Président de la République à Rome en
juin 2008. Ce partenariat s'articule autour de trois piliers : - gouvernance
et cohérence des politiques, dans le cadre d'une approche intégrée de la
sécurité alimentaire dans ses quatre composantes (disponibilité, accessibilité,
qualité et stabilité) - connaissance et expertise pour apporter un éclairage
scientifique sur les choix politiques et mobiliser la recherche pour trouver les
solutions de demain ; - finances, pour inverser la tendance à la baisse des
investissements dans l'agriculture, la sécurité alimentaire et la nutrition.
Où en sommes-nous ? Le partenariat a progressé depuis deux ans,
marqué par des événements importants comme le Sommet du G8 de L'Aquila et le
Sommet mondial sur la sécurité alimentaire : - réforme du comité de la
sécurité alimentaire mondiale, - création d'un groupe d'experts sur la
sécurité alimentaire et mise en œuvre de la réforme du groupe consultatif sur la
recherche agricole internationale, - annonces d'engagements budgétaires à
hauteur de 20 milliards de dollars dans le cadre du Sommet du G8 de
L'Aquila. Quelles sont les perspectives à l'approche de
nouvelles échéances : - achever la réforme de la gouvernance mondiale sur la
nutrition et l'assistance alimentaire - traiter des grands défis liés à la
volatilité des prix - œuvrer à la cohérence des politiques pour
l'agriculture, la sécurité alimentaire et la nutrition - mobiliser la
recherche et l'expertise française - assurer le suivi des engagements
budgétaires de l'Aquila - promouvoir des modes de financement
innovant.
* Christian Velot, docteur en biologie, maître de
conférences en génétique moléculaire à l'université Paris-Sud
Nous sommes depuis des décennies dans une politique de fuite en
avant. L'agriculture intensive génère de graves problèmes environnementaux que
l'on prétend résoudre en faisant appel aux biotechnologies. Elles sont
elles-mêmes génératrices de problèmes environnementaux ! Cela est le moyen, pour
les firmes semencières, de déposer des brevets sur les plantes et ainsi d'avoir
la mainmise sur l'alimentation mondiale. Au prétexte de nourrir la planète, on
cherche à asservir les pays du Sud en plaçant leurs agriculteurs sous la tutelle
de ces firmes à travers une stérilité juridique de la plante qui s'appelle le
brevet. L'agriculture est un domaine qui illustre parfaitement les dégâts
occasionnés par une recherche technoscientifique aux ordres des intérêts
lucratifs et, par conséquent, l'urgente nécessité d'une autre recherche au
service du citoyen, telle une recherche participative entre agronomes et
producteurs. Elle permettrait d'aider les paysans du monde à développer leur
propre agriculture, dans le respect de l'environnement, en valorisant leur
savoir-faire plutôt qu'en leur vendant des technologies souvent mal adaptées à
leur contexte et dont ils n'ont que faire...
* Douglas Estevam, représentant en France du Mouvement des
Paysans Sans Terres du Brésil
On analysera les conséquences du modèle de développement
agricole mis en place au Brésil en ce qui concerne ses aspects économiques,
sociaux et environnementaux. Cette croissance de la production agricole a été
accompagnée d'une augmentation significative de la concentration de la terre.
L'agriculture paysanne doit faire face à de sérieux problèmes de développement
en fonction des limites des politiques publiques. Les propositions des
organisations paysannes brésiliennes affirment pouvoir faire face au défi de
nourrir l'humanité.
* Erwan LEDAIN, AMAP
" Nous n'héritons pas la terre de nos parents, nous
l'empruntons à nos enfants " " Dans la vie, il n' y a pas de solutions. Il y
a des forces en marche : il faut les créer, et les solutions suivent " Antoine
de Saint-Exupéry
A l'occasion de ce Forum Mondial du Développement Durable, le
Conseil Général de l'Essonne a voulu donner place à la parole de simples
citoyens, attentifs au monde et voulant y apporter leur part. Une commission
chargée de réfléchir sur le défi alimentaire du XXIème siècle réunit une
quinzaine de représentants d'associations et couvre un large spectre
d'actions de coopération locale et internationale en faveur du développement
durable. Voici ses constats et ses préconisations. Aux rythmes actuels de
réduction de la faim, l'objectif du Millénaire pour le développement consistant
à réduire de moitié le pourcentage d'affamés d'ici 2015 ne pourra être atteint.
En favorisant l'agriculture spéculative, les grands organes de décision (OMC,
FMI, Banque Mondiale, Union Européenne…) entretiennent toujours un déséquilibre
favorable aux pays riches. Il est nécessaire de développer la protection des
marchés intérieurs des régions pauvres, de s'opposer aux accords de
libre-échange de l'OMC, aux politiques " préférentielles " des pays riches afin
d'assurer la survie des petits agriculteurs. Il semble important de
souligner l'importance de la question de l'eau, tant au niveau local (gestion,
exploitation, maîtrise) qu'au plan national et international (captation et les
conflits qu'elle engendre). La dette des pays pauvres s'alourdit et incite les
bailleurs à récupérer leur prêt sous forme d'acquisition et/ou d'exploitation
des territoires du pays endetté. On assiste à une forme de chantage à la dette
qui donne peu de marge de manœuvre aux états et moins de souveraineté. Les
pratiques intensives de l'agriculture ont entraîné la standardisation des
produits alimentaires et le choix des consommateurs, affaiblissant et excluant
même la biodiversité.
Préconisations et initiatives territoriales à développer
Nous préconisons l'élaboration d'un cadre législatif et
réglementaire de portée internationale pour assurer à tous et à toutes le droit
de se nourrir, assurer un accès sécurisé à la terre, assurer à tous et à toutes
la maîtrise et le choix de leurs cultures, assurer à tous et à toutes la
protection des ressources naturelles avec le renfort des réseaux sociaux pour
faire face aux pressions des instances internationales. Nous enjoignons les
gouvernants à laisser une place plus importante à l'agriculture vivrière locale,
à soutenir massivement les exploitations agricoles à taille humaine,
garantissant ainsi le recul de la spéculation, donner la priorité à une
agriculture durable et solidaire à savoir mettre en place une nouvelle
répartition, plus équitable, de la valeur des richesses alimentaires entre les
différents acteurs de la filière agricole. En ce sens il faut développer
et soutenir des initiatives locales (plaidoyer, actions de sensibilisation puis
de mobilisation). Ainsi des acteurs essonniens s'impliquent dans le cadre de la
quinzaine du commerce équitable et mettent en place sur le territoire les "
semaines du consomm'acteur pour une économie solidaire " ou encore la
campagne " Alimen'terre " destinée à sensibiliser le public au problème de la
faim et d'interpeller les dirigeants politiques sur les règles du commerce
international. Une douzaine d'AMAP, des Associations pour le Maintien d'une
Agriculture Paysanne se sont développées en Essonne depuis 4 ans, proposant une
alternative sociale et économique crédible au système spéculatif actuel. Ce type
d'expérience doit pouvoir être coordonnée sur d'autres territoires pour un
impact plus grand et développer dans le cadre de nouvelles coopérations. A une
échelle plus vaste, des rencontres régulières entre paysans du monde pour des
échanges de connaissance et de savoir-faire nous paraissent aussi primordiales.
La science serait-elle devenue un frein au progrès ?
Selon l'ONU, on cultive moins de 3% des 250.000 variétés
végétales. Les semences cultivées se raréfient du fait de l'uniformisation des
modes de cultures poussées par les grandes multinationales semencières. Les
semences " améliorées " par l'industrie font l'objet de droit de propriété
intellectuelle : pour échanger ou commercialiser des semences, les variétés
doivent être inscrites au catalogue officiel des espèces et variétés, dont les
critères interdisent l'accès aux variétés paysannes. Les variétés notées au
catalogue officiel ne sont pas adaptées à la diversité des terroirs ni aux modes
de production écologiques. Elles appauvrissent la biodiversité en raison de
leurs caractéristiques techniques uniformes. Or, les semences paysannes sont les
plus à même de permettre l'adaptation des cultures aux changements climatiques
et aux divers terroirs sans intrants chimiques et assurant ainsi l'autonomie
alimentaire des peuples. Nous pouvons aujourd'hui considérer, qu'il existe deux
orientations agricoles diamétralement opposées : L'agrochimie / pétrochimie,
propose d'une part de se substituer, partiellement ou complètement, à la nature,
et d'autre part de se battre contre elle. L'agro-écologie, propose de
travailler avec la nature, de la comprendre et d'utiliser des techniques
gratuites qui sont en accord avec elle. Nous préconisons la création de
formations en agro-écologie dans les filières agro-économiques ayant un réel
poids dans l'ensemble des cursus. Ces modules d'études en agro-écologie
accordent davantage d'importance aux conditions sociales et environnementales de
production des aliments, tant dans leur couverture quantitative que qualitative.
Ils permettront aussi d'adapter, d'affiner et d'améliorer d'une manière douce
les plantes aux divers changements climatiques. Ces formations doivent
être massivement proposées aux femmes et développées à l'échelle locale. Le
retour à la diversité des espèces agricoles s'impose, par la mise en place de
banques de semences, de graines libres d'accès et d'une bonne gestion des
stockages céréaliers. Le recours massif aux variétés anciennes, adaptées aux
terroirs, est essentiel pour lutter contre certaines maladies et protéger la
biodiversité. La modernisation de la gestion de l'eau en privilégiant des
techniques favorise l'autonomie des paysans. Et plus généralement,
l'amélioration des infrastructures de transports pour une meilleure distribution
des productions agricoles constitue une priorité. Les solutions existent. Des
chercheurs tels que Rudolf Steiner, Albert Howard, Pierre Rabhi, Lucien Séguy
ont, depuis près d'un siècle, apporté la preuve que des solutions
agro-écologiques permettent de répondre aux besoins de production alimentaires
locaux et mondiaux, en ayant l'avantage de respecter davantage la nature et de
préserver les sols pour les générations futures, de les améliorer, d'aider la
population à vivre sur leurs territoires au lieu de subir une émigration forcée.
Nous préconisons le développement du compostage pour activer la vie
microbienne, bactérienne et favoriser le meilleur équilibre des plantes.
L'agro-foresterie et la couverture végétale qui permet de limiter la
minéralisation des sols, particulièrement dans les pays chauds, de nourrir la
vie du sous-sol, de limiter l'arrosage tout en conservant l'humidité. La
réalisation de micro-barrages pour réalimenter les nappes phréatiques, limiter
l'érosion des sols et favoriser les cultures de décrue, complémentaires des
cultures pluviales. L'association de plantes qui, complémentaires ou opposées,
se protègent mutuellement et peuvent subvenir à différents besoins. Toutes ces
méthodes arrivent à un résultat probant. Elles permettent de doubler et même de
quadrupler la productivité tout en évitant les intrants chimiques, coûteux pour
les finances de l'agriculteur ainsi que néfastes pour sa santé et celle des
consommateurs.
L'agriculture paysanne et vivrière, une nouvelle modernité ?
Les trois quarts des êtres humains souffrant de la faim sont des
paysans (agriculteurs, travailleurs agricoles, paysans sans terre), les femmes
en particulier. Pourtant, la production mondiale n'a jamais été aussi importante
et pourrait suffire à nourrir la population de la planète. Mais
l'agriculture intensive et spéculative a exclu de son champ d'action le paysan
et la biodiversité. Comment rééquilibrer le poids de l'agriculture intensive et
de masse et celle de proximité ? Comment rapprocher le consommateur du
producteur et l'inverse ? Nous préconisons le développement de la
polyculture et la baisse progressive de la part des monocultures afin de
préserver la biodiversité. Nous appelons au non brevetage du vivant en
appelant de nos vœux une mécanisation et un outillage adaptés au terrain. Nous
croyons à la mise en place d'un développement des circuits économiques courts
sous forme de coopérative, de mutualisation des moyens de productions, d'achats,
de ventes. Les AMAP (Association pour le Maintien d'une Agriculture
Paysanne) aide un agriculteur à se convertir à l'agro-écologie en préachetant
une partie de sa récolte (fruits et légumes, farine, volailles…) sous forme de
livraisons hebdomadaires ou ponctuelles. Ce partenariat entre un paysan et des
consomm'acteurs est une alternative économique, sociale et environnementale
réaliste, validée par le succès grandissant des AMAP en Essonne (quatre en 2006,
une douzaine aujourd'hui et de nombreux projets). Une AMAP permet au paysan de
créer un projet à long terme pour son entreprise et de revaloriser son
travail grâce au contact permanent avec les Amapiens. Elle permet également de
créer des emplois grâce à une nouvelle solidité financière, en améliorant la
qualité de la terre. Une AMAP offre aux consomm'acteurs la possibilité de créer
un circuit court peu polluant et d'obtenir à un juste prix une alimentation de
qualité. Voulant répondre au seul défi démographique, l'agriculture
intensive a brandi comme un dogme, la valeur quantitative, alimenté par l'idée
que seule la science pouvait apporter les réponses. Au seuil du XXIème siècle,
force est de constater que les dégâts de ce système dominant sur la santé
(humaine, animale et végétale), l'équilibre social, économique et
environnemental de trop nombreuses populations, nous plongent vers un avenir
inquiétant. Le développement de l'agriculture vivrière est une garantie d'un
développement durable. Elle n'est pas une " agriculture potagère ", naïve et
romantique. Tout en nourrissant le paysan, elle permet de fournir aux espaces
urbains environnants une alimentation de qualité et en quantité
satisfaisante tout en préservant la qualité de la terre. Elle est une
alternative économique, sociale et environnementale à l'agriculture intensive.
Elle peut emprunter le meilleur de la recherche scientifique (micro-barrages,
mécanisation adaptée au terrain, énergies renouvelables) tout en respectant les
savoir-faire. Il n'existe pas un modèle d'agriculture vivrière mais plusieurs.
Accepter de redonner l'initiative aux acteurs locaux, respecter leurs
expériences, encourager celles qui réussissent, ne jamais oublier l'essentiel à
savoir nourrir des populations et non le profit à outrance, tels sont les jalons
de la réussite du défi alimentaire du XXIème siècle.
Bernard TALLET, Université Paris1 Panthéon-Sorbonne
Contenu des politiques publiques
La communication portera sur les politiques publiques en matière
foncière dans deux pays, le Burkina Faso et le Mexique, une focalisation sur les
droits de propriété, focalisation sur les politiques prônées par la Banque
Mondiale : sécuriser la propriété pour pouvoir investir et faciliter l'accès aux
crédits par le recours aux hypothèques foncières. Mise en perspective des
ambigüités de la focalisation sur la propriété privée de la terre dans deux
contextes différents : arrêt de la réforme agraire au Mexique, élaboration de la
loi foncière au Burkina Faso. Eclairage sur le besoin de travailler beaucoup
plus sur les contrats locatifs, les droits délégués : l'enjeu est celui de la
nature et du contenu des systèmes de prêts de terres, de location de terres.
Perspectives sur l'encadrement de ces mécanismes à travers la définition de
baux ruraux : quel contenu pour sécuriser les producteurs et soutenir les
efforts d'investissement ? Evocations de diverses expériences d'échec (CNCA
au Burkina Faso, Banrural au Mexique) ; liquidation de tels organismes lors de
la crise d'endettement des états et de la mise en œuvre des PAS. Or, les besoins
de financement sont énormes pour moderniser l'agriculture ou l'élevage. Face au
vide des interventions publiques, substitution par le secteur privé (ou
parapublic dans le cadre des filières coton en Afrique francophone) : analyse du
rôle de la firme Nestlé dans le Veracruz pour financer la modernisation de la
filière lait (avances aux producteurs) ; analyse du système d'avance sur récolte
aux producteurs par la société cotonnière contrôlant la filière.
Que faire ?
Il est Intéressant d'analyser la crise de 2008 en termes de
crise de la vie (trop) chère en ville : oubli de la question des prix
rémunérateurs pour le travail des producteurs ruraux. Misère en ville, pauvreté
en milieu rural, comment obtenir des accroissements de production capables de
nourrir les villes ? Il est important de dépasser enfin l'opposition entre les
cultures vivrières et les cultures rentables. Dans les deux cas, on constate
de fortes irrégularités des prix (succession de hausses et de chutes des cours,
peu favorable à l'investissement des producteurs). Ces cycles économiques sont
apparemment incontrôlables, mais n'est-ce pas l'occasion de repenser les
modalités de l'intervention des états ? Repenser les interventions publiques
en matière agricole, réexaminer les politiques interventionnistes d'hier tant
décriées : n'y avait-il que du mauvais dans les mécanismes de fixation des prix,
dans les stocks régulateurs ? N'est-ce pas le moment aussi d'évaluer le choix
des niches d'exportation au détriment des secteurs céréaliers ? Quel coût en
termes d'importations alimentaires ?
Garantir et développer l'accès à l'énergie et aux mobilités dans
un contexte d'épuisement des ressources et de réchauffement climatique
Depuis plusieurs dizaines d'années, le réchauffement climatique
s'accompagne de désordres environnementaux et de dégradations diverses d'origine
naturelle ou humaine (d'où le terme d'anthropocène) dans de nombreuses zones
utiles à la reproduction des écosystèmes. Cette évolution prive une partie
de la population mondiale d'accès aux ressources énergétiques traditionnelles.
En effet, ces populations connaissent souvent les plus forts taux d'expansion
démographique sans bénéficier d'accès à des énergies de substitution.
L'épuisement des ressources utiles à la reproduction de l'écosystème global "
biosphère-anthroposphère " se place de plus dans un contexte de raréfaction de
ressources critiques non renouvelables. Cette rareté et la volatilité
consécutive sur leurs cours incitent certains pays voulant anticiper au mieux
leurs besoins futurs à préempter des terres et les gisements susceptibles de
garantir leur approvisionnement. Or, cette asymétrie d'information sur la valeur
future des ressources locales provient de la dynamique du développement des
systèmes industriels et financiers. Cela risque de renforcer et faire perdurer,
voire renforcer, l'inégalité d'accès aux ressources critiques non immédiatement
renouvelables. Il est indispensable d'anticiper les pénuries d'énergie et de
matières premières. Il convient de mettre en place des mécanismes
d'anticipation et de stabilisation garantissant aux générations futures des
accès plancher, plus équitables. Cela concerne l'ensemble des politiques de
développement : régulation pour des politiques partagées, coopératives, banques
régionales de stabilisation des cours, instruments financiers partagés… Pour
les matières premières, les experts estiment qu'au rythme actuel de progression
de leur consommation, la fin des ressources minérales pourrait être
successivement atteinte, de l'argent à l'or, du zinc au cuivre, du pétrole au
charbon... Toutes ressources dont l'Afrique disposerait sans être en mesure de
se prémunir efficacement des préemptions spéculatives. La valorisation de ces
matières premières nécessite d'en préciser les conditions d'accès équitable à un
échelon régional et international. Renforcer l'efficacité énergétique constitue
l'un des moyens les plus simples de diminuer la rareté d'usage du carbone
fossile comme des ressources rares. Si, pour atteindre cet objectif, l'Union
Européenne s'est employée à développer des technologies, des produits et des
services à haut rendement énergétique, il n'est pas évident dans l'immédiat de
reproduire de telles politiques dans les pays les moins développés.
L'utilisation des énergies renouvelables à faible impact sur l'environnement a
beaucoup de potentiel. Mais, pour l'instant, leur part dans la consommation
globale reste modeste. Elle ne couvre que 20% de la consommation mondiale
d'électricité. Sur ce total 92,5% provient de l'hydroélectricité. Toutefois, les
grands barrages, ont des effets environnementaux négatifs, en appauvrissant les
alluvions des fleuves nécessaires aux cultures alimentaires. La mobilité,
spatiale et sociale, demeure l'un des vecteurs majeurs du développement. Il faut
considérer avec soin la manière dont les sociétés valorisent les opportunités
économiques et organisent le peuplement. Tous les lieux de développement
africains ont été mis en valeur à la suite de mouvements migratoires. Cette
dynamique est toujours en cours, des millions d'hectares de bonnes terres
agricoles sont colonisées et connaissent des taux de croissance démographiques
nettement supérieurs à la croissance naturelle, tandis que d'autres zones
connaissent des famines et la disette. La place des migrations internationales
dans la mobilité est par ailleurs bien difficile à établir : le tracé des
frontières ne correspond pas avec les espaces ethnolinguistiques légués par
l'Histoire. Repenser la sobriété reste un défi. Cela exige de considérer la
consommation comme un facteur qui contribue à la construction de sociétés
fondées sur une éthique de bien-être pour tous. Replacer l'acte de consommation
dans une culture responsable et solidaire ne va pas de soi, d'autant que le
modèle des pays émergents va à son encontre. L'Afrique sera-t-elle un nouvel
Eldorado pour les énergies de demain ? Les motifs de réticences demeurent
légions : risque de déperdition d'énergie, de changement climatique à long terme
dans les pays du Sud, problème de coût. En France, le kilowattheure nucléaire
coûte 0,26 Euros contre une moyenne de trois Euros pour le kilowattheure
solaire. Dans ces conditions, est-il légitime de parler d'autosuffisance
équitable et réciproque ? L'autosuffisance implique une protection de la
ressource ou d'un marché. Elle est rendue difficile par les règles actuelles de
l'OMC. Dans ces conditions, de nouveaux types de régulations internationales et
de coopération décentralisée sont à inventer. Mais, la tâche est immense. Il
faudra définir un cadre de régulation mondiale pris entre des grands ensembles
régionaux, des pouvoirs infranationaux et des agences de régulation
indépendantes. Or, dans le même temps, la nécessaire approche par les "biens
publics mondiaux" reste floue pour fonder une réflexion sur la régulation de la
mondialisation.
Garantir et développer l'accès à l'énergie et aux
mobilités dans un contexte d'épuisement des ressources et de réchauffement
climatique (S2)
Synopsis :
* Jacques Percebois, professeur à l'université de Montpellier
L'accès à l'énergie est une priorité, mais le prix directeur de
l'énergie est élevé et devrait encore croître dans le futur, notamment en raison
de l'épuisement des ressources, mais aussi des contraintes environnementales.
La montée des inégalités, le développement de la précarité énergétique,
obligent les pouvoirs publics à se préoccuper du coût croissant d'accès à
l'énergie. L'idée qui consiste à fixer des prix subventionnés est une fausse
bonne idée car ce système profite d'abord aux riches qui consomment plus
d'énergie, ayant accès à davantage d'équipements ; il faut donc pratiquer une
politique de vérité des prix, des prix calés sur les coûts mais dans le même
temps il faut : -inciter à l'efficacité énergétique -aider les plus
modestes à utiliser les nouvelles technologies permettant d'optimiser la
consommation d'énergie. -aider les personnes précaires par des mesures
ciblées et non générales ou applicables. La montée de la précarité énergétique
n'est pas un problème réservé aux pays en développement ; c'est aussi une
réalité dans les pays industrialisés. Le progrès technique et une politique
tarifaire optimale doivent aider à y faire face.
* Estelle Sandré-Chardonnal, Direction générale du Trésor,
responsable Proche-Orient, Ministère de l'Economie de l'Industrie et de
l'Emploi
Coopérer pour le développement de l'accès à l'énergie : le cas
du Proche-Orient
Les besoins en énergie des pays du Proche-Orient (Egypte, Syrie,
Liban, Jordanie, Israël, Territoires palestiniens) connaissent une forte
augmentation (+ 5 % en moyenne par an), sous l'effet de la croissance des
industries, et surtout, hors Israël, de la demande domestique, liée à
l'évolution des modes de vie. Les tensions hydriques qui affectent les pays de
la région encouragent également le recours aux techniques de dessalement de
l'eau de mer, particulièrement énergivores. Si la production d'énergie
régionale, qui repose quasi-exclusivement sur le pétrole et le gaz égyptien et
syrien (et pour Israël, également sur le charbon), semblait en mesure de
répondre à cet essor jusqu'en 1995, son déclin depuis cette date place désormais
le Proche-Orient en situation de dépendance énergétique. Ainsi, la production
d'énergie au Proche-Orient représentait 130 % des besoins de la région en 1980,
contre 92 % en 2007. Ce déséquilibre devrait s'aggraver, les prévisions faisant
état d'un doublement de la demande énergétique à l'horizon 2020, et de
l'extinction progressive des réserves connues de pétrole et de gaz. La
définition de nouvelles stratégies pour garantir l'approvisionnement en énergie
représente donc un défi majeur pour la poursuite du développement économique de
la région. Dans ce contexte, les pays du Proche-Orient ont lancé de vastes
programmes d'accroissement des capacités de production électrique (besoin
supplémentaire estimé à plus de 30 GW d'ici 2012, pour 45,5 GW installés en
2007), dont les centrales au gaz constituent souvent la priorité. La recherche
d'une diversification du mix énergétique est également une constante dans la
région, comme l'attestent la fixation par chaque pays d'objectifs ambitieux
d'incorporation des énergies renouvelables, ainsi que l'émergence de projets
nucléaires (Jordanie, Egypte). Le développement d'interconnexions gazières et
électriques au sein de la région et avec d'autres pays est également amené à
jouer un rôle important, et ce en dépit des tensions politiques liées à la
question israélo-palestinienne. L'ampleur des investissements
nécessaires ne pourra être supportée par les seuls acteurs économiques
nationaux. Les autorités des pays de la région tentent à ce titre de prendre les
mesures nécessaires à l'amélioration du climat des affaires du secteur
énergétique afin d'attirer des capitaux privés étrangers. Une implication forte
du secteur public sera néanmoins indispensable à court terme pour assurer la
rentabilité des projets de génération électrique (notamment pour les énergies
renouvelables) vis-à-vis des opérateurs privés, compte tenu de prix d'achat
souvent bas. Dans ce contexte, les bailleurs de fonds multilatéraux sont
très actifs dans la région sur les projets liés à l'énergie. Une initiative est
amenée à être mobilisée pour assurer la transition énergétique des pays de la
région : le Plan solaire méditerranéen, projet phare de l'Union pour la
Méditerranée, qui prévoit la construction de capacités électriques renouvelables
(solaire, éolien) pour 20 GW à l'horizon 2020. Sur le plan bilatéral, la
France contribue, au côté des bailleurs de fonds, au développement de l'accès à
l'énergie dans la région, via les instruments financiers du Ministère de
l'Economie, de l'Industrie et de l'Emploi en aide liée (politique
d'assurance-crédit et garantie des investissements de la Coface, dons pour le
financement d'études en amont de la construction d'infrastructures), et les
interventions de l'Agence française de développement en aide déliée (dons et
prêts, garanties de prêts). La France est également active dans le domaine de
l'assistance technique : elle apporte aux gouvernements des pays du
Proche-Orient son soutien technique et financier, nécessaire au développement
des grands projets énergétiques et plus généralement à l'amélioration de
l'environnement des affaires.
*Thierry SALOMON, Directeur de négaWattss
Nos modèles énergétiques restent encore fondés sur un dogme
réputé intangible : le développement économique implique de produire toujours
plus d'énergie. Pourtant, il est urgent de rompre avec la croissance
immodérée de nos consommations, de partager nos ressources de façon équitable et
de contribuer à la solidarité entre les hommes. Si nous n'agissons pas ; la
crise de l'énergie va s'amplifier : pénuries des ressources (pétrole, gaz, mais
aussi d'uranium), risques environnementaux majeurs, conflits internationaux et
profondes inégalités. L'association négaWatt, créée fin 2001, rassemble
aujourd'hui plus de 400 membres tous engagés à titre personnel et en toute
indépendance autour d'un objectif : donner la priorité à la réduction à la
source de nos besoins en énergie, réduire nos gaspillages et mieux consommer au
lieu de produire toujours plus. Cette " démarche négaWatt " s'appuie sur la
sobriété énergétique dans nos usages individuels et collectifs de l'énergie,
l'efficacité énergétique dans nos équipements et moyens de production, et un
recours affirmé mais maîtrisé aux énergies renouvelables. L'association est
animée par la " Compagnie des négaWatts ", un collège de 24 experts et
praticiens de l'énergie. Ce groupe a entrepris un travail créatif mais rigoureux
de prospective, un scénario 2000-2050 pour la France. Ce scénario montre
qu'en France 67 % de nos consommations énergétiques tendancielles peuvent être
couvertes par une politique volontariste de sobriété et d'efficacité
énergétique. Il permet à la France d'atteindre le facteur 4 sur les émissions de
CO2, de léguer aux générations futures des rentes plutôt que des dettes et de
créer des emplois locaux et durables. Au delà de cette analyse, l'Association
travaille à l'élaboration de propositions et de mesures innovantes et
pragmatiques qu'elle soumet aux décideurs politiques et économiques, aux
responsables associatifs et à tous ceux qui se sentent concernés par notre
avenir énergétique. Un Institut négaWatt a par ailleurs été créé en 2009 pour
assurer les immenses besoins en formation, diffusion et recherche nécessaires à
ce changement de paradigme énergétique. Un " Appel " et un " Manifeste
", des documents détaillés sur le scénario négaWatt ainsi que
différentes fiches sur nos mesures et propositions sont téléchargeables
sur le site de l'association ( www.negawatt.org) (N.C.)
Accès et usage des ressources naturelles renouvelables : comment
les gérer pour en garantir l'accès sans les épuiser ? (S3)
Texte d'orientation :
Les ressources de la biosphère ne sont renouvelables que sous
condition d'un usage raisonnable et prospectif : le syndrome du dodo devrait
servir de garde-fou. Les ressources que l'homme puise dans la nature pour
répondre à ses besoins biologiques, sociaux ou pour satisfaire des désirs de
plus en plus variés, sinon insensés, ne représentent directement qu'une petite
partie du vivant, eu égard au nombre des espèces végétales ou animales et des
microorganismes présents sur terre. Mais l'exploitation sélective des espèces
vivantes ne concerne pas que ces dernières : elle implique la totalité des
écosystèmes. Et de plus en plus les anthropo-systèmes. Depuis quelques
décennies, la boulimie consumériste des sociétés du Nord et la demande
exponentielle des sociétés du Sud, sous l'effet de l'explosion démographique,
exercent une pression croissante sur les ressources naturelles. L'érosion de la
biodiversité observée par les scientifiques conduit à repenser les relations
entre les sociétés humaines et leur environnement naturel. Replacer la nature au
cœur de l'économie est désormais un défi incontournable.
A la différence des ressources aux quantités finies et non
renouvelables - ressources minérales et fossiles - les ressources végétales et
animales sont en principe indéfiniment reproductibles, nonobstant leur inflexion
dans le temps très long de l'évolution. Encore faut-il que le stock des
différentes espèces ne descende pas sous un seuil incompatible avec leur
reproduction, et que les écosystèmes conservent les qualités indispensables à
leur perpétuation. 2010 a été déclarée " Année mondiale de la biodiversité "
par l'Unesco. Cela donnera lieu à de nombreuses manifestations destinées à
renforcer la prise de conscience des enjeux liées au maintien de la diversité du
vivant. Toutefois, la biodiversité ne représente qu'un des aspects du
développement durable.
Les représentations et les usages de la nature face au
développement durable
Le débat de fond renvoie à deux conceptions des relations
société/nature qui, depuis Rio en 1992, apparaissent difficilement compatibles.
Celle des pays industrialisés dont les " conservateurs " militent pour la
protection de la nature et des espèces menacées ; celle des pays en
développement qui posent pour priorité la satisfaction des besoins de
populations en nombre croissant, désireuses de combler leur retards par rapport
au modèle de consommation des pays riches. La conférence de Copenhague a montré
à cet égard le poids croissant dans les négociations mondiales des grands pays
émergents. L'agenda des pays BRIC, maintenant rejoints par l'Indonésie et
l'Afrique du Sud, vise d'abord la croissance. D'une manière générale, les pays
pauvres considèrent comme un luxe les actions en faveur de la protection de la
nature.
Des résultats positifs ont été acquis pour les espèces menacées.
La Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore
sauvages menacées d'extinction (convention CITES) protège quelque 5.000 espèces
animales et 28.000 espèces végétales. Celles qui sont inscrites sur la liste
rouge font l'objet de restrictions particulières. La CITES s'est dotée des
moyens juridiques d'exercer un contrôle sur le commerce des espèces protégées en
fonction de leur degré de protection. Le braconnage, la contrebande et la
corruption limitent les effets des interdictions d'exportation. Depuis la
reprise du commerce de l'ivoire au Soudan en 2007, aux fins de satisfaire la
demande des marchés chinois et japonais, le troupeau d'éléphants du parc de
Zacouma au Tchad, autrefois le plus important d'Afrique centrale, a subi une
véritable hécatombe, passant de 3.900 têtes en 2005 à 617 selon un comptage
effectué en 2009. La protection des espèces implique une volonté politique à
l'échelle mondiale, et des actions judicaires à l'encontre des contrevenants
dans les états importateurs. Dans les pays tropicaux comptant parmi les plus
pauvres de la planète mais possédant en même temps la plus grande biodiversité,
la tentation est grande de contourner les interdictions que la plupart des
habitants ignorent. Les aires protégées présentent des problématiques plus
complexes. Leur généalogie est nécessaire pour en comprendre les enjeux.
Inventées aux Etats-Unis à la fin du XIXe siècle, elles sont devenues l'un des
outils de prédilection des politiques de protection des milieux naturels. Leur
création renvoie à une représentation de la nature forgée dans la culture
occidentale, principalement nord-américaine. A la différence de l'Europe aux
territoires fortement humanisés, l'Amérique du Nord offrait d'immenses espaces
que les migrants considérèrent comme " naturels " et qu'ils confisquèrent aux
autochtones, relégués dans des " réserves ". Par un processus comparable, les
puissances européennes ont créé dans leurs colonies des réserves naturelles, des
réserves de chasse et des parcs naturels, souvent au détriment des indigènes "
déguerpis ", comme dans le Parc Krüger en Afrique du Sud. Les origines
coloniales des aires protégées constituent un obstacle à leur acceptation par
les populations locales qui développent d'autres pratiques d'utilisation de la
nature, notamment en Afrique. Au-delà des héritages historiques, les
représentations culturelles de la nature et les comportements des autochtones à
son égard doivent être pris en considération dans l'élaboration des politiques
de protection. A peu près partout, la " mise sous cloche " de la nature
préconisée par des intégristes de la conservation (dont l'expression extrême se
trouve dans la deep ecology) a échoué. La protection des ressources naturelles
ne peut durablement s'exercer contre les hommes, surtout dans les situations où
elle est perçue comme un avatar de la colonisation. Le " colonialisme vert " est
aujourd'hui dénoncé comme une dérive de politiques entièrement pensées par des
occidentaux, qu'il s'agisse de scientifiques ou d'idéologues de l'écologie.
Toute politique de la nature doit se préoccuper de la diversité et des
spécificités des territoires. Les raisonnements globaux sont impropres à
apporter des solutions à la gestion d'un patrimoine dont il est illusoire
d'imaginer qu'il puisse se pérenniser dans un monde en mouvement. La vraie
question n'est pas de soustraire la nature à l'activité des hommes, mais
d'inventer des méthodes de gestion répondant aux objectifs d'un développement
durable qui place l'homme au cœur de l'action tout en restant attentif à
préserver dans la durée les qualités de l'environnement naturel. Des
exemples de réussite existent, comme au Costa Rica : la gestion conservatoire
d'une biodiversité exceptionnelle va de pair avec sa valorisation touristique.
Aux Galapagos, emblématique de la protection des espèces et où les aires
protégées couvrent 97 % de la superficie de l'archipel, la sanctuarisation
impose une limitation drastique des flux de visiteurs, sélectionnés in fine par
l'argent. L'écotourisme, incompatible avec les déplacements de masse, ne peut
être qu'une activité de luxe. Les différents modèles de protection et de
valorisation ne sont pas reproductibles tels quels, à chaque situation
correspond une réponse adaptée à un contexte singulier, mais ils offrent des
expériences utiles pour alimenter réflexions et dialogues. La coopération
décentralisée constitue un cadre propice à ces échanges, dans une relation non
plus asymétrique mais de partenariat. Les échanges d'expériences font de
l'altérité l'occasion d'un enrichissement mutuel et d'une ouverture d'esprit par
la reconnaissance de la pluralité des représentations et des usages de la
nature.
Zonage territorial versus multifonctionnalité des espaces
L'accès aux ressources naturelles, leur usage et leur protection
opposent souvent les organismes internationaux et les grandes ONG qui se sont
données pour vocation de protéger la nature, et les sociétés locales, celles
notamment du monde tropical. La pensée territoriale véhiculée par les porteurs
de valeurs occidentales, s'appuie sur une conception des usages de la terre
privilégiant les principes d'appropriation exclusive et de mono-fonctionnalité.
Il en résulte un zonage, un cadastrage du monde qui spécifient les espaces selon
leur fonction : zones de production agricole, de résidence, de loisir etc., et
aires protégées de diverses natures. A l'inverse, en Afrique par exemple, la
superposition d'usages rythmés par les alternances saisonnières, est fréquente.
L'accès à la ressource - terres de culture pour les uns, parcours pastoraux pour
les autres, produits de chasse, ou de cueillette de bois d'œuvre, de bois de
feu, ou de plantes médicinales n'est pas exempt de conflits, mais il existe des
instances coutumières d'arbitrage pour les régler. Les ressources naturelles
sont par ailleurs inséparables de leur double surnaturel, que les populations
qui les prélèvent pratiquent des cultes animistes ou qu'elles aient été
islamisées ou christianisées. La soustraction aux usages ancestraux de vastes
territoires de forêt ou de savane, de montagne ou de lac, au nom de la
protection du patrimoine naturel se heurte à des résistances plus ou moins
fortes des populations dépossédées. Elle poursuit, ce qui n'est pas une mince
différence, les politiques d'accaparement des terres indigènes menées dans les
colonies de peuplement à partir du XVIe siècle et jusqu'à aujourd'hui dans le
cas de l'Amazonie. De nombreuses populations autochtones voient dans la création
d'aires protégées une nouvelle mouture d'appropriation des ressources naturelles
par les " Blancs ". Le réveil des peuples constitue aujourd'hui un paramètre
qu'on ne peut ignorer, quand on analyse l'équation complexe qui articule nature
et société, écologie et économie. Les Indiens d'Amérique du Nord, au Canada en
particulier, ont su faire reconnaître leurs droits ancestraux.
Ressources naturelles et biens publics
C'est bien à une tentative de marchandisation de la nature à
l'aune de l'étalon dollar que l'on assiste aujourd'hui. Depuis Kyoto, toute une
série de mécanismes ont été élaborés pour accorder des compensations financières
pour services environnementaux. La protection de la nature, selon la
conception occidentale, se monnaye. Les " droits à polluer " s'échangent dans
une véritable bourse du carbone, ce qui permet aux entreprises des pays
industrialisés de continuer à émettre des gaz à effet de serre en toute quiétud,
dès lors qu'ils ont compensé en investissant dans des activités de pays du Sud
sensées contribuer à la réduction globale des émissions. La nature devient
ainsi un marché mondial. Mais si les ressources naturelles, telles que le bois
ou l'ivoire, ont toujours été considérées comme un produit marchand, qu'en
est-il de ces biens publics mondiaux apparus avec la prise de conscience aiguë
d'une solidarité planétaire qui devrait faire en sorte qu'aucun être humain n'en
soit privé : accès à l'eau potable, à un air pur, à un environnement préservé ?
La notion de biens publics mondiaux émerge du constat non pas de l'inégalité,
aussi vieille que l'humanité, mais du fait qu'après un demi-siècle
d'identification du sous-développement, la pauvreté soit toujours le lot de la
majorité des habitants du Sud. La sensibilité écologique qui a frayé son chemin
dans les sociétés occidentales confrontées aux menaces pesant sur leur
environnement naturel a trouvé dans la nostalgie d'une nature fantasmée un
terreau propice à la levée de ce concept flou et à géométrie variable. Si les
biens publics mondiaux se ramènent aux quatre éléments d'Aristote, l'eau, l'air,
la terre, le feu, on ne voit pas très bien en quoi cela peut aider l'humanité à
gérer son avenir, ni surtout à résoudre les problèmes de la pauvreté.
C'est pourquoi, pour certains auteurs, les BPM doivent inclure l'éducation, la
santé, l'alimentation, à quoi on pourrait ajouter le droit au travail et au
logement. Au bout du compte, la notion est trop fourre-tout pour être
opératoire.
La forêt : entre usages sociaux et protection de la nature
La forêt fait depuis longtemps l'objet de débats passionnés. Non
pas la forêt en général, mais les forêts tropicales en particulier, auxquelles
sont attribuées de grandes vertus dans le maintien des équilibres écosystémiques
mondiaux, d'où découle une mission vitale et salvatrice popularisée par l'image
du poumon de la planète. Le miroir déformant de l'imaginaire brouille les
messages toujours nuancés, parfois contradictoires, de la science. La voix des
prophètes l'emporte sur celle des sages. Il est vrai que la charge symbolique
des forêts, celle de Brocéliande peuplée de fées, celle des errances dangereuses
du Chaperon rouge, celle des refuges de brigands ou de maquisards est très
lourde. L'Europe occidentale ayant précocement domestiqué ses forêts retrouva
dans l'aventure coloniale la forêt primitive de ses songes. Au XVIIIe siècle la
nature tropicale héberge les jardins d'Eden et les robinsonnades. Au début du
XXe siècle, la colonisation met en scène, sous les traits de Tarzan puis de
Tintin, l'homme blanc aux prises avec la nature brute et des tribus
inquiétantes. Les scientifiques et les décideurs n'échappent pas à
l'imaginaire collectif. Oubliant que l'Europe s'est construite en défrichant ses
forêts - grâce notamment à ces moines défricheurs du Moyen Age, grands
essarteurs et assécheurs de marais encensés par les livres d'histoire - les
savants du début du XXe siècle et les services forestiers coloniaux ont condamné
les brûlis forestiers qui laissaient le capital partir en fumée.
Le regard colonial, biaisé par l'asymétrie inhérente à un
système de domination, hante encore les représentations des chercheurs et
praticiens du Nord, inconscients d'être les porte-paroles et les agents d'une "
ingérence écologique " qui reproduit des schémas fondés sur une inégalité
implicite Nord-Sud. Les usages de la nature sont ainsi stigmatisés,
considérés comme responsables de déforestation, de désertification, et de
dégradation des sols. Les organisations internationales comme la FAO apportent
leur caution à cette vision catastrophiste, en oubliant que les populations
d'Afrique tropicale par exemple ont dû, pour répondre au défi d'un quadruplement
de leur population au cours du dernier demi-siècle, demander plus à la
nature. Défricher les forêts pour répondre aux besoins agro-alimentaires
croissants des populations ou conserver la biomasse forestière pour ses
capacités à séquestrer le carbone, tel est le dilemme fondamental. Il n'existe
pas en réalité une seule voie, mais des réponses possibles, différenciées selon
les lieux. La ceinture planétaire des forêts tropicales est discontinue et, bien
qu'il existe de nombreux points de convergence écologique entre elles, les
contextes diffèrent d'une région à l'autre. La dévastation des forêts en Asie du
Sud-est, au profit notamment de l'agrobusiness, la progression des fronts
pionniers au détriment du massif forestier amazonien, aujourd'hui poussée par le
cycle du soja, ne se comparent pas à la résistance des forêts du bassin du
Congo.
Des politiques forestières adaptées aux contextes locaux
multi-acteurs
Les espaces forestiers tropicaux sont convoités par de multiples
acteurs. Une bonne gestion consiste à les faire cohabiter, ce qui est parfois la
quadrature du cercle, les droits des uns ne faisant pas bon ménage avec la
recherche du profit des autres. Six principales catégories d'acteur ont des
visées particulières sur la forêt.
Les peuples autochtones, tels que les indiens d'Amazonie ou les
Pygmées de la forêt congolaise, ont jusqu'à présent vécu en symbiose avec
l'écosystème duquel ils tirent leur subsistance sans le modifier. Le genre de
vie de ces premiers habitants de la forêt est menacée ; la création de "
réserves " ne constitue qu'un palliatif dont on peut douter de la viabilité à
terme, la muséification de groupes humains étant la négation de l'évolution.
Avec l'aide d'ONG, les peuples autochtones, dont l'identité et les droits sont
aujourd'hui reconnus, peuvent tenter de sauvegarder leur patrimoine
culturel. Les agriculteurs qui cultivent en forêt sont implantés de plus ou
moins longue date (" montagnards " d'Asie du Sud et du Sud-est) ou installés à
la suite de migrations séculaires (Bantous dans le bassin congolais). En
Amazonie, l'avancée des fronts pionniers accompagne la prise de possession
territoriale des états, en premier lieu du Brésil ; l'exploitation " minière "
des ressources naturelles se préoccupe peu de la préservation de la forêt.
En Afrique centrale, l'agriculture sur brûlis représente une modalité
d'exploitation du milieu forestier bien adaptée aux faibles densités humaines, à
un outillage rudimentaire, à l'exclusivité de l'énergie humaine dans le procès
de production. L'agriculture entre dans un cycle de reconstitution de la forêt
fondée sur la longue jachère forestière. Ce système ne représente pas une menace
pour la forêt dont seule la composition floristique se modifie avec la
secondarisation consécutive au brûlis. La biodiversité en est affectée, mais
d'un autre côté les clairières de culture favorisent la dissémination d'espèces
héliophiles comme l'okoumé qui fait la richesse forestière du Gabon depuis plus
d'un siècle.
Les exploitants forestiers, sont apparus dans le sillage de la
colonisation. La critique de l'exploitation forestière ne peut être faite
globalement, mais cas par cas. Le boycott des bois tropicaux a eu des effets
très inégaux selon les pays mais cela a permis d'introduire ou de généraliser
des pratiques de gestion durable de la forêt, d'aménagements forestiers, de
reboisement. Les méthodes d'exploitation respectueuses de l'environnement dans
une perspective de durabilité sont connues : si le pillage de la forêt se
pratique encore, cela est dû à la mauvaise gouvernance, à la corruption qui
ferme les yeux des contrôleurs et de leurs protecteurs politiques. Les
éco-certifications, les " labels verts " sont autant de moyens pour les pays
acheteurs de faire pression sur les sociétés forestières et les états, avec une
efficacité réelle mais imparfaite car les pays émergeants en particulier sont
peu regardants quant aux dégâts écologiques de méthodes d'exploitation guidées
par le seul profit à court terme. Malgré les réglementations, peu respectées,
la chasse est destructrice. L'élevage de gibier peut partiellement alléger les
prélèvements sur la faune sauvage. Celle-ci souffre surtout de la multiplication
des conflits qui multiplie les espaces de non-droit. Les chasseurs des pays du
Nord constituent une catégorie particulière, la chasse sportive aux " Big Five "
est aujourd'hui très réglementée et n'est pas une menace pour la faune.
Cette activité qui fit les beaux jours de la colonisation est à l'origine de la
création des réserves de chasse : la protection trouve ici ses origines dans une
pratique élitiste, avant qu'elle se démocratise.
Les scientifiques jouent un rôle croissant sur la scène de la
protection des forêts tropicales, première source de biodiversité au monde. Ils
sont désormais des acteurs écoutés à la mesure de leurs capacités à drainer des
financements. Les touristes enfin constituent un groupe d'acteurs de plus en
plus demandeurs d'un écotourisme en forêt tropicale.
La forêt tropicale dans la régulation mondiale des gaz à effet
de serre (GES)
Nouvel enjeu, et non des moindres, la non-utilisation de la
forêt représente une opportunité de gains substantiels pour les pays détenteurs
d'abondantes réserves forestières et qui s'engagent à ne pas les exploiter. Les
mécanismes REDD, Réduction des émissions liées à la déforestation et à la
dégradation des forêts, déplacent les enjeux liés aux forêts tropicales. Dans le
cas de l'Afrique forestière, il n'est pas certain que cette nouvelle rente
s'ajoutant à d'autres, soit favorable au développement. Elle pourrait l'être si
elle encourageait une intensification de l'agriculture, si la fixité des champs
se substituait à l'itinérance constitutive du système de l'abattis-brûlis.
Les techniques agronomiques existent, des expériences de reconstitution de
la fertilité des terres sans recours à la jachère forestière ni à un usage
massif des engrais chimiques ont été menées avec succès. Encore faut-il que
l'ensemble du système socioculturel soit en mesure d'évoluer, notamment le
statut des femmes car celles-ci sont le pivot de l'agriculture forestière. La
coopération décentralisée, par la plateforme de dialogue qu'elle constitue, a un
rôle à jouer dans l'élaboration de modes de gouvernance articulant devenir des
sociétés et respect de la nature selon les principes du développement durable.
Synopsis :
* Yves Le Bars, Ingénieur général du Génie rural des eaux et des
forêts
L'accès aux ressources renouvelables est très inégalitaire, au
sein des pays développés, comme entre les pays. Cinq cas peuvent illustrer ce
constat : la pêche en mer, où le Japon et d'autres pays d'Asie dominent, par des
contrats inégalitaires avec le Sénégal ou la Mauritanie, des moyens de pêche
modernes épuisant la ressource. La gestion des eaux douces de surface ou
souterraines, comme le cas du fleuve Colorado entre USA et Mexique, ou la
situation en Palestine l'illustrent. Les bénéfices de la protection de la
nature dans les grands parcs vont aux opérateurs du tourisme, avec de simples
retombées et des emplois de second ordre pour les locaux… Voir et illustrer
ces inégalités est une étape nécessaire au progrès en humanité. La tendance à
l'isolement doit être combattue ! Un premier niveau de défense peut consister à
mettre la nature en économie, c'est-à-dire en donnant un prix aux ressources
naturelles, afin que ce prix induise des comportements adaptés. Mais cela
ne peut se faire qu'en mettant la nature d'abord en politique : les marchés des
biens naturels ne peuvent être créés que par une décision politique, et les
régulations restent indispensables. Dans l'organisation de marchés de biens
naturels, deux cas à considérer : le marché du Carbone émis ; les quotas
de pêche : doivent-ils être échangeables ? Dans la mise en œuvre de
régulations non marchandes on peut évoquer tout ce quia trait à l'aménagement du
territoire : la création d'aires protégées, terrestres comme les parcs naturels,
ou marines, et de couloirs entre ces zones et la clarification du foncier, comme
le cas de la forêt amazonienne le montre. La résolution des conflits dans les
Etats du Para et de l'Amapa au Brésil pourra être évoquée. Cela exige : une
connaissance des milieux naturels. Elle est encore très insuffisante, et le
diagnostic sur son état n'est pas partagé. Le cas du thon rouge ou du cabillaud
mériteraient d'être détaillés ici, avec les différences de constats que font les
scientifiques et les pêcheurs. Et une implication des populations concernées, en
relation " traditionnelle " avec les biens produits par la biodiversité : c'est
là une des clés du succès, qu'il s'agisse de la forêt, des usages agricoles de
l'eau, ou de la pêche en mer. Enfin, en considérant la pression sur la nature
des pays développés et des pays émergents ne peut éviter de se poser la question
des voies et moyens de la baisse de cette pression. Faut-il attendre la crise,
en croyant que l'intelligence humaine permettra d'en sortir par plus de
technologie et de maitrise des éléments ? * Docteur Pintiaux,
Président de l'association COMPAIN
Le développement humain : enjeu du développement durable
Placer l'humain au centre du développement, non pas en tant
qu'objet, mais en tant qu'acteur, voilà l'enjeu, aujourd'hui, du développement
durable, pour qu'il soit efficace ! Le développement humain est un projet
ambitieux, politique, difficile. La population, l'individu, sont à la fois
cibles, sujets et acteurs de son développement pour sa pérennisation. La
population devient alors un acteur politique. Concept : la Santé : Il est
urgent de concevoir la santé à travers ses déterminants et d'envisager d'autres
modes d'actions en complément des systèmes de soins actuels. La prise en compte
et l'action sur les déterminants de la santé physique élargissent la santé
physique à son contexte " local " : culturel, psychologique, socio-économique :
environnemental (OMS) La Promotion de la Santé est un processus qui vise à
favoriser l'expression des besoins par la population, pour agir sur les
déterminants de la santé, et donner à la santé son caractère
durable. L'éducation pour la santé, c'est un outil de la promotion de la
santé, qui consiste à provoquer, susciter, permettre aux populations, aux
individus qui la compose, d'exprimer une dynamique individuelle et collective
pour agir sur les déterminants de la santé. Et l'éducation pour la santé à
l'école se propose comme un lieu ouvert sur l'extérieur : les savoirs faire,
pour devenir un lieu d'éducation au développement et de transmission
trans-générationnelle.
La Coopération décentralisée support aujourd'hui de
développement " ici et là-bas "
La coopération décentralisée est aujourd'hui un outil politique
important, de décodage humain " ici " et là-bas " : expression de partage de
cultures, de mixité culturelle, du partage des savoirs académiques et des
savoirs faire et de solidarité. C'est aussi une opportunité de contextualiser le
développement. La coopération décentralisée doit être un maillon du
développement et évoluer vers une société civile internationale portée par de
nouveaux concepts.
* Alain Karsenty, économiste au Département " Environnements et
Sociétés " au CIRAD
La compétition pour l'accès, l'usage et le contrôle des
forêts tropicales : de quels outils disposons-nous ? Les principaux moteurs de
la déforestation en Amazonie (élevage extensif, soja) et en Asie du Sud-est
(palmier à huile) sont alimentés par de tels investissements, lesquels sont
plutôt le fait d'acteurs nationaux qu'internationaux. En Afrique le
phénomène n'en est qu'à ses prémices, mais il va certainement suivre avec le
palmier à huile (exemples dans les deux Congo et en Angola). Le risque
particulier encouru par les forêts vient de la prégnance du régime domanial de
propriété publique des forêts conjugué à la densité relativement limitée de
population, qui minimise les coûts de transaction en comparaison des zones plus
peuplées. Par ailleurs, l'exploitation du bois par ces opérateurs agricoles
constitue une rente initiale qui va payer une partie de l'investissement pour
les usages agricoles qui vont succéder à la forêt. L'une des solutions explorée
par certaines organisations internationales consiste à payer les entreprises qui
plantent du palmier à huile pour qu'elles installent leurs plantations dans des
zones de savane plutôt que dans les grandes forêts, en leur versant une
indemnité compensatoire qui doit couvrir le manque à gagner. Des ONG préfèrent
attaquer les grandes sociétés multinationales utilisant de l'huile de palme par
des campagnes spectaculaires et efficaces. Une première réponse est
constituée par le déploiement symétrique d'une stratégie d'achat et de location
de forêts par des " investisseurs en conservation ", qui visent à soustraire un
certain nombre de forêts au risque de ce type de conversion. Ainsi J. Eliasch,
propriétaire de la marque sportive Head, a acheté des terres en Amazonie
brésilienne via une structure spécialisée Cool Earth ; la grande ONG
Conservation International établit des " concessions de conservation " dans le
monde tropical. Ces opérations d'ampleur encore limitées pourraient changer
d'échelle avec la possibilité de recevoir des " crédits carbone " dans le cadre
du mécanisme de " déforestation évitée " (REDD) actuellement en négociation.
Mais de telles initiatives, qualifiées parfois d'éco-colonialisme, sont
discutables vis-à-vis des droits et aspirations des populations et pourraient
bien se révéler d'une efficacité douteuse. Une autre voie est de reconnaître aux
usagers locaux des forêts des droits fonciers opposables et de conforter
différents modèles économiques fondés sur une mise en valeur forestière durable.
Ces modèles peuvent passer par la grande concession forestière (mais aménagée et
certifiée) ou la foresterie communautaire et communale fondée sur l'exploitation
du bois et d'autres produits forestiers. Mais comme aucun ne peut concurrencer
financièrement les usages agricoles ou miniers, leur subventionnement peut être
considéré comme une question légitime, bien que l'exploitation des forêts
tropicales ait fort mauvaise presse dans l'opinion publique. Il existe plusieurs
instruments pour cela (paiements pour services environnementaux, fiscalité
différentielle, politiques publiques d'achat de bois certifié…), et
l'utilisation combinée d'incitations économiques et de la loi doit être
envisagée en tenant compte, pour une fois, des inévitables effets pervers
propres à chacune des combinaisons.
*Muhammad Ali Arsyad, secretary for directorate General of
Forestry Planning, Minister of Forestry of Indonesia In carrying out the
implementation of equitable and sustainable forest management environmentally,
economically and socially as well, one of the most important issue to be
concerned by the Ministry of Forestry of the Republic of Indonesia is management
on public access to forest resources. It is not just because the people living
in and surrounding forest is poor, but also dealing with people's empowerment.
Community access to state forest land should be governed not only associated
with the use of forests, but also public access on state forest. Ministry of
Forestry of the Republic of Indonesia and other various agencies and elements of
society has carried out many activities related to the of communities
empowerment in and around forests. Although community empowerment activities
which has been done is not always succeed, some of the projects have been
increasing people's welfare significantly. In the heart of access is people
empowerment. Access is not merely right. Instead, power. For the reason,
people's empowerment as the core of involvement in state forest management
should include both soft instrument (e.g. people awareness manage forest
sustainable, access to information, transfer and exchange of knowledge,
co-ordination among agencies) as well as hard instruments (e.g. forest
management tools, nurseries, alternative livelihood strategy inputs). It is
recognized that some weakness of community empowerment activities are the lack
of education, the lack of coordination and information as well. Well-managed
arrangement for the allocation, access and control could be a motivating factor.
Therefore, in order to make community empowerment programs running well, the
pattern of allocation, access, and supervision must obtain a balanced and
comprehensive attention. Giving access to communities within state forest
land is implemented by the Ministry of Forestry of the Republic of Indonesia
through Hutan Tanaman Rakyat (HTR) Program (Communities-based Forest
Plantation). The participants of this program are household or cooperatives.
Each household is granted the management right for a maximum of 15 hectares of
production forest. Meanwhile, cooperatives are granted rights in managing
production forest, where the scale is determined by the cooperatives financial
and managerial capability and the number of household, cooperative's member.
Giving access to communities in managing state forest land is expected to
achieve both forest land rehabilitation objective and livelihood objective. In
other words, forest land rehabilitation is handed over to the communities but at
the same time communities are given the opportunities to enhance their
livelihoods from state forest land in a sustainable way. In accelerating the
HTR Program, Directorate General of Forestry Planning plays an active role in
preparation the enabling condition of mapping the HTR Program location and
forest boundary demarcation of the HTR. Besides, with other institutions,
Directorate General of Forestry Planning also responsible for evaluating and
supervising of the Program. (N.C.)
Lucien CHABASON, Président de Plan Bleu
L'eau est une ressource naturelle renouvelable ; partant, sa
gestion ne relève pas des logiques applicables aux ressources
fossiles. Cependant, l'intensité des pressions que les ressources en eau
subissent du fait du developpement demographique et economique, principalement
l'irrigation et l'urbanisation ,s'ajoute aux risques de pénurie que le
réchauffement pourrait créer dans certains grandes régions de la planète en
particulier Inde, Chine, Méditerranée. De plus trois grands facteurs viennent
aggraver la question de l'eau : la pollution qui réduit sa qualité et crée des
problemes sanitaires, le retour des grands barrages hydro électriques ,
facteurs de tensions domestiques et transfrontières et l'assèchement des terres
humides qui favorise les inondations. L'etablissement d'une gouvernance des
grands fleuves, lacs, nappes internationaux là où elle n'existe pas est un
impératif de même qu'une approche concertée visant à maitriser la demande et de
gerer l'eau dans la durée y compris les questions de pollution qui exigent un
effort financier d'investissement considérable ;
25 juin Enjeux géostratégiques, financements innovants,
coopération décentralisée
Le financement et les aspects institutionnels du développement
et de la coopération décentralisée (S4)
Texte d'orientation :
Le concept de territoire se réfère à un critère géographique. Il
peut s'agir d'une commune, d'un groupement de communes ; d'un département, d'une
région, d'un pays, d'un ensemble de pays (l'Union européenne par exemple) et
pourquoi pas d'une association de pays dont certains objectifs sont communs
(Union pour la Méditerranée, condominium de neuf pays nordiques dont l'objectif
est la lutte contre la pollution de la Baltique, par exemple)… Les objectifs
du développement décentralisé peuvent être économiques, financiers, sociaux,
culturels, environnementaux…Ils sont relatifs à la gestion coordonnée des sols,
de l'eau, des transports, de l'énergie, de l'aide publique au développement dans
le cadre d'une politique Nord-Sud, de la coopération médicale, de partenariats
public-privé, de microcrédits, de transferts de technologies… Il s'agit, à
partir d'une collectivité territoriale d'un pays industrialisé, d'apporter une
aide décentralisée. Dans les domaines évoqués ci-dessus, les besoins sont
immenses et ne sont pas obligatoirement très coûteux à satisfaire : aide à la
scolarisation, création de dispensaires, investissements pour l'irrigation,
lutte contre les pandémies…C'est vers ce type d'actions que les collectivités
locales s'orientent activement, car le pouvoir centralisé ne peut pas être le
seul acteur à agir dans le cadre de cet effort fondé sur la solidarité. La
réalisation de ces objectifs implique l'existence de confiance et la mise en
place de moyens financiers. L'efficacité de ces investissements nécessite un
suivi dans le cadre de la coopération d'autant plus que les dépenses de
fonctionnement des communes, des départements, des régions progressent plus vite
que les recettes (l'investissement des collectivités représentant en France les
trois-quarts de l'effort de l'investissement public). C'est donc à des niveaux
institutionnels décentralisés d'intervention très différents qu'on peut
envisager le financement du développement et de la coopération.
Synopsis
* Omar Benbekhti, professeur à l'université d'Oran
Quatre décennies durant, après l'indépendance du pays, le
développement rural a été réalisé par la mobilisation de financements publics
utilisés de façon non optimale. Cette politique, fondée sur l'assistanat et les
décisions techniques, centralisées et unilatérales, a conduit à une
déstabilisation de l'agriculture, provoqué de profonds déséquilibres et accentué
une dépendance alimentaire croissante. La dégradation des conditions de vie des
populations et des écosystèmes en milieu rural, a amené l'État à mettre en œuvre
une nouvelle stratégie de développement rural qui vise la revitalisation des
espaces ruraux, la résorption de la pauvreté et la stabilisation des revenus des
ruraux par le développement de l'emploi en milieu rural. Le défi touche de facto
la recherche de la sécurité alimentaire.
Le programme national de développement agricole (PNDA), initié
en 2000, est une tentative pour relancer l'investissement dans l'agriculture,
interrompu depuis le milieu des années 80. Il s'agit d'une reformulation de la
stratégie de reconstruction du territoire agricole, désapprise dans l'approche
antérieure du développement, qui sera basée sur la revitalisation des
territoires à travers une politique de " renouveau rural ". L'objectif est
d'adapter chaque projet avec la particularité du développement et la capacité
d'innovation du territoire considéré, en mettant l'accent sur l'innovation, la
démonstration et la transférabilité. L'accompagnement des initiatives locales,
l'innovation et la mise en réseau se présentent comme les trois facteurs clés du
développement rural. Cependant, la conquête de la cohérence recherchée par le
renouveau rural constitue l'enjeu majeur à travers la capacité à organiser - ou
à tout le moins réguler - des fonctions et des services à l'échelle du
territoire dans une démarche de démocratie participative, et de gestion
décentralisée. Les profondes mutations que connaissent dans leur diversité les
zones rurales impliquent la recherche de solutions nouvelles adaptées à chacun
des territoires, fondées sur une stratégie de développement globale,
multisectorielle basée sur la capacité d'initiative des acteurs locaux, en
particulier des collectivités territoriales. L'amélioration de la sécurité
alimentaire devrait donc se réaliser par le développement des capacités de
production et l'utilisation rationnelle des ressources naturelles, planifiées
localement. Cependant, la revitalisation des territoires ruraux, suppose la
création et le développement d'un système, pas seulement l'existence d'un
appareil productif agricole. Malgré les potentialités du pays, la faiblesse
d'une politique d'irrigation systématique (quelques 2,2 millions d'hectares sont
irrigués) et le morcellement des terres ; constituent un frein à cette ambition.
L'Algérie réussira-t-elle à atteindre l'autosuffisance alimentaire si une
politique de territoires et de coopération décentralisée n'est pas renforcée
?
* Michel SIRONI, comité du jumelage d'Etrechy
Les associations, partenaires de la coopération
décentralisée
Citons une phrase de Pierre JACQUET dans Alternatives
Internationales : " Alors que les pays les plus industrialisés ne représentent
qu'une minorité de la population mondiale, leur expérience de croissance est
souvent pensée comme la norme, ce qui fait apparaître tout le reste comme un
échec". Cette phrase, relativisant la notion de modèle de développement, nous
parait introduire correctement le climat de travail de notre commission. Elle
était composée d'acteurs de terrain du monde associatif, dont certains œuvrent
en faveur de pays d'Afrique Subsaharienne. Une partie des travaux a consisté à
interroger la notion d'aide, notion que le décryptage de certains chiffres
relatifs au financement du développement a permis de relativiser. Plusieurs
indicateurs attestent que les flux financiers Nord-Sud et Sud-Nord, si l'on
intègre les rapatriements des multinationales, l'évasion fiscale ou le service
de la dette ne sont pas nécessairement au bénéfice du Sud. Par ailleurs la
destination des flux d'aide au développement a été questionnée par le groupe.
Selon Coordination Sud seulement 50 à 60% de l'aide publique française est
réellement versés aux pays receveurs, le restant étant consacré aux annulations
de dette, au financement des bourses d'étudiants étrangers dans les pays
donateurs. Depuis 2007, alors que les financements institutionnels sont restés
sensiblement stables, les financements privés ont diminué. Cela concerne en
particulier les envois d'argent des travailleurs migrants à leurs familles dont
le montant est bien supérieur à l'aide publique au développement. Cette source
de financement a chuté dans l'Afrique subsaharienne, selon le FMI, de 3% par
rapport à l'ensemble des financements internationaux, en passant de 21% en 2008
à 18% en 2009. Ceci est dû aux licenciements et aux pertes de revenus frappant
les travailleurs immigrés dans leur pays d'accueil. La part des financements
qui transite par la coopération décentralisée française est relativement
modeste, mais elle a augmenté jusque à présent régulièrement : 45 millions
d'euros par an se répartissent selon un pourcentage de 36% de la part des
régions, 11% des départements, 53% des communes ou groupements de communes. Le
Conseil Général de l'Essonne consacre environ un million d'Euros à la
coopération décentralisée dont 600.000 euros au financement de projets portés
par des acteurs essonniens. Les frais de fonctionnement du service de la
coopération ne sont pas compris dans ce montant. L'engagement des collectivités
françaises repose sur du volontarisme. Il ne s'agit pas d'une compétence
obligatoire. On peut se demander si la réforme territoriale ne risque pas d'y
mettre un terme. Le propre de la coopération décentralisée est de reposer sur
des non-professionnels. Des bénévoles, parfois des élus, qui ne disposent pas
d'infrastructures importantes et qui entretiennent des liens directs avec les
bénéficiaires des actions financées. Le bénévolat constitue la première
valeur économique de la coopération décentralisée (au sens large du terme,
incluant les acteurs associatifs). La valorisation de cet apport en moyens
humains et la nécessité de l'encourager, de l'aider à se former a été défendue
par le groupe. Qui n'a jamais entendu parler des équipements financés et mis
en place qui se retrouvent peu de temps après à d'abandon ? Parfois on peut
mettre en cause le manque de préparation du projet, la formation insuffisante
des utilisateurs à la gestion et à la maintenance, mais le plus souvent
les raisons profondes échappent. La coopération est basée sur des transferts de
fonds publics et privés dont les acteurs associatifs se sentent responsables.
Dans ce contexte, l'évaluation des résultats devient une obligation
morale. Toutefois, le moment venu, on se rend compte de la difficulté
d'avoir des indicateurs pertinents et partageables, même dans le cas où ils ont
été conçus en amont, souvent avec l'incitation des partenaires financiers.
Pourquoi ? Les associations de bénévoles ont la difficile tâche de mener avec
leurs partenaires du Sud une étude de besoins, de prendre en compte le cadrage
administratif des bailleurs de fonds, d'accompagner les acteurs locaux dans la
réalisation des actions programmées. Le tout dans le respect de l'autonomie de
chacun. On voit bien la complexité de ces opérations, gérées une bonne
partie à distance et la difficulté d'avoir des indicateurs partageables par
l'ensemble des partenaires en même temps.
La coopération décentralisée développée par le monde associatif
crée des occasions d'échanges interpersonnels directs et riches d'enseignements
pour tous les partenaires. La perception du temps n'est pas la même de la part
d'une population rurale dépendante des récoltes de l'année, de la part d'une
association du Nord, fortement urbanisée et capable de s'inscrire dans des
projets pluriannuels ou de la part des bailleurs de fonds soumis à des
orientations politiques, des enveloppes budgétaires et des fonctionnements
formalisés. Les actions de développement doivent être articulées à une politique
de territoire et répondre à des besoins reconnus par la population à
laquelle elles sont destinées. La participation active, voire financière, de la
population à la mise en place des actions entreprises dans le cadre de la
coopération est une première condition de pérennité. Elle ouvre la voie à la
fiscalité locale. La formation doit accompagner la mise en œuvre et le
fonctionnement courant des équipements et des actions. Elle constitue la seconde
condition de pérennité. Les conventions pluriannuelles de financement se sont
révélées être des modalités de fonctionnement particulièrement adaptées à la
mise en place de projets voulant s'inscrire dans le développement durable.
Les nouvelles sphères d'influence et le mal développement
(S5)
Texte d'orientation :
Depuis la disparition de l'empire soviétique, la géopolitique
mondiale a fait l'objet d'une redistribution de cartes majeures. Les Etats-Unis,
n'ayant plus d'opposant crédible, ont laissé se développer le système libéral
qui avait été l'artisan de leur succès. Mais ce faisant, ils ont provoqué
l'accentuation de ses défauts inhérents qui, mondialisation oblige, ont diffusé
sur l'ensemble de la planète. La recherche de coûts de production toujours plus
bas a favorisé un transfert de la production industrielle des pays avancés vers
des pays à bas coût de main-d'œuvre, sans que les premiers cessent toutefois de
développer de nouvelles capacités internes à produire de la valeur. Pour
satisfaire la demande intérieure et maintenir la dynamique de développement, une
partie des achats de produits industriels s'est faite à crédit. Aujourd'hui, le
poids de la dette rend incertain la capacité des pays riches à créer une
dynamique saine de relance économique. Appauvrissement des pays riches,
enrichissement des pays émergents et dégradation des pays les plus pauvres, tout
cela crée une situation favorable à l'émergence de nouvelles puissances
régionales dans un monde multipolaire, avec son lot de tensions et
d'instabilités. Dans de nombreuses régions du globe, les besoins en
ressources essentielles ne pourront être satisfaits. Les migrations de
populations vers les villes, vers les côtes et vers les pays à niveau de vie
élevé, bouleverseront les cultures et les comportements. Face à ces défis, il
n'est qu'une réponse, darwinienne, s'adapter ou disparaitre. Il faudra s'adapter
à la pénurie dans une gestion plus économe et plus solidaire des ressources.
Synopsis :
* Alexandre Melnik, professeur de géopolitique à ICN Business
School Nancy, ancien diplomate russe
L'enjeu clé de la globalisation du XXIe siècle semble être
la synergie entre la montée en puissance des nouveaux pôles d'excellence
géopolitiques (BRIC), qui explosent les certitudes du XXe siècle, et l'impact
révolutionnaire de la démarche " bottom - up ", dans notre " monde plat ",
rythmé par les nouvelles technologies d'information et de communication. Ce
phénomène confère, logiquement, les nouveaux pouvoirs aux collectivités
territoriales, au plus près des attentes du quotidien. En d'autres termes, il
s'agit d'une évolution de la classique dichotomie " local vers global " dans un
nouvel univers géopolitique et technologique qui démocratise, voire banalise
l'immédiate " globalisation du local ", dans des proportions inconcevables il y
a encore quelques années. Et ce n'est qu'un début de la déferlante qui efface
les frontières spatio-temporelles ! Mais cette nouvelle donne, qui nous
interpelle à tout moment et partout, est à double tranchant pour les
traditionnels acteurs de terrain (qu'il s'agisse des individus ou des
institutions). Ceux-ci sont placés, aujourd'hui, devant le dilemme : soit ils
préfèrent s'agripper à un statu quo qui les cloisonne dans un simulacre de
confort (crispation, rigidité et repli sur soi, une démarche perdante) ; soit
ils opèrent une vraie révolution mentale et changent de mode opératoire, pour
répondre aux nouvelles exigences (remise en cause, flexibilité et ouverture, une
démarche gagnante). Dans la seconde hypothèse, la globalisation en cours, avec
son infini cortège d'innovations, offrirait aux collectivités territoriales, à
travers la planète, une chance de nouvelles coopérations géostratégiques.
* Paul Kakpo, consultant
Les premières expériences de décentrentralisation
Les analyses et recommandations sont fondées sur l'observation
de deux exemples de décentralisation en Afrique : le Bénin et le Congo. Le Bénin
est actuellement dans sa 2e mandature de décentralisation. L'Agence Africaine de
Développement Durable a vécu en direct la toute la première mandature de 2003 à
2009 au côté du Maire de Grand Popo feu Eugène Kpade. Nous étions chargés
d'élaborer l'Agenda 21 de la commune. Les maires étaient livrés à eux-mêmes. Les
transferts de fonds et de compétences décidés n'ayant pas été réalisés, tout
était à inventer ou à mettre en place. Les attentes de la population étaient
fortes, multiples et urgentes. Ces attentes concernaient aussi bien la santé,
l'éducation, les questions de survie, le social, l'économique bref une
amélioration des conditions de vie (eau, rareté des produits halieutiques ,
ressources basées sur le sable côtier alors qu'il y a un probème aigu d'érosion
côtière. La stratégie de survie des Maires consistait à multiplier en direction
de l'Europe des jumelages et des accords de coopération décentralisée.
Grand-Popo avec Montgeron et la Vendée, Cotonou avec Créteil et Rosny-
sous-Bois, Pointe Noire avec Le Havre et Brazzaville avec Reims. Ces
coopérations naissent soit des affinités de personnes ou associations vivant sur
le territoire concernent les problématiques d'une collectivité territoriale. Des
programmes sont mis en place de commun accord : les actions menées
comprennent le renforcement des capacités du personnel, des études de
faisabilité, le financement partiel de certains projets (gestion des déchets,
office de tourisme, développement de maraîchage, micro-crédit…) D'une manière
globale cette forme de coopération de mairie à mairie, de ville à ville a donc
prouvé son utilité pour l'accompagnement des démarches de décentralisation. Elle
est constructive et enrichit les deux populations (meilleure connaissance de
l'autre, partage de soucis et solutions communs etc). Mais au vu des enjeux et
des défis, elle pousse à imaginer bien d'autres formes de coopérations, pour
regrouper les énergies des territoires.
Pourquoi encourager et innover en matière de coopération
décentralisée ?
C'est dans les territoires que se trouvent les énergies de
développement. La démocratie participative devient pertinente et donne du sens.
Dans les territoires, les solutions de gestion intégrée peuvent être mises en
place (adduction d'eau, assainissement, centrale d'énergie renouvelable,
production agricole, industrie de transformation légère). En général c'est
toujours une partie de la couche la plus défavorisée et vulnérable qui prend des
initiatives : des groupes de jeunes gens déscolarisés, ou des femmes, qui créent
des associations de lutte contre la pauvreté, des mesures de gestion des
déchets, d'assainissement. Ces associations, comme les multiples TPE,
constituent des acteurs importants du développement local. La société civile se
mobilise, il faut lui donner les moyens de jouer un rôle déterminant dans les
territoires. Il manque aujourd'hui une impulsion pour mettre ces formes
d'organisation en synergie. Cette tâche peut incomber à la coopération
décentralisée, si elle sait sortir du cadre institutionnel. L'exemple du
co-pilotage de projets de gestion des déchets à Pointe Noire, au Congo est assez
exemplaire, en ce qu'il donne une place à tous les acteurs concernés, publics et
privés. On peut souhaiter que les moyens attribués aux opérations de
coopération décentralisées prennent aussi en compte ces énergies qui ne sont pas
institutionnelles: ces associations, individus, TPE et PME... L'argent mis dans
les mains des institutionnels peut être réparti entre les différents acteurs de
l'organisation locale. On peut laisser à la mairie ce qui est régalien,
c'est-à-dire sur le territoire, les infrastructures, la construction des axes
intercommunaux, et donner les moyens aux autres acteurs de développer entre eux
des synergies.
Quelques autres pistes explorer :
Parrainage sectoriel, mécénat de
compétences, -Approfondissement culturel : impliquation de différentes
couches de la population, jeunes, étudiants, femmes, retraités. Cela doit être
renforcé au niveau institutionnel, budgétaire, aussi on doit intégrer dans le
dispositif le retraité rempli d'expériences qui n'aspire qu'à
partager. -Le mécénat de compétences est à encourager -Le
parrainage des entreprises : la responsabilité sociale des entreprises doit
intégrer leur responsabilité territoriale. Ceci favorisera des partenariats avec
des mairies via des ONG spécialisées ou des cabinets.
* Olivier Giscard d'Estaing, président de la Ligue Européenne et
de la Fondation INSEAD
Une gouvernance mondiale s'impose pour préciser les objectifs et
les besoins financiers et mettre en œuvre les décisions politiques nécessaires
dans les domaines économiques (agriculture, industrie, infrastructures,
principes de ce nouveau mode de coopération multilatérale, distinction entre
gouvernement mondial (irréaliste) et une gouvernance impliquant plusieurs
niveaux de consultation et de décisions, supposant la mise en place d'un traité
institutionnel limité à des secteurs économiques définis et prévoyant des
ressources financières et un contrôle parlementaire (modèle du Traité de Paris
1951). La proposition des secteurs et la coopération avec les institutions
existantes dont les ressources sont insuffisantes et leurs pouvoirs décisionnels
inexistants nécessitent des modifications des rôles institués. L'implication des
entreprises publiques et privées des secteurs choisis importe. Des consultations
préalables sont nécessaires entre les gouvernements de plusieurs pays provenant
des divers continents, avant l'élaboration d'un projet soumis à l'adhésion d'un
certain nombre d'états pendant une phase expérimentale.
* Jean Claude Mairal, conseiller communautaire à Vichy Val
d'Allier, en charge de l'Europe, secrétaire du Pays Vichy Auvergne et Président
de TER-RES territoires responsables
Un idée fait son chemin : l'avenir des campagnes constitue un
enjeu majeur pour les villes. Les territoires de proximité, sont les lieux
privilégiés de mobilisation des populations pour la construction d'alternatives
de développement rural. Une approche de la gouvernance multi-niveaux et
multipartenaires au niveau du local, du régional, du national, du continental et
du mondial, permet de mieux cerner les questions. Les apports des coopérations
décentralisées pour une nouvelle approche du développement rural durable sont
majeurs.
* Alimassi Florent NYEMBO, association NyembiCodetrep
Le développement et le renforcement des inégalités mondiales
se creusent, notamment au regard de l'urbanisation extensive et au sein des
populations. L'habitat social et son réaménagement s'imposent. Nous sommes là
parce-que dans le passé et encore aujourd'hui, nous avons exploité, produit,
consommé les ressources naturelles dans un développement éphémère c'est-à-dire
sans penser à demain. Cette exploitation, cette production, cette consommation
sont les œuvres des humains. Humains regroupés, organisés dans des structures
bref des sphères d'influences cloisonnées selon leurs affinités (politique,
religieuse, ethnique, affaire) et autres. Ces sphères d'influences cloisonnées
sont dites anciennes en opposition aux nouvelles sphères d'influences telles
que Le développement durable La société civile Les migrants Les
citoyens-associations Les entreprises Internet Les religions Les
pays émergents Les femmes La coopération décentralisée
Sphère maîtresse, le développement durable nous alerte, nous
martèle que nous faisons tous partie de la Nature. La société civile réagit. Les
membres des anciennes sphères d'influence ont décidé d'agir dans une entité non
corporatiste dans laquelle la collectivité primait sur la corporation. Ainsi, la
société civile apparaît comme une fédération dont certains membres, tels les
migrants, les citoyens-associations, les entreprises, apparaissent
moteurs. L'ancienne sphère "Coopération étatique" basée sur des motivations
géostratégiques passe souvent à côté du vital ou en tant que machine
lourde arrive parfois après les événements. L'on constate ainsi que les Migrants
compensent par des actions ciblées, plus rapides grâce à leur proximité, à leur
réactivité. La dynamique s'opère en ce sens que nous sommes tous des bâtisseurs,
nous sommes tous des entrepreneurs bref tout est entreprise. Toutefois, il faut
distinguer deux types d'entreprenariats : l'entreprenariat de cœur et
l'entreprenariat de raison. L'entreprenariat de cœur porté par les
citoyens-associations et l'entreprenariat de raison par les entreprises à
capitaux. Ce qui nous amène à constater que nous sommes encore là parce que
les anciennes sphères certes nous ont donné à dompter notre environnement, nous
ont apporté conforts dans nos quotidiens, nous ont donné techniques et beaucoup
d'autres merveilles mais nous ont conduit dans un développement éphémère, dans
un mal développement (développement qui ne répond pas à toutes nos attentes).
Hier et ce jour, une prise de conscience collective pour un développement
durable s'opère face à la raréfaction des ressources, face aux défis futurs,
face au mal développement. Les besoins de base de l'Homme sont de plus en plus
visibles et cela de manière inégalitaire dans les différents continents. Le
transfert de savoirs ne se fait plus seulement vers les pays du Sud, il existe
une interdépendance entraînant une multipolarité (esprit d'échanges, de partages
et de transferts). L'agriculture biologique nécessite plus de surface de
production pour un même rendement faisant que moins de personnes sont nourries
sur une zone géographique Nous avons évolué dans les sciences et techniques mais
humainement la loi du plus fort prédomine toujours. Les relations ne sont plus
humanisées, la population des anciennes colonies n'a pas été préparée à la
décolonisation, à l'indépendance. Les savoirs de fabrication, de production
venaient des colonisateurs. Les villes, les collectivités locales confèrent
une dynamique territoires. Quel est le message commun ? Quelle organisation est
mise en place ? Quelles mesures de contrôles ? Quels moyens de coercition ? Nous
assistons à une nouvelle organisation du monde. L'argent n'est plus en Europe,
ni aux Etats-Unis mais aux "pays émergeants du Moyen-Orient. À qui va profiter
le développement durable ? Jusqu'à quel niveau une entreprise peut-elle user de
sa sphère d'influence ? Comment contrôler son influence ? Peut-elle délocaliser
bon gré comme lui semble ? Face à un dysfonctionnement, l'harmonie ne viendra
que de l'homme, en ce sens que la solution ne pourra venir que dans l'échange,
le développement de l'autre.
Conclusion de la session des experts : rapport scientifique du
forum (S6)
26 juin Segment politique
9 h-12 h Les nouveaux enjeux du développement - quelle place
pour les collectivités locales et leurs coopérations ? (S7)
Texte d'orientation :
La mondialisation sans contrainte du modèle libéral a fait
entrer le monde dans une période de crises, financière et par déflagration,
économique et sociale ; climatique et écologique ; géopolitique et de mal
développement, alors que l'atteinte des objectifs du Millénaire pour le
développement semble désormais régresser. Le sommet de Copenhague en décembre
dernier a montré l'absolue nécessité et la grande difficulté pour nos pays à
promouvoir un mode de développement économique plus équilibré - plus juste
socialement, plus économe en carbone et moins prédateur pour l'environnement. A
l'évidence, les gouvernements nationaux peinent à répondre à ces nouveaux enjeux
du développement. Dans le même temps, ces multiples crises interpellent
directement les territoires que la mondialisation a rendus fortement
interdépendants. Le lent mouvement de démocratisation du monde s'accompagne d'un
mouvement de décentralisation, confiant aux collectivités locales des
compétences toujours plus importantes. Gestion de l'eau, des déchets, des sols,
des aménités, de l'environnement, de l'aménagement du territoire et de
l'urbanisme, des transports locaux, les collectivités sont généralement dotées
de compétences fortes pour créer du développement et en gérer les impacts
environnementaux. Depuis le Sommet de la Terre à Rio, le mouvement des villes et
des territoires s'accroît pour inventer de nouvelles formes de gestion, plus
participatives, plus inventives, organisant les services publics, visant
désormais des territoires zéro carbone ou à énergie passive. Les coopérations
décentralisées s'enrichissent, passant des traditionnels jumelages d'après
guerre qui visaient la réconciliation, aux coopérations Nord-Sud, et désormais
Sud-Sud. Les thèmes de coopération évoluent, d'abord centrés sur les besoins
fondamentaux, éducation, accès à l'eau, santé, puis ouverts sur le développement
économique ou l'appui institutionnel. Les principes de coopération semblent
enfin se modifier, d'abord conçus dans un élan de charité, puis progressivement
comme de véritables partenariats, pour aboutir peut-être demain à une recherche
commune d'un mode de développement soutenable pour la planète ? Mais ces
politiques se heurtent aux injonctions de la mondialisation libérale d'adapter
les territoires aux normes de rentabilité du marché monde et d'en réparer au
mieux les dégâts écologiques et sociaux. Dès lors, les collectivités pas plus
que les états n'ont à elles seules les moyens de leur souveraineté. La
coopération entre collectivités pourrait être le vecteur d'une démocratie
renouvelée, passant par la coopération et la solidarité entre les peuples.
Synopsis :
* Marc Menguy, ancien Ambassadeur , Président de la société des
amis de Qufu
Le cas de Qufu, lieu de naissance de Confucius, Coopération en
Patrimoine et Développement durable
Le cas de Qufu s'est inscrit à l'origine dans le contexte à la
fois du développement durable et de la coopération en patrimoine. Dans son
évolution la plus récente, à l'issue d'un projet trisannuel arrivé à son terme
Asia Urbs (2005-2007), la coopération décentralisée avec ce site s'est
attachée, dans un cadre de société civile (la Société des Amis de Qufu, fondée
par le Docteur Lin, consultant à l'UNESCO et moi-même), à maintenir les liens de
confiance et d'amitié que nombre de partenaires en coopération et notamment le
Maire de Qufu ne souhaitaient pas voir disparaitre. Dans l'attente d'élargir
cette coopération, les échanges se situent d'un commun accord au niveau de
rencontres et de colloques qui permettent d'évoquer entre partenaires européens
et chinois les thèmes que le site historique de Qufu ne peut manquer de
susciter, tels que l'espace culturel, les questions de civilisation (colloque de
2008). A cette thématique, s'ajouteront en septembre, au titre de ces "
rencontres de Qufu ", des échanges entre partenaires sur les questions ayant
trait au Développement durable, à l'Environnement, à l'Etablissement humain.
La Ville de Qufu, dans le Shandong, lieu de naissance de Confucius au Vème
Siècle av. JC, est l'un des sites fondateurs de la civilisation chinoise, d'où
s'est répandu au fil des siècles un corpus de "préceptes ", le message
confucéen. Cet ensemble de réflexions sur l'Homme et la Société, en
harmonie, est devenu le système moral et social sur lequel s'est appuyé
jusqu'au XXème siècle le pouvoir impérial et la société chinoise toute entière.
Consacré par les empereurs Han, ce lieu a préservé l'essentiel de son patrimoine
architectural, espace de haute tradition, d'où s'est dégagée l'une des
composantes historiques du patrimoine immatériel de la Chine, aujourd'hui
reconnue comme telle par les autorités nationales : le Confucianisme. Le
site de Qufu ayant été inscrit en 1994 au Patrimoine de l'Humanité, les
autorités locales se sont préoccupées de rechercher les voies et les moyens de
protéger cet héritage, conformément au programme national de préservation des
lieux de mémoire, non sans associer à leurs préoccupations essentielles en
matière de développement durable, les autorités de Qufu, conseillées par des
urbanistes et architectes. Nous devions rechercher en Europe - réputée
dans ce domaine - une coopération en patrimoine et en développement qui
permettrait à ce site de répondre aux critères de l'Unesco, dans le cadre du
Programme Asia Urbs. Nous leur avons suggéré de faire appel à la ville de Rennes
- déjà engagée dans le Shandong, avec la région Bretagne, à laquelle s'est
associée la ville de Saint -Jacques de Compostelle. Ces deux cités ont ainsi
accompagné Qufu dans une démarche financée pour l'essentiel par l'Union
européenne et à moindre degré par les trois cités concernées. Cette
entreprise conjointe avait en effet pour objectif, non pas de résoudre les
contradictions inéluctables entre Préservation du Patrimoine et Développement
durable dans sa forme touristique - préoccupation majeure des autorités locales
-, mais bien de rechercher les moyens de vivre ces contradictions dans une prise
conscience nouvelle des priorités, des réalités, des finalités, avec comme
toujours en Chine la perspectives de débats, sans lesquels rien ne peut être
réellement décidé.. Tant dans la mise en œuvre de cette entreprise conjointe
entre experts européens et chinois qu'au sein même des structures locales, les
réflexions suscitées par cette méthodologie auront permis à cette coopération de
prendre une forme originale et concrète - intéressement des populations,
modification de l'habitat, concertations internes - ce qui, semble-t-il, aura
été perçu dans l'environnement chinois lui-même.
* Emmanuel Poilane, directeur de France Libertés, Fondation
Danielle Mitterrand
La coopération décentralisée : une exception française pour une
relation Nord-Sud. Peut-on imaginer une relation équilibrée Sud Nord - Nord
Sud ?
Après avoir passé dix-sept ans en Afrique de l'ouest, Afrique
centrale et Madagascar, assurant l'encadrement des volontaires au sein de
l'Association Française des volontaires du Progrès, l'occasion m'a été donnée de
côtoyer des acteurs de coopération décentralisée nord et sud dans cinq pays. Le
Tchad, Le Bénin, La Guinée, le Niger et Madagascar. En lien étroit avec eux, ces
années de travail m'ont permis de considérer les atouts et les limites de la
mise en œuvre de nos coopérations décentralisées. Pour autant, je ne suis pas un
expert en la matière. Je vais simplement partager avec vous mon ressenti. Durant
toutes ces années, mes activités m'ont amené à rencontrer fréquemment des
acteurs sud de la coopération décentralisée, cette proximité était pour moi sans
enjeux d'aucune sorte. Aider à la meilleure exécution possible était mon seul
but. Je compte donc sur votre indulgence d'experts. Comment la coopération
décentralisée est elle passée d'une relation paternaliste à une véritable
volonté de coopération au sens noble, pourquoi cela prend-t-il autant de temps
? Premiers regards au début des années 90, la plupart des coopérations
décentralisées sont issues de jumelages, mises en œuvre par des personnes de
cultures différentes, celles-ci se rencontrent soit au nord, soit au sud et
mettent en lien deux communautés. Cette relation attachante, est souvent limitée
en terme de coopération réelle, le coté émotionnel tenant plus de place qu'une
véritable approche du développement local. En France, la modification des
lois de décentralisation, la création des budgets à la coopération
internationale de nos territoires décentralisés, permettent de regarder ces
formes de collaborations sous un nouveau jour. De territoires à territoires,
elles deviennent plus professionnelles. L'histoire récente de cette évolution
est bien mise en lumière à Madagascar. En effet, les assises de Coopération
Décentralisée en 2006 à Tananarive ont permis d'enclencher un nombre substantiel
de partenariats de région à région dans une volonté de coopération technique.
L'approche est d'abord professionnelle et permet d'envisager l'organisation des
activités sous un nouveau jour. La mise en œuvre de la coopération
Aquitaine-Itasy est l'exemple d'un montage ou les secteurs d'interventions, les
modes d'interventions et la réalisation des actions ont été l'œuvre d'une vraie
coopération. Avec ce nouveau modèle, on voit évoluer la coopération mais il faut
alors mettre en œuvre ces échanges, dans un climat de confiance. Comment
repenser nos coopérations décentralisées avec la volonté d'aider les acteurs
sud, sans vouloir imposer les vues du nord ? La programmation
d'initiatives de coopérations décentralisées est elle de notre fait ou celui
d'un réel échange ? Comment réussir à engager une coopération confiante,
notamment dans le cadre de la relation financière ? Le partenaire Nord a
l'obligation de garantir en même temps : la bonne utilisation des fonds, mais
aussi de mettre en valeur, au nord, leur utilité pour les territoires du sud.
Cela peut fausser la dynamique de coopération par peur de ne pas atteindre ces
deux objectifs, voir la transformer complètement. Pour un bon partenariat, la
confiance est nécessaire, il est faut donc prendre le risque de ne pas pouvoir
tout maîtriser. Certaines coopérations sont exemplaires dans la volonté de créer
de véritables échanges. Je vais citer deux exemples expérimentés au Niger et à
Madagascar. Déjà évoquée, la région Aquitaine coopère avec celle d'Itasy à
Madagascar et le Val de Marne échange avec le département de Zinder au Niger.
Ces deux régions ont misé, dès le début de la construction de leur relation, sur
la fiabilité de leurs partenaires, ainsi que sur leur capacité à choisir
ensemble leurs axes de coopération. Le choix fait par ces deux coopérations
de la mise en œuvre financière directe de collectivité à collectivité sans
passer par un opérateur est un signe de confiance rarement mis en œuvre dans cet
univers. Les résultats sont toujours difficiles à lire car seul le temps permet
d'en mesurer les effets, mais ils sont suffisamment bons pour nous faire dire
que c'est chose possible, malgré les réalités politiques de ces deux pays qui
freinent les ambitions sans cependant réussir à les stopper. Comment des
coopérations décentralisées bien menées pourraient-elles nous enrichir des
valeurs culturelles et traditionnelles des pays sud ? Pour faire avancer le
modèle actuel, il faut probablement penser autrement notre relation à ces
différentes cultures. La capacité des acteurs du sud à nous apporter une vision
du monde, imprégnée de valeurs traditionnelles, pourrait être l'occasion de
relativiser nos désirs de progrès, de confort, de consommation. Actuellement,
un certains nombre de territoires affichent la volonté de repenser nos
indicateurs de richesse. N'est-il pas possible d'imaginer un partenariat
nouveau, permettant ainsi de revoir et de faire vivre nos systèmes de valeurs
dans un échange plus juste et plus équitable, autant sur les plans matériels
qu'humains ? Les sociétés approchées durant mes 15 années de vie au sud,
m'ont appris l'absolue nécessité, de penser le développement dans le respect des
traditions. Les préalables à ce que nous considérons comme un vrai début
d'activités, nous semblent parfois insolites ou incongrus, cependant ils peuvent
être essentiels pour la bonne marche d'une société. Je pense par exemple au
Fiavananah à Madagascar. Cette tradition de respect, de fraternité, d'harmonie,
inscrite dans la vie du peuple malgache depuis des générations, freine parfois
les évolutions, mais s'avère protectrice notamment en temps de crise.
Si nous pouvions réinvestir cette dimension d'harmonie dans nos
sociétés, en tenant compte des préalables que sont les biens communs de
l'humanité, nous serions probablement en mesure de repenser notre modèle de
développement. Envisager un enrichissement de celui-ci, en nous appuyant sur nos
coopérations décentralisées, pourrait être novateur. Prendre appui sur des
acteurs, coopérant pleinement à cette émergence, offrir à l'imagination
collective nord-sud une autre vision du monde qui ne soit pas exclusivement
celle des pays occidentaux, pourraient renouveler ces modes relationnels
indispensables. Si nous voulons envisager cette coopération sud-nord, il
faut renforcer le partenariat qualitatif des relations entre les femmes et les
hommes du nord et du sud. Plus d'échanges, plus de volontariat dans les deux
sens, afin que la prise en compte des réalités des territoires, soient connues
par expérience du temps passé ensemble et non pas seulement par les échanges de
rapports et de documents de toutes sortes. Les volontaires ont un rôle important
à jouer dans ces coopérations par rapport aux générations montantes. Leur
jeunesse et leur manque d'expérience relatif sont un atout dans le respect des
différences. Une certaine naïveté les rend inventifs, leurs liens avec les
populations du sud gardent une forme de légèreté. Ainsi, les acteurs sud ont un
plus grand libre arbitre et révèlent leur capacité à dire non. Cela participe à
l'équilibre global. Ce n'est pas un hasard si nous retrouvons nombre de ces
volontaires à des postes de chargés de mission de coopérations décentralisées
dans nos départements et nos régions. Il nous faut envisager cette richesse plus
avant et imaginer comment la connaissance d'une autre culture, offerte par un
long séjour dans un pays du sud, peut participer activement à la politique de
nos pays du nord, en offrant un regard neuf sur un monde cosmopolite, pour une
mondialisation citoyenne, humaniste et pas seulement économique.
* Mme Émilienne RAOUL, Ministre des Affaires sociales, de
l'Action Humanitaire et de la Solidarité, République du Congo
Avec les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD)
adoptés en 2000 par l'Assemblée générale des Nations Unies, la réduction de la
pauvreté devient l'un des objectifs stratégiques des politiques de développement
et de coopération au développement. Les bilans à mi-parcours montrent cependant
que l'objectif de réduction de moitié de la proportion de la population dont le
revenu est inférieur à un dollar par jour ne sera pas forcément atteint d'ici à
2015. Face aux dangers d'un monde déstabilisé par les inégalités de
développement, par les atteintes portées à l'environnement, aux écosystèmes et
aux droits sociaux, les collectivités territoriales ont un véritable rôle à
jouer. De façon inhérente après Rio, la coopération décentralisée
figurait dans la déclaration finale du sommet de Johannesburg en
2002. Ainsi est reconnue la coopération décentralisée comme outil du
développement durable, et plus largement le rôle des collectivités locales
est renforcé dans sa relation aux enjeux globaux. Par la suite, l'une des
tendances les plus importantes tendra à vulgariser le concept en définissant ses
objectifs, qui sont : " des objectifs d'équité sociale, d'efficacité économique,
d'amélioration de l'environnement. Mais ils visent aussi l'organisation, dans un
souci de simplification et surtout de démocratisation des modes de prises de
décision, de gestion et de contrôle. Cette idée est résumée par la formule : "
Penser globalement, agir localement ". La décennie 90 s'ouvre en Afrique sur une
série de réformes des institutions publiques. Ces réformes s'inscrivent
elles-mêmes dans une vague de démocratisation qui a trouvé sa traduction dans
l'administration territoriale, avec la décentralisation comme point focal.
Celle-ci est entendue comme une voie de sortie de la double crise économique et
socio - politique dans laquelle se trouvent les États. Les populations
africaines, quant à elles, y voient un autre moyen de prendre la parole sur les
questions de gestion publique. Cette perspective adopte de manière peu
surprenante les revendications dans des contextes où la centralisation politique
et administrative avait, pendant trois décennies, privé les populations du droit
de participer, même indirectement, à la vie publique de l'État. La
décentralisation offre alors une autre modalité de l'exercice de la démocratie.
Présentée comme une nouvelle clef de la démocratie et du développement dans nos
pays, elle a suscité le concours rapide des acteurs de la coopération
internationale à travers des interventions au niveau des municipalités.
L'Afrique subsaharienne surtout l'Afrique de l'Ouest est d'emblée apparue
privilégiée par la coopération décentralisée dans ce secteur. En ce sens, la
participation des populations à l'élaboration des politiques de développement
dans les domaines qui les concernent est censée assurer leur adhésion à leur
exécution et, par voie de conséquence, une appropriation locale des politiques
de développement. Cette participation est entendue comme la prise en charge, par
les populations bénéficiaires, du coût du service public au niveau local.
Démocratie locale et développement local sont ainsi les deux principaux enjeux
de la décentralisation dans l'Afrique d'aujourd'hui. Cette coopération entre
collectivités locales et leurs homologues étrangers est une réalité en Afrique
depuis le milieu des années 80, même si des exemples antérieurs peuvent être
cités. Elle a pris place dans les dispositifs législatifs de la
décentralisation, et certains pays l'ont intégré dans leurs outils de
coopération internationale. C'est le cas de la plupart des pays africains
qui ont signé avec la France une convention-cadre de coopération
décentralisée entre ses communes et leurs homologues françaises. La
coopération décentralisée est encore une forme de coopération relativement
jeune. Jusqu'à présent, l'engagement des collectivités françaises et
l'implication de leurs services techniques ont été limités, les actions étant
déléguées à des comités de jumelages, associations, ONG, comme le projet de
microréalisations communales et associatives à Brazzaville est mis en œuvre par
le Gret, en partenariat avec deux ONG locales (AAISC et FPGR), intervenant dans
deux arrondissements de Brazzaville. Ainsi le type de logique mise en œuvre a
été celle que l'on retrouve chez les ONG : logique de solidarité, de réponses
aux besoins de base, de renforcement de la société civile. Il s'agira de
réfléchir à ces limites, dans le contexte actuel de crise, et de se demander
comment être à la hauteur de ces enjeux socio - économiques.
Jean-Claude Ziv, Professeur au Conservatoire National des Arts
et Métiers
La mobilité est pour chacun le moyen de réaliser son
programme d'activité : aller chercher des croissants, accompagner les enfants à
l'école, aller au travail, aller déjeuner, revenir au travail, passer faire les
courses, se rendre au gymnase, récupérer les enfants, retourner à la maison,
ressortir au cinéma. Chacune de ces activités comprend un volet transport. Qu'on
soit en ville, en banlieue ou à la campagne, il faudra trouver une solution pour
effectuer ces déplacements sous peine de ne pouvoir réaliser son programme
d'activité. Pendant longtemps, nous aspirions tous à réaliser ce programme à
l'aide de l'automobile. En effet, ce mode de transport donne l'impression d'une
grande liberté et d'une grande indépendance car il permet le " porte à porte "
au " juste moment ". Avec une automobile, on peut décider à tout instant de
changer son programme en fonction de contraintes nouvelles. Malheureusement,
il est vite apparu que le coût pour l'environnement, le coût social, et le coût
financier d'une généralisation de l'usage de l'automobile au détriment des
autres modes de transport deviendraient absolument prohibitifs. Il ne
paraît pas possible d'augmenter encore le nombre d'autoroutes (urbaines ou
rurales), la quantité de parkings dans les villes, le nombre de garages dans les
immeubles… En réaction, par exemple en France dans les années 80 et 90, les
décideurs nationaux ou locaux, de gauche comme de droite, ont voulu imposer une
réduction forcée de l'usage de l'automobile et un développement obligé de
l'usage des transports collectifs. Dans les grandes villes comme Paris ou Lyon,
leurs efforts ont pu être couronnés de succès, mais dans la plupart des villes
moyennes, malgré des investissements parfois très importants, il a été difficile
de décourager l'usage de l'automobile. La ménagère de Bourges ou de Valence a
continué à accompagner les enfants et à se rendre à son travail en voiture.
Selon une étude réalisée pour le CERTU sur Lyon, Lille et Strasbourg,
aujourd'hui 28% des déplacements de moins de 1km sont réalisés en voiture dont
la moitié ne concernent ni l'accompagnement ni un déplacement multimodal, 60%
des déplacements de 1 à 3 kms sont réalisés en voiture. 30% seulement des
déplacements du centre vers la périphérie d'une agglomération de plus de 3kms
sont réalisés en transports collectifs. Moins de 20% des personnes utilisent
aujourd'hui plusieurs modes pour un même déplacement. On s'aperçoit
aujourd'hui que la seule façon de réellement convaincre les usagers d'abandonner
leur voiture est de leur proposer une solution alternative équivalente ou au
moins s'en rapprochant, c'est-à-dire permettant le " porte à porte " au " juste
moment ", c'est-à-dire une solution " acceptable " donc " durable ". Cette
solution passe par la mise en œuvre d'une offre de transport répondant
réellement à la demande à travers la mise en œuvre d'un système intermodal
intégré et convivial. Une telle offre commence à être mise en œuvre dans de
nombreuses agglomérations de tailles diverses mais aussi dans des zones
périurbaines ou rurales. Elles sont réalisées par des opérateurs pour le compte
de collectivités locales de tous ordres : autorités organisatrices
urbaines, communautés de communes, départements, régions. Malheureusement,
malgré des progrès considérables, nous sommes encore loin d'assister à une
diminution spectaculaire de l'usage de l'automobile, même si pour la première
fois l'augmentation de son usage semble se ralentir en France. Qu'est ce que
l'intermodalité ? C'est la mise en œuvre d'une offre de transports mobilisant
tous les modes de transport disponibles et compatibles, dans une même zone, afin
d'assurer de façon continue un déplacement " de porte à porte ", si possible à
tout moment ou à la demande. Une intermodalité réussie, utilise tous les moyens
techniques intelligents (informatiques, électroniques, mécaniques) pour assurer
la continuité, la compatibilité, la cohérence, la lisibilité, la complémentarité
des modes de transport mis en œuvre. Dans ce cadre, un des éléments principaux
du dispositif est la qualité et l'efficacité de l'information des usagers ainsi
que la simplicité de la tarification et de la billettique. Quels sont les
différents modes de transport à prendre en compte ? Si on exclut les modes à
caractère strictement interurbain voire international comme l'avion, et en plus
de l'automobile, il faut citer : le train (TER, trains de banlieue), le
tram-train, le tramway, le BHNS (bus à haut niveau de service), le bus, les
taxis, le transport à la demande, les taxis collectifs, l'autopartage, les deux
roues (motorisés ou non), les ferrys, navettes fluviales ou maritimes. Pour
intégrer ces modes entre eux, il est nécessaire d'utiliser des équipements
informatiques et techniques comme : - Les différents systèmes de
billettique qui comprennent, l'informatique, les terminaux de perception
(oblitérateurs, lecteurs etc…), les supports magnétiques (billets, cartes et
tous autres systèmes bluetooth, magnétiques ou sans contact comme les téléphones
portables). - Les différents systèmes utilisant ou non internet ou la
téléphonie mobile. Par exemple les panneaux d'information en temps réel aux
arrêts, les horaires papier, tous les sites d'information des usagers sur
internet ou internet mobile, la signalisation physique sur voirie ou dans les
gares) - Les parkings, les parkings relais, les parkings pour deux
roues. - Les pôles d'échange intermodaux qui peuvent permettre
l'intégration de deux ou plusieurs modes et comprendre un certain nombre
d'équipements utiles aux usagers comme des commerces, des haltes garderie, des
points d'information, des toilettes etc… La plupart des collectivités
locales se préoccupent aujourd'hui à des degrés divers de mettre en place
l'intermodalité. Ils le font avec l'assistance de groupes spécialisés parmi
lesquels les quatre principaux en France sont VeoliaTransport/Transdev (fusion
prévue dans l'année), la SNCF et ses filiales dont Keolis et Effia, la RATP qui
aujourd'hui se développe en province et le groupe AGIR qui regroupe un certain
nombre d'indépendants. L'existence d'une certaine concurrence entre ces
groupes les incite à faire preuve d'imagination pour trouver des formules
innovantes. Toutefois, actuellement, il y a des limités à cette concurrence que
la réglementation européenne n'a pas encore réussi à gommer. Par exemple, la
SNCF conserve le monopole de l'exploitation des trains de voyageurs (banlieue ou
interurbain sauf cabotage) sur le domaine public ferroviaire, c'est-à-dire la
quasi-totalité de l'infrastructure gérée par Réseau ferré de France. De
nouvelles coopérations pour un monde durable et solidaire - Regards croisés de
collectivités françaises et étrangères sur la coopération décentralisée
(S8)
Texte d'orientation
Le milieu local de la coopération internationale a profondément
évolué au cours des trente dernières années. La désaffection des organisations
non gouvernementales nationales et le besoin d'engagement ont entraîné une
explosion de créations de micros structures de solidarité internationale. Ces
associations et organisations de solidarité internationale (aSI et OSI) sont
implantées au niveau local et portent des projets ciblant des territoires de
tailles modestes. Des acteurs ont émergé: les étrangers durent attendre 1981
pour obtenir le droit de se constituer en association loi 1901, les amicales se
sont ainsi transformées en associations ou organisations de solidarité
internationales issues de l'immigration (ASIM et OSIM) et sont actuellement des
partenaires privilégiés des autorités publiques françaises. Les collectivités
territoriales et leurs groupements virent leur engagement international reconnu
juridiquement en 1992 jusqu'à devenir une compétence d'attribution en 2007. Ces
différentes structures constituent les forces vives de l'appui au développement
local. Dans ce cadre les zones d'influence et les groupes cibles des
actions de solidarité internationale évoluent : les projets de développement
portent sur des micros territoires dans les pays partenaires et s'intéressent à
des groupes cibles réduits ou à des collectivités territoriales, suite
notamment, aux récents mouvements de décentralisation en cours partout dans le
monde. Théoriquement, la coopération internationale mise en œuvre au niveau
local implique un contact privilégié entre les populations, ce qui représente
une rupture avec le formalisme des coopérations étatiques. Cela devrait
déterminer une modification des comportements des acteurs alors que l'on
constate une inadéquation entre les sémantiques officielles des discours et leur
traduction concrète sur le terrain. En effet, bien que la terminologie évolue
(coopération, co-développement…), on n'assiste pas à l'émergence de
transformations comportementales réelles. Par exemple, les porteurs de projets
ont conscience que la requête doit être issue du terrain mais la confusion entre
demande et besoin perdure. Les émetteurs maîtrisent les discours mais continuent
dans l'action à panser des plaies ne s'intéressant ni à leurs causes, ni aux
organisations des partenaires locaux. Ainsi, il existe des dysfonctionnements
entre émetteurs et récepteurs qui se traduisent par une inadéquation entre la
modélisation au Nord et son interprétation sur le terrain. Il semble
nécessaire de s'interroger sur la diversité de ces dysfonctionnements en
fonction des aires géographiques et socioculturelles des groupes récepteurs
concernés et des personnalités morales des émetteurs, selon qu'ils relèvent du
secteur public ou privé afin d'envisager de nouvelles voies de
coopération. Les acteurs locaux de la coopération internationale
considèrent généralement que leur champ d'intervention répond à des urgences
avérées (manque d'eau, faible taux de scolarisation, etc.). Cela entraîne des
solutions partielles qui ne s'inscrivent pas dans un processus de développement
durable. En effet, contrairement aux motivations étatiques basées sur des
considérations géostratégiques, l'engagement local paraît reposer sur la
traduction émotionnelle de la situation constatée. Trois raisons principales
peuvent être évoquées : Un décodage inadéquat des règles caractérisant les
structures sociétales dont il est membre et celles qu'il rencontre sur le
terrain. Par exemple, lorsque l'émetteur propose la construction d'un
dispensaire, il n'appréhende pas tous les impératifs financiers, culturels, etc.
liés à son bon fonctionnement. D'autant qu'il ignore dans bien des cas, les
paramètres caractérisant un tel projet dans son propre environnement. Les
comportements des acteurs sont déterminés par les inconscients collectifs liés à
l'espace sociétal intégrant les facteurs religieux et politiques. Les
présupposés historiques liés aux empreintes coloniales déterminent dans le cadre
d'un espace relationnel (entre émetteur et récepteur) un jeu de communication
intégrant une continuité des comportements. Les acteurs qui s'investissent en
Afrique noire par exemple, perpétuent les schémas conceptuels du type
dominant/dominé hérités du discours de la colonisation du XIXème siècle. Aussi,
que penser du fait que les comportements, les pratiques et finalités n'évoluent
guère et ce malgré les différents flux d'informations sensibilisant les acteurs
de développement ? Comment rompre avec cette dialectique factuelle sans analyse
pluridisciplinaire susceptible de rendre compte des causes ? Les acteurs
publics locaux ont-ils un rôle à jouer dans ce cadre et comment doivent-ils
coopérer pour l'avènement d'un monde durable et solidaire ? Aujourd'hui, une
prise en compte opérationnelle et sémantique du développement durable pourrait
permettre une rupture dans les pratiques de coopération internationale, d'autant
que ce concept est actuellement décliné au niveau territorial au travers des "
Agendas 21 locaux ". D'autre part, les collectivités territoriales
s'investissant dans le développement international doivent, s'interroger sur
l'intérêt local des projets qu'elles développent. Le croisement de ces démarches
devrait susciter une prise de conscience relative aux pratiques de développement
territorial en France et dans les territoires partenaires qui " impacterait " de
fait et par effet miroir, l'action des acteurs infra territoriaux. Une autre
alternative serait des coopérations multipartites permettant alors de dépasser
les contraintes inconscientes et historiques.
Synopsis :
* Jean-Claude LEVY, Conseiller spécial auprès du délégué pour
l'action extérieure des collectivités locales, Ministère des Affaires
Etrangères
Coopération décentralisée " à la française " : diplomatie de
proximité et acceptabilité de l'APD
On peut parler de " Coopération à la française " parce qu'à
l'échelle internationale les échanges entre les pouvoirs locaux traduisent
toujours des spécificités nationales et locales, à la marge des politiques
étrangères des Etats qui obéissent à des codes internationaux communs. En
France, la coopération a ceci de particulier qu'elle est née d'une guerre. Elle
provient principalement des jumelages qui ont facilité après 1945 les rencontres
de réconciliations franco-allemandes à l'échelle de la société civile, de ville
à ville, de village à village. Vers les pays du Sud, autant que vers les pays de
l'Europe de l'Est, il ne s'agissait encore que d'échanges culturels, et de
compréhension mutuelle, ou d'aides publiques ponctuelles, toujours menés par des
élus désireux de maintenir, de promouvoir la paix, dans un contexte de guerre
froide, puis dans une aire de décolonisation et de prise de conscience tiers
mondialiste. Depuis les années cinquante jusqu'à aujourd'hui, la coopération
décentralisée est devenue aujourd'hui, avec environ 4.000 accords de coopération
dans le monde, une véritable diplomatie de proximité, à partir d'une poussière
de jumelages, avec l'Allemagne, puis avec les pays de l'Est, et ensuite avec les
pays en développement, principalement africains, et les grands pays émergents.
La quantité des coopérations, la publicité médiatique qui leur était donnée,
l'importance financière directe ou indirecte des accords de coopération, et
enfin les politiques d'influence des états, ont conduit en 1992 à l'adoption
d'une loi qui permet aux collectivités une entière autonomie d'intervention de
territoire local à territoire local, sans toutefois porter atteinte à la
souveraine de l'Etat français, ni des Etats partenaires. Les domaines principaux
sont les suivants : gestion institutionnelle, développement urbain, éducation et
culture, développement rural, tourisme, action sanitaire et sociale,
développement économique. Les collectivités françaises et les grandes
associations d'élus locaux se sont organisées par elles-mêmes, associées en
réseaux locaux ou internationaux, mutualisant leurs efforts d'investissement ou
d'influence, selon leurs échelles d'intervention. La coopération décentralisée,
de territoire à territoire, ne saurait être confondue avec l'action des ONG...
Mais surtout, la gouvernance locale des territoires et le développement durable
placent les collectivités et leurs réseaux dans une perspective de
co-développement en phase avec des enjeux locaux et planétaires non seulement à
l'échelle de chaque accord de coopération, mais aussi à l'échelle des grandes
organisations internationales de pouvoirs locaux. Il est de plus évident que la
coopération décentralisée se trouve maintenant au cœur des grandes questions de
souveraineté territoriale, en position de faire valoir les exigences locales
dont la cartographie des effets négatifs (nuisances, pollutions, catastrophes)
de la crise écologique et sociale rend compte (du manque d'eau en Chine à la
gouvernance haïtiennes). Sur la base d'une connaissance scientifique et
technique appliquée et validée par les milieux locaux d'intervention, grâce à
une proximité administrative et politique légitime, la coopération décentralisée
est ainsi à même de mieux faire connaître aux bailleurs de fonds et aux états
donateurs la réalité des contextes considérée, de favoriser des actions mieux
ciblées et en définitives plus acceptables et heuristiques pour les populations
concernées.
*Alexandre Brailowsky, Directeur de l'Ingénierie Sociétale, Suez
Environnement
Dans le cadre de sa politique de développement durable, Suez
Environnement a organisé un processus de concertation avec les parties
prenantes dans le but d'améliorer l'adéquation de la stratégie de l'entreprise
aux attentes de la société civile et d'enrichir sa réflexion et ses engagements
en matière de développement durable.
Trois grands types de situation ont ainsi été définis :
" Le segment commercial traditionnel, regroupe les pays où
la délégation de service public est un mode de gestion privilégié de ces
services essentiels, avec des partenariats entre secteurs public et privé
(concession, affermage, contrat de partenariat, BOT, contrat d'opération et de
maintenance etc.). Cela couvre essentiellement l'Europe, l'Amérique du Nord,
l'Australie ou la Chine.
" Le segment de mécénat et d'action humanitaire permet
d'apporter un service minimum d'eau et d'assainissement dans des zones trop
pauvres et dont l'habitat est trop dispersé pour qu'aucun service marchand ne
puisse y être déployé. L'action humanitaire est exercée par le biais d'une ONG
propre à l'entreprise, Aquassistance, ou à travers d'autres vecteurs
(partenariats avec des ONG opérationnelles, financement d'actions humanitaires,
contributions techniques).
" Entre ces deux situations, un segment intermédiaire qui
concerne les villes moyennes des pays en voie de développement. Il se
caractérise par l'impossibilité de financer le renouvellement et l'extension des
infrastructures par le tarif et, souvent, par une faiblesse institutionnelle et
une difficile planification des politiques publiques d'accès à l'eau et à
l'assainissement. Ce segment requiert un modèle contractuel spécifique associant
étroitement l'opérateur, les collectivités publiques, les ONGs et représentants
de la société civile et les bailleurs qui financent les infrastructures
nécessaires.
Le renforcement de la contribution sociétale de Suez
Environnement s' intègre dans la définition de cette politique de responsabilité
sociale de l' entreprise, conséquence du processus de dialogue avec nos parties
prenantes.
Dans le cadre humanitaire, la politique RSE de Suez
Environnement a pour objet de faciliter l'accès des populations pauvres ou
défavorisées aux services essentiels que sont l'eau potable, l'assainissement,
l'hygiène et la gestion des déchets. (Financement, Apport d'expertise et
transfert de compétences dans le cadre de projets). (N.C.) *Kalilou
DIAKITE, Maire de Nioro-du-Sahel et Président du
SYCOTEN
La délégation que je conduis et moi-même avons grand plaisir à participer à
ce Forum Mondial du Développement Durable. Élus de collectivités territoriales
du Mali, pays sahélien résolument engagé dans la décentralisation depuis 1993,
notre présence ici est la concrétisation d'une activité d'échanges avec des élus
français, particulièrement de l'Essonne, dans le cadre de notre projet de
renforcement des capacités des Collectivités Territoriales des Cercles de Diéma
et Nioro pour un Développement Durable (PRECAD). L'objectif est d'accompagner
les 33 collectivités territoriales des cercles de Diéma et Nioro-du-Sahel
(région de Kayes) dans leur processus de planification du développement
économique, social et culturel, en accordant un intérêt particulier à la
cohérence entre les trois piliers du développement durable que sont l'écologie,
le social et l'économie. La réalisation d'un tel objectif constitue la pièce
maîtresse de nos attentes. Notre projet ne saurait voir le jour sans la
volonté de deux syndicats intercollectivités issus des deux cercles de
Nioro-du-Sahel et Diéma, appuyés par leur partenaire du nord à savoir
Essonne-Sahel. L'appel à proposition de l'Union Européenne (bailleur du
projet) exigeait que soit associé au projet un partenaire du Nord. Notre choix a
été justifié par les appuis que cette association réseau a apportés dans les
deux cercles en matière de décentralisation et de développement
communautaire. C'est ainsi, en articulant mon intervention
au thème " De nouvelles coopérations pour un monde durable et solidaire-Regards
croisés de collectivités françaises et étrangères sur la coopération
décentralisée ", elle se présente comme suit :
Proverbe malinké : "Un seul pied ne peut tracer un
sentier"
1- Vision malienne de la coopération décentralisée Au
Mali la coopération décentralisée est la manifestation de la volonté d'une
collectivité territoriale malienne d'établir des relations de coopération ave
une autre collectivité sur le territoire malien ou avec une collectivité d'un
Etat étranger. Ces relations peuvent aller de simples échanges culturels à
l'établissement d'une convention de partenariat dans le domaine social,
économique et culturel. La Coopération Décentralisée est un des éléments de
la stratégie globale de renforcement des capacités des Collectivités
Territoriales ; un levier qui conforte la décentralisation en cours au
Mali. Au terme de l'article 21 de la loi 93-008 du 11 février 1993 modifiée
déterminant les conditions de la libre administration des collectivités
territoriales, "des collectivités territoriales peuvent entreprendre des actions
de coopération entre elles. Cette coopération peut se traduire par la création
de syndicat regroupant deux ou plusieurs collectivités territoriales sous le
contrôle de l'Etat". Le décret 06-436/P-RM du 16 octobre 2006 portant sur les
modalités de coopération entre les collectivités territoriales au Mali en
définit les détails. En outre, l'article 27 de la loi 93-008 ajoute que "les
collectivités peuvent entreprendre des actions de coopération avec leurs
homologues de pays étrangers, sous le contrôle de l'État".
2- Les enjeux de la coopération décentralisée au Mali La
coopération décentralisée permet aux collectivités territoriales de
: S'ouvrir au monde et de contribuer au développement de la
civilisation universelle, Offrir aux collectivités territoriales
du Mali des possibilités d'échanges d'expériences et de partenariat dans les
domaines économique, social, politique et culturel ; Attirer des
ressources extérieures complémentaires pour leur développement régional et/ou
local durable. La spécificité de la coopération décentralisée : - La
coopération décentralisée s'inscrit dans le cadre de la coopération non
gouvernementale. Elle relève des initiatives propres des collectivités
territoriales, qu'il s'agisse des Communes, des Cercles ou des
Régions. - Elle associe et fait collaborer, à différents niveaux
d'intervention des acteurs économiques et sociaux potentiels de Collectivités
ayant des liens de coopération. - Elle s'appuie sur des principes de
base favorisant les échanges, le dialogue, la concertation, les modes
d'expression et de fonctionnement démocratique, la participation des acteurs et,
à terme, un partenariat mutuellement avantageux. - La coopération
décentralisée assouplie les contraintes administratives et financières propres à
la coopération entre Etats et permet la flexibilité dans l'instruction des
actions.
3- Etat de lieux de la coopération décentralisée au
Mali
Au Mali, cette forme de coopération recouvre un champ très vaste
d'initiatives. Elle a connu une évolution historique remarquable, partant de
simples amitiés pour évoluer vers des jumelages culturels, des jumelages -
coopération puis, avec l'avènement des Collectivités Territoriales elle a
franchi une nouvelle étape avec le développement de conventions de partenariat
entre Régions, Cercles, Communes et institutions homologues étrangères de
niveaux similaires. En outre ces démarches s'inscrivent dans un processus de
repositionnement d'ONG nationales et internationales dans des rôles de
prestataires de services aux collectivités maliennes dans le cadre de la mise en
œuvre de ces conventions. En 2004 près de 150 relations de partenariats ont
été identifiées. L'Etat et les élus locaux maliens s'accordent à considérer la
Coopération décentralisée comme un facteur et une modalité efficiente du
développement des dynamiques sociales, économiques et culturelles à l'échelle de
territoires urbains autant que ruraux.
4- A titre d'exemple, aperçu de la coopération
décentralisée dans les cercles de Nioro et Diéma La coopération avec les
collectivités françaises a pris un essor croissant depuis quelques années, dont
voici quelques exemples : " La coopération sud-sud : d'abord Diéma et
Nioro ensuite Diéma-Douentza et Nioro sous l'accompagnement d'Essonne Sahel, le
CG91, la CASQY, CORENS, la Région Île de France, la Région Nord Pas de Calais,
etc. " Les cercles de Diéma et Nioro avec le Conseil Général de
l'Essonne, " Les collectivités territoriales des cercles de Diéma et
Nioro-du-Sahel avec Essonne-Sahel en France, " La région Île de France,
l'Assemblée Régionale de Kayes et le Syndicat à vocation unique pour la
réalisation et la gestion d'un dispositif de formation professionnelle à Nioro
(SYFOP), " Le Syndicat des collectivités territoriales du cercle de
Nioro (SYCOTEN) et l'Union des Collectivités territoriales de Diéma (UCD-Benso)
avec le Conseil Général de l'Essonne ; " Le Syndicat des collectivités
territoriales du cercle de Nioro (SYCOTEN) avec la Communauté d'Agglomération de
Saint Quentin en Yvelines (CASQY), " L'Union des communes de Diéma avec
la Région Nord Pas de Calais et CORENS en France, " Les jumelages
coopérations décentralisées des communes des deux cercles avec des collectivités
françaises, " Le partenariat sud-sud : les trois cercles Diéma-Douentza
et Nioro-du-Sahel avec un partenaire commun le département de
l'Essonne, " Et beaucoup d'autres cas dont je fais l'économie de tous
les citer.
Avec l'effectivité de la décentralisation au Mali, le
partenariat entre nos deux cercles et les collectivités françaises s'est
manifesté dans plusieurs domaines. Ce partenariat a déjà servi à la création de
deux centres de ressources et de formation à la décentralisation à Nioro et
Diéma. Ces deux centres, d'abord sous la responsabilité des antennes locales de
l'Association des municipalités du Mali et maintenant sous celle des syndicat
intercollectivités, ont servi et servent toujours de dispositifs d'appuis
technique et de conseil aux collectivités territoriales des cercles de Diéma et
Nioro du Sahel, dont les missions ont évolué après la disparition Centres de
Conseils Communaux (CCC) : Pendant les CCC et sous la maîtrise d'ouvrage de
l'AMM cercle : les missions étaient limitées à la conception des modules de
formation, la tenue des sessions de formation, la capitalisation et la mise à
disposition des collectivités territoriales de la documentation, l'animation de
l'Association, etc. Après les CCC sous la maîtrise d'ouvrage des inters
collectivités : Les Centres s'occupent toujours de la formation des élus, des
agents des collectivités, des leaders communautaires et de la société civile sur
des thématiques liées à l'exercice des compétences des collectivités et
l'alphabétisation. A ces activités se sont ajoutées des missions qui étaient
conduites par les CCC et l'animation des inters collectivités en intégrant les
ressources.
5- Les principes directeurs de la coopération décentralisée
au Mali En respectant quelques principes de base fondés sur l'égalité, la
solidarité, la réciprocité, la subsidiarité. - de l'égalité : Elle porte
sur la relation entre partenaires égaux sur le plan des droits, des devoirs et
des responsabilités en dépit des différences et des disparités pouvant exister
au plan politique, économique, social, culturel, civil et
religieux. - de la solidarité : Il s'agit d'identifier ensemble les
besoins des Collectivités partenaires, et d'élaborer, à travers une réflexion et
des moyens communs, des stratégies et projets de développement qui contribuent à
l'amélioration des conditions de vie des citoyens. - de la réciprocité :
Elle est basée sur une logique de partage; le principe du "gagnant-gagnant". Le
partenariat doit être une source d'enrichissement pour l'une et pour l'autre
partie. - de la subsidiarité : La coopération doit respecter les
dispositions législatives des Etats concernés et accompagner l'émergence de
pouvoirs locaux autonomes et démocratiques, mais aussi les systèmes de
gouvernance locale.
6- Démarches et procédures en matière de coopération
décentralisée au Mali Elles comportent plusieurs phases : - Une phase
préparatoire - Une phase recherche et négociation des relations de
Coopération - Une phase de formalisation (Exemple : convention) et de
mise en œuvre de la coopération (Ex. plan d'action) - Une phase de
consolidation des liens de coopération (Ex. évaluation et/ou
capitalisation).
7- Les réseaux d'information et d'appui conseil en matière
de coopération décentralisée au Mali Ils sont dynamiques en France autant
qu'au Mali et se déroulent à travers : En France : les Collectivités,
l'association des jumelages (Ex Essonne Sahel), les comités de jumelage, les
ressortissants, etc. Au Mali : les Collectivités, l'Association des
municipalités du Mali, la Direction nationale des collectivités, les comités de
jumelage, les ressortissant, les dispositifs techniques des collectivités et
inter collectivité, etc.
8- Les contraintes actuelles de la coopération
décentralisée au Mali L'Etat et les Collectivités Territoriales maliennes
sont interpellés sur certaines faiblesses qui peuvent se résumer comme suit
: - Les actions de la Coopération décentralisée ne s'inscrivent pas
toujours dans le programme de développement économique, social et culturel
(PDESC) et ne s'articulent pas avec le programme national d'appui aux
Collectivités Territoriales du Mali. Cet aspect se minimise de plus en plus.
Proverbe peuhl : " Le berger qui connaît la préférence alimentaire de son
troupeau, sait dans quelle prairie le conduire ". - la maîtrise
d'ouvrage n'est pas effectivement exercée par les collectivités maliennes mais
par des structures relais ou des prestataires de services des collectivités
étrangères ; - la faible capitalisation des expériences en matière de
Coopération décentralisée au Mali ; - le niveau de réciprocité dans les
relations de Coopération décentralisée demeure faible.
9- Les stratégies de développement de la coopération
décentralisée Le déploiement d'une stratégie de communication sur
les enjeux et les opportunités en matière de coopération décentralisée
; Des propositions de nouvelles modalités de coopération de
nature à inciter les partenaires de la coopération décentralisée à inscrire
leurs interventions dans le cadre de la mise en œuvre des PDESC, à chacun des
échelons de Collectivités Territoriales ; La mise en place de
cadres fonctionnels de concertation entre collectivités locales maliennes et
avec les collectivités étrangères ; L'élaboration d'un cadre
juridique approprié pour une gestion efficiente de la coopération décentralisée
; La mise en place et l'animation d'espaces de concertation à
l'échelle Cercle ou Région entre les collectivités territoriales
; La mise en place d'un mécanisme de suivi et de capitalisation
des expériences en matière de coopération décentralisée au Mali.
10- En conclusion
Depuis quelques décennies notre pays connaît de façon récurrente
une crise écologique qui se manifeste par le déficit pluviométrique, la
dégradation du couvert végétal, le manque de valorisation des terres pour la
culture et l'élevage. Les effets conjugués ont eu comme conséquence
l'insuffisance et l'insécurité alimentaire, le déficit en eau particulièrement
l'eau potable, le faible taux de scolarisation, la faible couverture sanitaire,
la faiblesse d'encadrement des acteurs du développement, etc. Nos difficultés
se situent à plusieurs échelons : Collectivités issues de territoires arides,
d'une région à défis multiples dont la sécheresse et l'émigration (région de
Kayes) et d'un pays sahélien, le Mali. Les collectivités au Mali, depuis leur
création ont certes senti une grande évolution dans la conduite des affaires
locales. Cependant les sécheresses répétées, le chômage des jeunes, les maladies
restent des défis auxquels ils sont confrontés. Leur fragilité reste liée à la
fois aux difficultés de mobilisation des ressources fiscales locales, à la
faiblesse des dotations de fonctionnement, à la non concomitance dans les
transferts de compétences et de ressources. Les solutions préconisées au
niveau national restent très minces. Les collectivités territoriales ont des
moyens très limités. Une des solutions viables reste la coopération
décentralisée d'abord sud-sud comme l'illustre les missions d'échanges
régulières dans les trois cercles Diéma-Douentza-Nioro ensuite Nord-Sud comme ce
fut le cas. C'est pourquoi au jour d'aujourd'hui cette coopération entre
collectivités reste l'espoir rêvé pour nous. Nos programmes de développement
qui viennent d'être élaborés, soutiennent le principe multi acteurs et de
l'approche développement durable. Cette mission en Essonne, partie
intégrante de notre plan d'action permettra aux élus que nous sommes d'échanger
avec leurs homologues des collectivités du nord sur le Développement Durable,
l'impulsion de dynamiques de développement sur le territoire, la participation
citoyenne dans la vie de la collectivité. Permettez moi, une fois encore,
d'exprimer notre sincère reconnaissance au Conseil Général et à Essonne-Sahel
grâce auxquels notre présence à cette auguste assemblée a été rendue possible
justifiant ainsi tout l'intérêt du partenariat nord sud. Au delà, cela nous
permettra de nous positionner dans les champs innovants du développement durable
suscitant une mobilisation accrue d'acteurs engagés dans les relations
internationales d'appuis sur cette thématique nécessitant des approches
multi dimensionnelles et multi acteurs. (N.C.)
Session conclusive consacrée au 50e anniversaire des
indépendances des Etats Africains (S9)
Texte d'orientation :
Les indépendances de l'Afrique subsaharienne, se sont inscrites
dans un contexte mondial de croissance économique et de division entre l'Ouest,
l'Est et un Tiers-Monde regroupant les pays en développement. Cinquante ans plus
tard, ce dernier a éclaté mais le développement reste le défi majeur des pays du
Sud les moins avancés, en particulier de l'Afrique qui ne parvient pas à
s'extraire de la pauvreté. La commémoration des cinquante ans d'indépendance est
l'occasion de s'interroger sur le parcours des pays africains, dans leur
diversité, face aux enjeux du développement durable. En 1960, année
emblématique,le concept n'existait pas. Les Etats accédant à l'indépendance
avaient un double objectif. Politique : construire l'unité nationale. Economique
: sortir du sous-développement. La croissance était le mot d'ordre général, le
tiers-mondisme fournissait un cadre idéologique global. Un demi-siècle plus
tard, la construction nationale et le développement restent à l'ordre du jour,
mais la lutte contre la pauvreté et l'attention portée à l'environnement sont
désormais au cœur du développement durable. Le défi actuel est de répondre à la
demande sociale de mieux-être, dans un contexte de croissance démographique
vigoureuse exerçant de fortes pressions sur les ressources naturelles, tout en
prenant en compte les exigences environnementales aux échelles locale, régionale
et planétaire. Depuis un demi-siècle, les sociétés et les territoires
africains ont connu des mutations considérables : quadruplement de la population
accélérant le recul des espaces naturels, multiplication par dix de la
population urbaine, renforcement des mobilités volontaires ou contraintes,
insertion croissante dans la mondialisation économique et culturelle. Comment
ces dynamiques de changement peuvent-elles répondre aux objectifs du
développement durable ? Une réflexion prospective sur l'avenir du continent
africain sera d'autant mieux fondée qu'elle intégrera les enseignements des
cinquante ans d'indépendance, avec leurs succès et leurs échecs.
Synopsis :
* Mamadou Dior Diaw, Directeur de la Coopération Décentralisée,
République du Sénégal
L'aide internationale occupe une place de choix dans
l'accompagnement des efforts entrepris par nos gouvernements respectifs pour
l'atteinte des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD). Cependant,
il faut constater que les résultats ne sont pas à la hauteur des espoirs et des
investissements prévus. Plusieurs raisons pourraient être évoquées. D'une part,
l'orientation figée de l'aide internationale fait que cette dernière reste
encore essentiellement dirigée vers les Etats et ce, nonobstant les
recommandations du consensus européen (consensus de Bruxelles, déclaration de
Paris et réforme des Nations unies). D'autre part, l'insuffisance de cohérence
et de coordination des actions entreprises par les différents acteurs de la
coopération bilatérale et multilatérale rend inefficaces et inefficients les
efforts consentis jusque-là. Dans un contexte mondial, marqué par des
crises multiformes, seule une véritable volonté politique allant dans le sens
d'un renforcement des pouvoirs aux niveaux régional et local pourrait freiner la
dispersion et la fragmentation des fonds alloués aux pays en développement et
permettre à l'aide de contribuer efficacement à l'éradication de la
pauvreté. Effectivement, l'espace local constitue, à bien des égards, le
cadre idéal dans lequel des énergies pourront être mobilisées pour conduire des
actions de lutte contre la pauvreté avec succès et également à moindre coût,
comme l'attestent plusieurs expériences. La création de collectivités fortes,
sur des territoires cohérents, pertinents, capables de jouer le rôle de
véritable locomotive s'impose à tous les Pays en développement, particulièrement
d'Afrique, afin de réaliser les objectifs de satisfaction des besoins des
populations qui doivent être au début et à la fin de tout projet de
développement. L'avenir de cette partie du continent africain s'appuie sur le
dialogue harmonieux entre les territoires, panacée pour lutter, ensemble,
efficacement, contre les assauts répétés de la mondialisation avec ses effets
néfastes, à voir les dérèglements boursiers, les crises cycliques ainsi que les
mouvements migratoires. C'est dans cette optique que le gouvernement du Sénégal
s'intéresse à la politique de coopération sud-sud, nouvelle forme de solidarité
qui est actuellement entrain d'être encadrée par la Commission de l'UEMOA et la
CEDEAO, dans le cadre du Programme d'Initiatives transfrontalières, qui met en
exergue les territoires, situés de part et d'autre des frontières. Cette
politique de coopération transfrontalière a permis à l'Europe de faire jouer à
ses collectivités territoriales un rôle de premier plan, surtout en matière de
gestion du littoral, des forêts, des économies régionales et de la solidarité,
facteur de paix, de développement dans un pays. Le seul biais noté dans ce
processus est la dispersion et la fragmentation de l'aide qui, si elle était
utilisée rationnellement dans un cadre de référence, dont les territoires
seraient au centre, ces distorsions seraient évitées et le dialogue entre
territoires tant souhaité serait une réalité. Le Gouvernement du Sénégal veut
faire du local un véritable pôle de développement économique et social. Cette
volonté est traduite par le long processus de décentralisation entamé aux
lendemains des indépendances. L'Union Economique et Monétaire Ouest Africaine
(UEMOA),l a Communauté Economique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO),
les banques régionales et sous régionales doivent maintenant se pencher sur la
problématique de cette coopération sud-sud afin d'étudier les conditions d'une
part, de réplicabilité de la politique de coopération transfrontalière, telle
que mise en œuvre par l'Europe et d'autre part, d'analyser les modalités de
conduite d'une politique d'intégration et de développement sous régional, axée
sur les territoires régionaux. Les collectivités territoriales africaines ont
fortement besoin d'une telle approche afin de réduire les disparités entre les
pays, d'asseoir une politique concertée et cohérente de dialogue et d'échanges,
prenant en compte les spécificités des uns et des autres, tout en respectant les
souverainetés des états. Les nouveaux défis que sont l'organisation des
territoires, à travers une politique d'approche territoriale participative,
ainsi que la prise en charge des enjeux climatiques par les associations de
collectivités (régions, communes, communes rurales) constituent, désormais, des
chantiers nouveaux conduits par les échelons étatiques dans le cadre de la
solidarité internationale. C'est sous cet angle qu'il faudra comprendre l'entrée
en force du niveau régional et sa reconnaissance comme partenaire valable, à
côté des Etats centraux, dans le dispositif du protocole de Kyoto, revu et
corrigé avant la dernière conférence de Copenhague sur le climat.
Ichata ALWATA, représentante malienne du Ministère des
Femmes et de l'Enfance, Présidente de l'association panafricaine des femmes
" L'évolution de la promotion de la femme en Afrique et
particulièrement au MALI " Les engagements nationaux et internationaux
favorisant la promotion de la femme " Les différents acquis de la femme
malienne depuis les indépendances " Les obstacles entravant cette
promotion et les stratégies " Les perspectives 15ans après Beijing
" Aujourd'hui, les femmes maliennes exercent leurs rôles et
responsabilités dans un contexte en profonde mutation qui les confronte à de
nouvelles exigences. Elles doivent sans complexe aucun ni
d'infériorité ni de supériorité assumer leur rôle et
responsabilités. " L'impact des mesures, Conventions et actions
engagées par la Communauté Internationale, les dirigeants africains, la société
civile et plus particulièrement les femmes en vue d'améliorer le statut et le
niveau de participation de la femme au développement de l'Afrique est indéniable
malgré les multiples défis qui restent à relever.
Aujourd'hui en Afrique, la femme constitue une actrice incontournable
du développement. Avec l'avènement de la démocratie et l'amorce de la
décentralisation dans la plupart des pays africains, le rôle de la femme dans le
développement en Afrique a significativement changé dans sa forme et dans son
contenu.
La femme malienne, en plus des responsabilités que lui confèrent
les coutumes et les traditions, évolue aujourd'hui dans tous les domaines du
développement à savoir, l'économie, la politique, l'Education, la santé,
l'environnement, le foncier, l'agriculture et l'entreprenariat, les Média, la
paix, etc …. " Partout en Afrique, nous avons des grandes
figures féminines dans les hautes sphères de l'administration et dans les
instances de prise de décisions politiques, économiques, sociales et
culturelles. Elles sont Présidentes de la République, Médiateur de la
République, Premiers Ministres, Ministres, Gouverneurs de Régions, Députés,
Présidentes d'institutions, Sous préfets, Directrices de services
administratifs, Chefs d'entreprises, Maires, Conseillères municipales, , ,
etc.
(N.C)
| |